(BDP-Gabon Nouveau, 13 juillet 2007) – Le Gabon, l’un des pays les plus “stables” du monde (quelle farce !) ne reflèterait aucunement, dans les faits, cette stabilité. Lorsque confronté à la réalité des indicateurs qui mesurent la bonne gouvernance tant au niveau de la liberté d’expression, de la stabilité politique que des autres indicateurs de bonne gouvernance, la légendaire “stabilité” de 40 ans du Gabon se révèle alors comme une grosse illusion. Le Gabon, qui a l’avantage d’être plus riche que 60% des pays du monde en matière de revenu par habitant, souffre paradoxalement d’un problème de gouvernance aigu. C’est du moins ce qui ressort du rapport “Governance Matters, 2007: Worldwide Governance Indicators 1996-2006″ (Les problèmes de gouvernance, 2007: Indicateurs de gouvernance dans le monde pour la période 1996-2006) publié le 10 juillet 2007 par l’Institut de la Banque mondiale et la Vice-présidence de la Banque mondiale en charge de l’économie du développement.

Les indicateurs de gouvernance dans le monde mesurent les six composantes suivantes de la bonne gouvernance :

1. Voix citoyenne et responsabilité – mesure la manière dont les citoyens d’un pays participent à la sélection de leurs gouvernants, ainsi que la liberté d’expression, d’association et de presse.

En 2006, le Gabon se retrouve dans le rouge en matière de voix citoyenne. La liberté d’expression au Gabon ne cesse de reculer depuis 1996. En 1996, le Gabon se rangeait au pourcentage 34,9, ce qui voulait dire que 65,1% des pays du monde avaient une plus grande liberté d’expression que le Gabon. En 2006, le Gabon est au pourcentage 22,1, ce qui représente un recul significatif puisque ceci veut dire qu’en 2006, 77,9% des pays du monde accordent une plus grande liberté d’expression à leurs citoyens que le Gabon. Suffit-il alors de dire que le score de 22,1% fait par le Gabon est le pire qu’il ait jamais fait en 10 ans depuis 1996, ce qui traduit, sur les 10 dernières années un recul effectif et grave de la liberté d’expression au Gabon, donc l’éloignement du potentiel de vraie démocratie au Gabon ! Avec les arrestations de journalistes et les fermetures de journaux survenues au Gabon en 2007, il y a lieu à parier que le Gabon verra une autre chute vertigineuse dans son score de liberté d’expression dans les rapports à venir.
(Voir aussi  mesures statistiques annuelles ou le graphique des tendances annuelles, 1996-2006)

2. Stabilité politique et absence de violence – mesure la perception de la probabilité d’une déstabilisation ou d’un renversement de gouvernement par des moyens inconstitutionnels ou violents, y compris le terrorisme

Sur le plan de la stabilité politique et de l’absence de violence, le Gabon se classe au pourcentage 48,6 en 2006 par rapport à 32,7 en 1996. Ceci suggèrerait qu’en 2006, 51,4% des pays du monde étaient plus stables et moins violents que le Gabon, tout en ayant moins de risques insurrectionnels. Ceci apparaîtrait comme une amélioration par rapport à 1996 où 67,3% des pays du monde étaient plus stables et moins violents que le Gabon, tout en ayant moins de risques de déstabilisation par la violence.

Il convient cependant de noter que l’absence de violence ou la stabilité politique en elle-même ne veut rien dire. Un pays peut être stable pour cause de dictature comme il peut être stable pour cause de démocratie. La stabilité politique du Gabon n’a donc jamais été une question de respect des institutions ou de confiance de la population vis-à-vis de ces institutions, encore moins vis-à-vis de ses dirigeants.

Ainsi, pour pouvoir juger si le Gabon s’améliore sur ce plan, il faut voir non seulement si le score de 2006 se classe comme le meilleur score jamais réalisé par le Gabon, mais aussi si ce score se maintient ou s’améliore au fil des années. Or, à ce niveau, comme le graphique ci-dessous le montre, il n’en est absolument rien. Jamais le Gabon n’a pu dépasser son meilleur score de tous les temps, qui se situait à 55,8% en 2000. Par conséquent, ces chiffres en baisse vertigineuse pourraient plus simplement être interprétés comme un renforcement de la dictature d’Omar Bongo au Gabon, où la peur de s’exprimer et de s’exposer à la violence policière et militaire rend les Gabonais dociles, même quand en eux couve le feu de l’insurrection.  Vu que le pic qu’ait jamais atteint le Gabon se situe à 55,8% en 2000, ce qui voulait dire que le Gabon était potentiellement plus stable et moins violent que 55,8% des pays du monde, ce taux est allé en dents de scie, tombant à 47,6% en 2002, remontant brièvement à 50,5% en 2003, 53,8% en 2004, pour commencer une baisse inexorable à 50,5% en 2005, puis 48,6% en 2006. Or, c’est avec un effritement aussi prononcé des droits humains qu’augmentent les risques d’instabilité politique.
(Voir aussi mesures statistiques annuelles ou le graphique des tendances annuelles, 1996-2006)

3. Efficacité des pouvoirs publics – mesure la qualité des services publics, les performances de la fonction publique et son niveau d’indépendance vis-à-vis des pressions politiques, la qualité de l’élaboration et de l’application des politiques, et la crédibilité de l’engagement des pouvoirs publics à l’égard de ces politiques

Parti d’une efficacité des pouvoirs publics presque nulle en 1996, puisqu’elle se situait à un piètre 13,3%, ce qui voulait dire que 86,7% des pays au monde avaient des services publics plus efficaces que le Gabon, le pays a connu depuis lors une évolution en dents de scie. Etant monté à un pic de 40,8% en 1998 et 41,7% en 2002, les autres années n’ont montré que des incohérences dans le fonctionnement des pouvoirs publics au Gabon. C’est ainsi qu’on voit le score du Gabon descendre à 31,3% en 2000, remonter à 36,5% en 2003, rechuter à 25,1% en 2004, pour remonter à 28% en 2005 et 30,8% en 2006. Ce que cette évolution incohérente dénote, c’est en fait l’incapacité des pouvoirs publics gabonais à définir une ligne de fonctionnement cohérente. Or, pour pouvoir juger d’une évolution cohérente, il faut que le score soit en augmentation constante pour montrer que l’évolution est globalement positive. Malheureusement, vu qu’en 2006, le score de 30,8% du Gabon est grossièrement en dessous du plus grand score réalisé par le pays, c’est-à-dire 41,7% en 2002,  il y a de sérieux doutes quant à la capacité des pouvoirs publics gabonais à se réformer d’une manière qui puisse permettre au pays de se gérer de la manière la plus efficace possible. Il demeure donc aujourd’hui que 69,2% des pays du monde ont des pouvoirs publics plus efficaces que ceux du Gabon, ce qui est une véritable humiliation pour un pays aussi peu peuplé.
(Voir aussi mesures statistiques annuelles ou le graphique des tendances annuelles, 1996-2006)

4. Qualité de la réglementation – mesure la capacité des pouvoirs publics à élaborer et appliquer de bonnes politiques et réglementations favorables au développement du secteur privé
 
Au niveau de la qualité de la réglementation, on observe la même évolution en dents de scie. C’est en 1998 que le Gabon connut son meilleur score de tous les temps vu que le Gabon avait une qualité de réglementation située à 64,4%, ce qui voulait dire que le Gabon se classait mieux que 64,4% des pays du monde. Mais, en dehors de cette ” anomalie “, le reste des scores demeure piètre. Par exemple, en 1996, le score du Gabon se situait à 40%, pour ensuite monter aux 64,4% mentionnés plus haut en 1998. Mais le score chuta de nouveau à 46,3% en 2000 et 2002, remonta légèrement à 48,8% en 2003, pour redescendre à 35,1% en 2004. Et malgré le petit soubresaut de 41% récolté en 2005, la chute se confirma en 2006 où le Gabon ne se situa qu’à 33,2%.

Comme dans les autres catégories, la seule manière de pouvoir juger d’une évolution positive cohérente demanderait que le Gabon dépasse non seulement son niveau le plus haut de 1998, mais l’améliore et le maintienne. Or, le fait que le Gabon ne se soit plus jamais rapproché de ce score dénote d’une anomalie qui confirme l’incapacité du régime Bongo à doter le pays d’une qualité de la réglementation cohérente et permanente. Passer de 64,4% en 1998 à 33,2% en 2006 n’est pas juste une chute, c’est une débâcle. C’est que tous les programmes de privatisation et de bonne gouvernance engagés avec le FMI depuis 1996 n’ont, en fait, rien donné de positif, la situation ayant même, comme on le voit, empiré.
(Voir aussi mesures statistiques annuelles ou le graphique des tendances annuelles, 1996-2006)

5. Etat de droit – mesure le degré de confiance qu’ont les citoyens dans les règles conçues par la société et la manière dont ils s’y conforment et, en particulier, le respect des contrats, les compétences de la police et des tribunaux, ainsi que la perception de la criminalité et de la violence

Le score du Gabon au niveau de ce que l’on appelle état de droit reste, comme dans les autres catégories, piètre. Après avoir connu l’humiliation en 1996 avec un score de 18,6% en 1996, ce qui voulait dire que 81,4% des pays du monde avaient plus d’état de droit que le Gabon, la situation sembla s’améliorer quelque peu avec des scores de 39,5% en 1998, 43,3% en 2000, pour atteindre le pic de 45,2% en 2002. Mais à partir de 2003, c’est de nouveau la chute libre puisque, malgré une petite remontée à 38,6% en 2005, le score se situa à 37,1 en 2003, 31% en 2004 et 34,8% en 2006. Le Gabon est donc parti d’un pic de 45,2% en 2002 au piètre score de 34,8% en 2006, où 65,2% des pays du monde avaient plus d’état de droit que le Gabon.

Mais encore une fois, l’incapacité chronique du Gabon à instaurer un véritable état de droit et de démocratie digne de ce nom en 17 ans de pratique multipartiste est révélateur des conditions de dictature grandissante au Gabon.
(Voir aussi mesures statistiques annuelles ou le graphique des tendances annuelles, 1996-2006)

6. Maîtrise de la corruption – mesure l’utilisation des pouvoirs publics à des fins d’enrichissement personnel, y compris la grande et la petite corruption, ainsi que ” la prise en otage ” de l’Etat par les élites et les intérêts privés

Sur le plan de la maîtrise de la corruption, la situation du Gabon est encore plus déplorable. Non seulement la situation de la corruption au Gabon ne fut jamais radieuse puisqu’en 1996, la corruption était à son plus haut point, avec 96,1% des pays maîtrisant mieux la corruption que le Gabon, mais les petites améliorations obtenues à partir de 1998 ne purent jamais être maintenues. Le Gabon obtint ainsi le score de 24,8% en 1998, 32,5% en 2000, 37,4% en 2002, avant d’atteindre le pic de 39,3% en 2003. Mais, la situation de la corruption au Gabon se détériora dans les années suivantes, vu que cette fois le pays récolta le score de 29,1% en 2004, 32,5% en 2005 et finalement, le ridicule score 20,9% en 2006. Non seulement on note ici la même évolution en dents de scie que dans les autres catégories, mais les scores de corruption sont globalement pires que tous les autres scores obtenus par le Gabon.
(Voir aussi mesures statistiques annuelles ou le graphique des tendances annuelles, 1996-2006)

Quand, donc, la “stabilité” légendaire du Gabon est fondamentalement battue en brèche par les indicateurs de bonne gouvernance, quand il y a une contradiction aussi forte entre la supposée “stabilité” du Gabon et la réalité, on ne peut que conclure à une illusion de stabilité entretenue par un régime tout simplement dictatorial. 40 ans de “stabilité” préfabriquée ne rime nullement avec bonne gouvernance ni démocratie. Il découle de toutes ces mesures de gouvernance que la situation globale du Gabon se détériore à tous les niveaux puisque la tendance est généralement à la baisse des droits pour les Gabonais et à la détérioration des performances économiques, qui restent encore trop gangrénées par la corruption, les problèmes de gouvernance et le manque d’état de droit. Ce qui est encore plus troublant, c’est que, dans toutes les catégories mesurées, le Gabon n’a jamais pu, en 2006, ni se rapprocher de ses meilleurs scores de tous les temps, ni les battre.

C’est donc l’image d’un pays en totale décadence morale et institutionnelle que révèle ce rapport 2007 sur les indicateurs de bonne gouvernance dans le monde. Preuve que le régime Bongo n’est plus à même de répondre aux besoins de réforme démocratique, sociale et économique dont le Gabon a urgemment besoin aujourd’hui pour pouvoir non seulement se redresser, mais aussi se lancer sur la pente du développement durable.

La conclusion pour le Gabon est donc aussi simple que ” A plus B “. Bongo Doit Partir, pour la construction d’un Gabon nouveau.

Source :
Indicateurs de gouvernance dans le monde 2007
(https://go.worldbank.org/JZ0R3WMFT0)

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Le BDP-Gabon Nouveau (“Bongo Doit Partir, pour la Construction d’un Gabon Nouveau”) est un mouvement politique gabonais de libération nationale en exil dont le siège se trouve dans le New Jersey aux Etats-Unis. Le BDP-Gabon Nouveau (https://www.bdpgabon.org) recherche la suppression du régime Bongo et le départ d’Omar Bongo du pouvoir par tous les moyens possibles. Le Mamba (https://www.lemamba.org) en est la branche armée.

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