C’est avec des mots très souvent entendus depuis quelques semaines que le Président s’est adressé au peuple gabonais. Beaucoup de promesses d’épuration aux relents patriotiques et quelques critiques à l’opposition qui a refusé de participer au “nouveau” gouvernement déjà baptisé Éyéghé Ndong III. 
 
Se référant à Léon Mba, au slogan “Gabon d’abord” et à quelques roitelets honnis (qu’on se garde bien de nommer dans la mouvance gouvernementale), le Président a repris avec moins d’agressivité les thèmes de son discours étonnant du 1er décembre 2007 : la corruption a gangrené le développement du pays, l’éthique et le patriotisme oubliés par certains sont la cause de tous nos maux et pour lutter contre ces traîtres, le pays tout entier doit s’unir autour de son Président.

Fustigeant l’attitude de l’opposition politique qui a refusé d’entrer dans le nouveau gouvernement il déclare : “Malheureusement, force est de constater que, bien souvent chez nous, la critique est aisée mais l’engagement pour l’action est difficile”. Ne sachant pas quels maroquins étaient proposés à l’opposition qu’ils auraient refusé (Pierre Mamboundou était, paraît-il, présent à la Primature jusqu’à quelques minutes avant la proclamation du nouveau gouvernement…), il est difficile de juger du bien fondé de cette accusation. Force est de constater toutefois que l’opposition gabonaise n’a plus beaucoup d’éclat depuis quelques mois et bien peu de présence sur le terrain !

Lorsque le Président déclare encore que “la place est à jamais à l’action”, “qu’il sera mis fin au comportement inadmissible et antipatriotique de ces hautes personnalités qui font main basse sur les biens de l’État” ou que “la mission de ce gouvernement ne souffre d’aucune ambiguïté”, il prend des engagements que les gabonais ont déjà entendus et sur lesquels ils ont été déçus. La plupart d’entre eux ne sont pas loin de penser que ces “beaux discours” fleurent bon la langue de bois.

Evoquant la gestion des biens publics toutefois, le Président Bongo Ondimba a été plus précis, annonçant le renforcement des missions de l’inspection générale des finances. Celle-ci devra contrôler les crédits d’investissement et de fonctionnement mis à la disposition des ministères et des missions diplomatiques, Un inspecteur des finances ou un commissaire militaire aura pour charge, dans chaque ministère, de veiller à la bonne gestion des crédits et de mettre fin au pillage des meubles et équipements qui disparaissent lors des remaniements ministériels et des affectations de diplomates. Reste à vérifier, in facto, si la mesure sera suffisante. Les “incorruptibles” nécessaires à cette mission existent-ils ?

En maintenant une équipe gouvernementale qu’il critiquait implicitement dans son discours du 1er décembre, le Président a déçu les gabonais, donnant le sentiment que rien ne bougeait. Cette allocution était attendue pour relancer l’espoir de voir, enfin, l’État se lancer dans une véritable lutte contre les détournements d’argent, contre le racket mis en place par certains fonctionnaires, et surtout proposer une meilleure redistribution des richesses du pays. Espoir remis à plus tard. Mais peut-être n’est-il pas si facile de lutter contre un mal qui s’est infiltré dans toutes les couches sociales de la population au point de devenir la norme dans l’esprit de la plupart.

Bonne année tout de même, Monsieur le Président, bonne année à tous les gabonais, avec la naïve espérance que les discours récents du “Doyen des Chefs d’États Africains” augurent réellement d’un changement de politique et de mentalités profond au sein du pays.

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