Dans l’est du Tchad, premier incident armé entre Eufor et rebelles venus du Soudan

Pick-up chargés d’hommes en armes passant en trombe, blindés déployés, rumeurs affolantes sous le vrombissement des hélicoptères d’attaque : Abéché, la grande ville de l’Est tchadien, hume l’air de la guerre qui vient. Celle que se livrent, par procuration, le Tchad et le Soudan vient d’entrer dans une nouvelle phase, encore incertaine, avec l’irruption de rebelles tchadiens en provenance de leurs bases arrière du Darfour, à l’ouest du Soudan.

Leur entrée en territoire tchadien, jeudi après de brefs combats, ressemblait à une simple démonstration militaire, avant la saison des pluies, qui va figer les activités d’ici quelques semaines.
Lundi matin 16 juin, l’est du Tchad redoutait une percée, menée par plusieurs groupes qui se livrent en brousse à « une guerre de mouvement, pas de positions », selon le ministre de la communication tchadien, Mahamat Hissène, et dans laquelle des soldats de l’Eufor, la force européenne au Tchad et en Centrafrique, se sont trouvés engagés brièvement, pour la première fois depuis le début de leur déploiement en mars.

Pour l’Eufor, ce début d’épreuve du feu a eu lieu à Goz Beida, au sud d’Abéché, l’un des pôles humanitaire de l’Est où sont déployés plus de quatre cents soldats européens, majoritairement irlandais. Samedi, une colonne rebelle de près de cent véhicules, approchant de la ville, a engagé des combats avec des troupes gouvernementales. Les forces irlandaises de Goz Beida ont alors « déployé leurs blindés autour de la ville pour protéger les camps », explique, à Abéché, le chef d’état-major de l’Eufor, le colonel Dumont Saint Priest, qui conclut : « C’est un bon exemple de la façon dont on remplit notre mandat. On montre aujourd’hui qu’on a une véritable efficacité. » A Goz Beida, le camp de l’Eufor a servi de zone de protection pour les humanitaires qui étaient parvenus à le rejoindre. Cela n’a pas empêché la colonne rebelle d’entrer dans la ville et d’y passer quelques heures, le temps de s’emparer de véhicules tout-terrain et de téléphones satellites dans plusieurs ONG.

« NOUS REGARDERONS PASSER LES OBUS »
Avec trois mille hommes actuellement sur le terrain (sur un total de 3 700 lorsque son déploiement sera achevé), l’Eufor a été créée dans le but de protéger les réfugiés, les déplacés et les opérations humanitaires dans l’est du Tchad, frontalier du Soudan. Depuis sa conception, défendue à grand-peine par la France, qui en est la nation cadre, plane dans plusieurs capitales européennes le soupçon que Paris cherche à faire de cette force un parapluie de protection pour le président tchadien, Idriss Déby, son allié. Alors que commençait le déploiement de ses hommes, en février, le général Ganascia, commandant de la force sur le terrain, s’en défendait et affirmait au « Mond » : « En cas d’attaque rebelle, nous regarderons passer les obus. »

L’Eufor, à présent, risque surtout de « regarder passer » des rebelles, à condition de les trouver. Ces derniers circulent en plusieurs colonnes, qui tentent de se dissimuler pour échapper aux bombes de 250 kg des hélicoptères de combat de l’armée tchadienne. Joint par téléphone, le colonel Adouma Hassaballah, dont les hommes ont mené l’attaque de Goz Beida, affirmait, dimanche soir, continuer à se déplacer et avoir affronté quelques heures plus tôt les forces gouvernementales dans la région d’Am Djerema, près de la frontière soudanaise. « Notre objectif est de rester en dehors des centres urbains, d’attaquer l’ennemi pour le fatiguer. Ils vont s’éparpiller et on pourra marcher vers N’Djamena », affirmait-il en promettant de « continuer la guérilla ».

Quelques heures plus tôt, d’autres éléments de l’Alliance nationale, coalition de mouvements rebelles dirigée par le général Mahamat Nouri, étaient signalés à Am Dam, une petite bourgade plus à l’ouest, à environ 600 km de N’Djamena. Certaines sources estimaient qu’elle pourrait compter deux cents véhicules, déployés sur 7 km, et compter des camions chargés de nourriture et de munition.

En visite en Côte d’Ivoire, le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, a affirmé, au sujet de cette offensive rebelle, que « la France n’est pas intervenue et n’interviendra plus ». Les forces françaises, présentes au Tchad dans le cadre de l’opération « Epervier », ont apporté à l’armée tchadienne une aide décisive au cours des précédentes attaques.

Ali Gadaye, porte-parole de l’Alliance nationale, déclarait dimanche au téléphone « enregistrer avec satisfaction cette déclaration », affirmant y voir « une évolution de la position de la France ». Tandis qu’à N’Djamena le pouvoir dénonçait une manœuvre d' »intoxication », Mahamat Hissène prédisait : « Depuis 2005, l’objectif de Khartoum est de renverser le régime en place au Tchad, c’est pourquoi il leur faut attaquer N’Djamena. Mais ils ne réussiront pas. A chaque fois, ils viennent, ils sont repoussés et ils rebroussent chemin. »

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