Richesses naturelles, soleil toute l’année, plages à sable fin à perte de vue, corruption, blanchiment, impunité à cause d’institutions faibles et instables, régimes affairistes, pauvreté et corruption. L’Afrique : nouveau paradis sur terre pour mafioso ? La pègre internationale, « chassée » au Nord semble y trouver en effet nouvelles terres à conquérir.

Après les navigateurs-explorateurs-commerçants d’il y a plusieurs siècles, les missionnaires, les colons tout court, les multinationales, voilà la pègre internationale qui découvre l’éden africain et veut y prospérer. Au Nord, les sociétés sont de mieux en mieux organisées et de plus en plus outillées pour faire face aux « prédateurs » voire les éradiquer sinon les contrôler. Les pays de l’Est qui ont récemment retrouvé le monde « libre » sont devenus bien vite saturés de « délinquance » et y cherchent à mettre le holà. Seul le Sud est encore une terre à prendre. Vierge « d’institutions démocratiques et stables », richesses naturelles à même le sol, soleil toute l’année, plages à perte de vue, sites paradisiaques, populations en majorité en dessous du seuil de la pauvreté, corruption, blanchiment d’argent, régimes politiques affairistes, classe politique et élite piégée par les questions matérielles, l’Afrique est assurément une aubaine pour la pègre internationale.

Celle-ci a envahi progressivement le continent et y prend ses quartiers. C’est la raison pour laquelle, les Etats africains doivent relever le défi de la formation spécifique de leurs agents et celui de la coopération pour faire face aux organisations mafieuses, a déclaré hier lundi 7 juillet à Dakar Eric Legrand, conseiller technique au ministère de la Justice française, rapporte hier une dépêche de l’Agence de presse sénégalaise (Aps). Le juriste s’exprimait en marge de la cérémonie d’ouverture d’une session de formation des formateurs du Réseau africain francophone de formation judiciaire (Rafj) en matière de lutte contre le blanchiment d’argent de capitaux et de financement du terrorisme au Centre de formation judiciaire (Cfj).

L’homme de droit ne sait pas si bien dire. La Guinée-Bissau voisine est devenue aux yeux de beaucoup d’observateurs la plaque tournante du trafic de drogue dure en Afrique au Sud du Sahara.

« Actuellement, vous avez des mafias qui sont tellement contrôlées en Europe et au Nord qu’elles vont chercher à s’installer au Sud », a notamment indiqué Eric Legrand.

Citant des collègues à lui, il s’est référé à la Guinée-Bissau où « des gens sont en train de construire des aéroports privés de façon à faire atterrir des avions privés qui vont transporter la cocaïne ou d’autres produits de trafic partout en Afrique, profitant de la quasi-absence d’Etat ». « Pour ces cartels, c’est pain béni », a-t-il relevé. Il a attiré l’attention sur le risque qu’encourent les populations de voir ces mafieux prendre en le pouvoir.

Il y a un Etat dans les Caraïbes, où « le gouvernement a été acheté par les cartels colombiens », lesquels gangrènent toute l’île, a relevé M. Legrand. 80 immeubles sur un rayon de 5 km

Beaucoup d’observateurs ont constaté pour s’en inquiéter que dans un périmétre de moins de cinq km de rayon au Plateau à Dakar ont foisonné une centaine d’immeubles dont la réalisation n’a pas excédé une année tout au plus. Le moindre de ces bâtiments a coûté pas moins d’un milliard de nos francs. Même dévalué, un milliard reste quand même une somme importante. Quelle économie a pu produire à si peu de temps ces bâtiments qui poussent comme des champignons en prés ? D’où sort l’argent ? Des banques ? Si oui pourquoi sont-elles devenues si larges ? Pourquoi seulement pour l’immobilier alors plusieurs autres secteurs même des services sont en souffrance d’investissement ? Qui sont ces investisseurs qui débarquent tout « liquide » depuis quelques années maintenant ?

« Il est bon et légitime que l’Etat qui voit les investisseurs arriver à un fort niveau s’interroge », a en effet souligné l’officiel qui se trouve être également un agent de la coopération française. « Notre objectif est de former en Afrique de l’Ouest un dispositif de lutte hyper efficace », a-t-il assuré.

Il est nécessaire dans ce cadre, de former les gendarmes, les policiers et les magistrats à l’approche thématique, ces derniers étant la plupart du temps formés pour les infractions d’ordre général, a-t-il noté.

Quand un trafiquant d’origine africaine en Europe veut faire des réalisations en Afrique, il faut que l’argent qu’il a acquis de manière illicite, soit blanchi pour passer les frontières. Pour cela, il a besoin de passeurs et doit « mobiliser et corrompre une bonne partie de la population dans laquelle (il) veut injecter cet argent ».

A la cérémonie d’ouverture, Eric Legrand avait noté que le blanchiment de capitaux relève de la criminalité transnationale organisée, et par conséquent, appelle les Etats africains à unifier leurs efforts pour y faire face. Ces organisations, a-t-il averti, ont « les moyens de déstabiliser complètement l’économie d’un pays ou d’une région ».

Pour donner une idée de leur puissance, il a indiqué qu’un caïd de la drogue avait proposé de racheter la dette intérieure de la Colombie pour quelque 1500 milliards, en échange de sa liberté.

’’A Dakar pour l’instant (…), le blanchiment d’argent sale existe, mais on n’est pas dans une approche financement du terrorisme, on est dans une approche où les gens utilisent l’argent qu’ils ont gagné illicitement pour réaliser leur vie », a indiqué M. Legrand.

La lutte contre le financement du terrorisme et (la lutte contre) le blanchiment d’argent ne sont pas forcément liées », dans la mesure où les organisations terroristes « n’ont pas besoin d’utiliser de l’argent sale », qui d’ailleurs peut éveiller des soupçons pour mener leurs activités, a-t-il expliqué.

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