Les électeurs ghanéens fiers de leur singularité démocratique en Afrique

Sans incident notable, les 11 millions d’électeurs du Ghana ont donné, dimanche 7 décembre, une leçon de démocratie à l’Afrique et peut-être au-delà. Beaucoup ont dormi près des bureaux de vote pour être sûrs d’exercer leur droit. Endimanchés et stoïques, ils ont attendu trois heures sous un soleil d’acier avant d’accéder aux urnes. Nul ne se risquait, au terme de cette journée exemplaire, à affirmer qui, de Nana Akufo-Addo (majorité sortante) ou de son rival, John Atta-Mills, va succéder à John Kufuor, le président qui a laissé le pouvoir après deux mandats, conformément à la Constitution. Celle-ci prévoit d’ailleurs l’éventualité d’un second tour, le 28 décembre. A la différence de la plupart des pays du continent où chaque camp s’empresse de crier victoire, aucun des candidats n’a fait de déclaration, affirmant attendre les résultats officiels annoncés d’ici à mercredi.

L’enjeu du pouvoir, très aigu dans ce pays qui s’apprête à exporter du pétrole, nourrit une vive rivalité. Les deux principaux candidats sont issus de familles politiques qui se sont affrontées par la violence pendant la dictature, jusqu’aux années 1990. Mais dimanche, la conviction sans cesse exprimée par la population de détenir, avec la démocratie et la paix, deux trésors rares en Afrique, l’a nettement emporté.

« C’est ça, le Ghana ! », lance avec fierté Ebenezer Odei, le président d’un bureau de vote du quartier de Labadi en désignant la longue file d’attente, silencieuse et grave, qui s’approche lentement de l’énorme acacia sous lequel sont disposés des isoloirs en carton. « Ils prennent le vote au sérieux car ils connaissent leur pouvoir : ils savent qu’ils peuvent changer de gouvernement, ils l’ont déjà fait », ajoute Ebenezer Odei.

VERDICT DES URNES

Les bureaux de vote, toujours en plein air, sont installés dans les cours d’école, en pleine rue et même devant les églises. Les représentants des partis surveillent les opérations. La police est discrète, voire serviable et personne ne semble la craindre. Les observateurs étrangers, souvent dilettantes mais donneurs de leçon, s’inclinent devant le professionnalisme ambiant. A la nuit tombée, faute de réseau électrique, des lampes à piles permettront le dépouillement dans de nombreux lieux de vote.

Cette ferveur reflète la mobilisation des deux principaux partis qui ont été chacun aux affaires pendant huit années depuis l’instauration d’élections pluralistes en 1992. John Atta-Mills, un juriste de 64 ans aux références social-démocrates, se présente comme le défenseur des laissés-pour-compte du libéralisme économique qui a généré une croissance flatteuse (6 % par an) mais creusé les inégalités. Surnommé « prof », il accuse son adversaire de confisquer le pouvoir et de pratiquer la complaisance à l’égard de l’argent de la drogue.

En face, Nana Akufo-Addo, un avocat de 64 ans, ancien ministre des affaires étrangères réputé francophile, se flatte du bilan du président sortant. Il dénonce l’influence de l’ancien président populiste Jerry Rawlings sur la campagne de M. Atta-Mills. Visiblement doté de moyens de campagne considérables, « Nana » appelle les Ghanéens à refuser le retour de l’ancien homme fort du pays et à « aller de l’avant ».

Mais M. Rawlings, qui soupçonne de fraude le pouvoir, a prévenu qu’il n’accepterait pas des résultats truqués. Une nouvelle épreuve attend donc la démocratie ghanéenne : l’acceptation commune du verdict des urnes.

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