En Afrique, l’image du « French doctor » a favorisé les activités de la société Imeda dans plusieurs pays

Dans le dispositif des deux sociétés dirigées par ses amis, actives en Afrique, Bernard Kouchner apportait bien plus que des connaissances en matière d’assurance-maladie et de santé publique. Il apportait une image. Celle d’une célébrité, d’un homme aux multiples combats, le sceau de la générosité humanitaire, un certain entregent en France, l’apport politique et médiatique d’une popularité élevée.

Pour Omar Bongo, l’inamovible président à poigne du Gabon, devenu en quarante ans l’incarnation des réseaux opaques de la fameuse « Françafrique », « c’était un investissement ! Kouchner : une star ! », raconte une des personnes impliquées de près dans le dispositif.
Tout commence début 2003. Bernard Kouchner n’occupe pas de fonction ministérielle, et il a cessé en 2001 d’être le représentant spécial de l’ONU au Kosovo. Il occupe une chaire de professeur au Conservatoire national des arts et métiers. A travers sa société BK Conseil, il va cette année-là remettre un rapport à la firme Total à propos du travail forcé en Birmanie.

Une de ses connaissances, l’ancien diplomate, Eric Danon, passé au privé en 2001 après avoir dirigé le cabinet du ministre de la coopération Charles Josselin, le contacte. Les deux hommes se sont rencontrés à la fin des années 1980 lorsque Bernard Kouchner était secrétaire d’Etat à l’action humanitaire. Eric Danon propose à Bernard Kouchner de travailler avec lui au Gabon, où il a ses entrées auprès de la famille Bongo. L’ancien diplomate a monté, avec un ami, Jacques Baudouin, deux sociétés, Africa Steps et Imeda, destinées à aider des pays d’Afrique à améliorer des systèmes informatiques et de santé publique, notamment en matière de lutte contre le sida. Dans un montage en chassé-croisé, Eric Danon est gérant d’Imeda et salairié d’Africa Steps, tandis que Jacques Baudouin est gérant d’Africa Steps et salarié d’Imeda (dont il est aussi actionnaire très minoritaire).

Bernard Kouchner est intéressé. Des rencontres sont organisées avec des officiels gabonais à partir de 2003. En tout, le « French doctor » effectuera une dizaine de voyages au Gabon entre 2003 et 2006. Au titre de sa société BK Conseil, il est recruté comme conseiller d’Imeda, à partir de novembre 2003, pour un audit du système de santé publique gabonais, puis à partir d’avril 2004, pour un rapport sur la mise en place d’une assurance-maladie au Gabon. Son travail pour Imeda lui rapportera en moyenne 6 000 euros par mois de 2003 à 2006.

Trois ou quatre entrevues ont lieu entre Bernard Kouchner et Omar Bongo durant cette période, l’une se tenant à Paris. Une certaine familiarité s’instaure. Bernard Kouchner tutoie le président. Le rapport sur l’assurance-maladie est remis fin 2006 (environ 150 pages, portant la signature de cinq personnes dont Bernard Kouchner). En 2007, une loi gabonaise est votée à ce sujet.

Mais les Gabonais ne s’acquittent pas de la totalité de la somme due à Imeda. Il reste plus de 800 000 euros à recouvrir. Bernard Kouchner, lui a, en revanche, été entièrement payé. C’est ce résidu d’argent dû à Imeda qui posera de gros soucis à Eric Danon, plus tard, lorsqu’il demandera, après la nomination de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay en mai 2007, à être réintégré au ministère.
Mais il faut revenir un peu en arrière. En réalité, de 2003 à 2006, les rémunérations versées par Imeda à Bernard Kouchner ne portent pas seulement sur le travail accompli au Gabon. Elles concernent un ensemble de démarches effectuées par l’ancien ministre français dans plusieurs pays d’Afrique. Le Bénin, le Nigéria, le Burkina-Faso, le Niger et le Congo-Brazzaville sont concernés.

Bernard Kouchner voyage en Afrique, il multiplie les entretiens, osculte des installations de santé publique. Il prospecte pour Imeda, il est la tête chercheuse, l’atout majeur susceptible de convaincre les responsables locaux de recourir aux services de la petite société française, dont le chiffre d’affaires s’accroît..
La pénétration d’Imeda au Congo-Brazzaville, à partir de fin 2006, tient pour beaucoup au facteur Kouchner, même si aucun contrat ne sera passé avec ce pays qui l’implique personnellement. Si « Sassou », dit un familier du dossier, en parlant du président congolais, Sassou Nguesso, s’est interessé à Imeda pour la modernisation du CHU de Brazzaville parce qu' »il avait l’idée que Kouchner y allait. Sassou est de la même famille que Bongo. Quand l’un a un truc, l’autre le veut ».

L’opération Imeda opère en Afrique avec l’estampille et l’aura, des « Kouchner boys », dit ce connaisseur. Des hommes « de terrain », pas des « diplomates jamais sortis du septième arrondissement ». Des gens rompus au monde de la « coopération », un milieu où on ne rechigne pas à traiter avec « tel dirigeant qui est peut-être un salaud, parce qu’il faut au contraire l’inciter à changer ! ». Bernard Kouchner évitera néanmoins de se rendre pour Imeda en Angola. Il a à l’esprit le scandale de l' »Angolagate ».

Mai 2007 arrive. C’est à la fois l’excitation et « la panique », raconte un proche de Bernard Kouchner, qui est désigné pour le Quai d’Orsay. Il se réunit avec Eric Danon, Jacques Baudouin, et d’autres membres du cercle rapproché. Il faut « liquider » tout lien direct entre le futur cabinet ministériel – où entre Jacques Baudouin – et les opérations africaines. S’abriter de tous reproches potentiels, être « clean ». Mais « Bernard » tient aussi à ce que l’action entreprise en Afrique, dont il est fier, ne soit pas abandonnée. La gérance d’Africa Steps, comme celle d’Imeda, est reprise par Eric Danon, avant qu’il n’obtienne le poste d’ambassadeur à Monaco.
Revenu au Quai, ce dernier se débat pour recouvrer l’argent gabonais, qui sera versé début 2008. Bernard Kouchner, ministre, s’enquiert, au détour de ses conversations avec Eric Danon, de la clôture du volet financier.

Exprimez-vous!

  1. Mr Kouchner a été payé par Bongo pour mettre en place une sécurité sociale au Gabon, c’est une blague???? elle est ou cette sécurité sociale au Gabon!!!!!!!!?????? ah pauvre Gabon.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles apparentés

Explosions à Beyrouth: la diaspora libanaise en Afrique sous le choc

L'émotion est forte, à travers le monde, après les explosions qui se sont produites mardi soir à Beyrouth, au Liban. Sur le continent africain,...

Coronavirus : plus de 1 000 nouveaux cas en France en 24 heures

Le virus continue de circuler dans le pays. Le nombre de patients placés en réanimation augmente à nouveau. L'épidémie de coronavirus continue de progresser en...

CGE : le mandat du bureau actuel a été prorogé

La décision rendue par la Cour constitutionnelle le 15 juin dernier devrait vraisemblablement mettre un terme à un débat qui a cours, en ce...

Ping, Mayila et la réconciliation nationale : Mystification politicienne

En se gardant d’analyser les aspects pratiques, les leaders de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) et de l’Union pour la nouvelle République...

Confinement : Le secteur informel dans la tourmente

Les mesures de confinement prises par le gouvernement pour lutter contre la propagation du Covid-19 ont sérieusement impacté de nombreux secteurs dont les services....

Gabon : Pizolub durement frappée par la crise

La société Pizolub est dans la tourmente. Depuis trois mois, la production est à l’arrêt tandis que les salaires sont impayés. Une situation à...

Suivez-nous!

1,336FansLike
124FollowersFollow
0SubscribersSubscribe

RÉCENTS ARTICLES

Explosions à Beyrouth: la diaspora libanaise en Afrique sous le choc

L'émotion est forte, à travers le monde, après les explosions qui se sont produites mardi soir à Beyrouth, au Liban. Sur le continent africain,...

Coronavirus : plus de 1 000 nouveaux cas en France en 24 heures

Le virus continue de circuler dans le pays. Le nombre de patients placés en réanimation augmente à nouveau. L'épidémie de coronavirus continue de progresser en...

CGE : le mandat du bureau actuel a été prorogé

La décision rendue par la Cour constitutionnelle le 15 juin dernier devrait vraisemblablement mettre un terme à un débat qui a cours, en ce...

Ping, Mayila et la réconciliation nationale : Mystification politicienne

En se gardant d’analyser les aspects pratiques, les leaders de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) et de l’Union pour la nouvelle République...

Confinement : Le secteur informel dans la tourmente

Les mesures de confinement prises par le gouvernement pour lutter contre la propagation du Covid-19 ont sérieusement impacté de nombreux secteurs dont les services....