Au micro de RFI, Rose Francine Rogombé, présidente par intérim du Gabon, évoque les perspectives politiques de son pays après la mort du président Omar Bongo Ondimba. Elle précise notamment que le délai pour organiser la présidentielle pourrait dépasser les 45 jours. C’est le terme prévu par la Constitution, sauf «cas de force majeure».

RFI : Le 8 juin, le président Bongo est décédé. Comment combler ce vide maintenant ?

Rose Francine Rogombé: Ca va être difficile. Mais dans l’héritage qu’il nous a légué en dehors de la paix, de l’unité, il nous a légué les institutions. Donc, depuis qu’il a été rappelé à Dieu, nous nous efforçons de respecter la Constitution et nous allons essayer de nous en sortir parce que c’est quand nous sortirons de la légalité que nous aurons des problèmes. C’est toujours très difficile de remplacer un grand homme. Mais si nous respectons la légalité que lui-même avait souhaitée, cela va nous permettre d’avancer un peu plus loin.

RFI : Pendant les deux jours qui ont séparé son décès du moment où vous avez prêté serment, il y a eu des hésitations, il y a eu des flottements…

RFR : Je ne l’ai pas senti parce que j’ai prêté serment le 10. Je n’ai pas senti qu’il y avait eu une hésitation. Non, tout le monde était dans la douleur et tout le monde était serein.

RFI : On s’est tout de même demandé s’il n’y aurait pas un coup d’Etat constitutionnel comme au Togo en 2005 ?

RFR : Le Togo, c’est le Togo. Nous, nous sommes au Gabon. Nous au Gabon, nous avons opté pour respecter la Constitution et nous la respectons jusqu’à présent.

RFI : Au début, certains disaient que vous n’étiez pas un poids lourd du PDG (le Parti démocratique gabonais), que vous seriez peut-être malléable. En fait, non. On s’aperçoit que vous êtes une femme de caractère…

RFR : Je dois vous avouez que j’ai le soutien de beaucoup dans la classe politique gabonaise actuelle. Je demande des conseils à pas mal de personnes et je pense que tout le monde collabore pour que nous continuions à œuvrer dans la paix.

RFI : Il y a eu un certain nombre de pressions sur vous quand vous avez remanié le gouvernement. Et finalement, vous avez gardé le même Premier ministre et vous avez changé de ministre de l’Intérieur. Pourquoi ?

RFR : J’ai reconduit la même équipe. Même ceux que j’ai déplacés, ils sont quand même au gouvernement parce que nous allons entrer dans une période de campagne. Notre mission principale, c’est de faire élire un nouveau président. Donc je n’avais aucune raison de me séparer de collaborateurs que le chef de l’Etat lui-même avait laissés en place.

RFI : Sauf avec le ministre de l’Intérieur ?

RFR : Ah non, (rires) le ministre de l’Intérieur, c’est un collaborateur mais il n’est pas le seul à avoir changé le portefeuille.

RFI : Alors cette présidentielle, quand aura-t-elle lieu ?

RFR : Nous essayons de rester dans la ligne du délai que nous impose la Constitution. Si jamais… – mais ce n’est pas possible -, eh bien il y a d’autres institutions qui fonctionnent, qui sont là. Il y a des spécialistes qui vont nous dire s’ils peuvent constater un cas de force majeure comme le prévoit la Constitution et peut-être prévoir un délai pas trop court, parce qu’il ne faudrait pas aussi qu’on donne l’impression que nous voulons bâcler. Il ne le faut pas trop long non plus, sinon on rentrerait dans l’illégalité.

RFI : Les partis d’opposition que vous avez reçus la semaine dernière vous ont demandé un délai de cinq à six mois pour faire un bon peignage des listes électorales ?

RFR : Effectivement, ils ont demandé une prolongation de trois mois, quatre mois, cinq mois, d’autres jusqu’à six mois, mais ils ont oublié que ce sont eux qui ont voulu, à la sortie de la Conférence nationale, que ce soit quarante-cinq jours ou plus. Nous ne voulons pas tomber dans l’erreur de suivre les avis des uns et des autres qui sont contraires à la Constitution parce qu’après, je ne serais plus couverte par la loi.

RFI : Et franchement, croyez-vous qu’un délai de 60 jours, comme le propose le PDG, suffira ?

RFR : Oui, on peut puisque le fichier électoral que les partis de l’opposition contestent maintenant… Les députés et les sénateurs de l’opposition qui sont au Parlement ont été élus sur la base de ce même fichier électoral. Maintenant, on va essayer de voir ce que les spécialistes peuvent nous accorder comme délai.

RFI : Madame la présidente, vous êtes populaire au Gabon. On l’a vu le jour des obsèques, vous avez été applaudie. N’est-ce pas aussi parce que, pour un certain nombre de Gabonais, vous êtes la personne qui empêchera un scénario à la togolaise débouchant sur une succession dynastique en faveur d’Ali Bongo ?

RFR : Mais nous ne sommes plus au stade du Togo. Nous sommes au Gabon. Ici, nous parlons d’élections. Tous les Gabonais sont libres de se présenter. D’ailleurs, je sens qu’il y aura plusieurs candidatures. Je le sens. Vous savez, nous les femmes, on sent toujours les choses venir. Mais quand je regarde un peu, je me dis… il y aura sûrement plusieurs candidatures.

RFI : Au sein du parti PDG ?

RFR : Peut-être, pourquoi pas ? Il faut s’attendre à tout.

RFI : En tout cas, il y aura des primaires ?

RFR : Je ne sais pas s’il y aura des primaires puisque nous avons opté pour le consensus. Donc je crois que nous allons essayer de gérer ça au maximum pour que nous n’allions pas aux primaires parce que vous savez, les primaires, ce n’est pas toujours juste. Vous avez l’exemple chez vous en France. Ce n’est pas toujours juste.

RFI : (rires) Le Parti socialiste français…
RFR : (rires) Voilà, vous avez tout compris.

RFI : Est-ce qu’il y a un candidat naturel au sein du PDG ?

RFR : Pour le moment, on ne peut pas parler de candidat naturel puisque le président est parti sans nous laisser un nom, sans nous dire quelque chose. Le PDG va certainement investir un candidat. Ils se mettront d’accord auparavant pour en choisir un mais il ne faudrait pas aussi qu’on soit surpris si des candidatures indépendantes se glissent. Vous savez, nous sommes dans le domaine politique et il faut s’attendre à tout.

RFI : La Constitution vous interdit d’être candidate. Mais avez-vous une préférence ?

RFR : Non, je ne ferai pas connaître ma préférence parce que, si je le fais, ça veut dire que je vais orienter l’électorat. Il faut laisser le droit parler.

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