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Gabon: La jeunesse au cœur de la campagne électorale (Focus)

SACREE JEUNESSE !

L’histoire du Gabon, à bien des égards a toujours accordé une place bien particulière à cette jeunesse, celle incarnée par le président Léon Mba, qui en 1924, à 22 ans devenait, « instruction oblige », chef de canton, mais aussi celle incarnée en 2009, par la « génération Barack Obama ».

Non moins instruite, elle est surtout plus blasée, capable de s’organiser pour faire valoir ses droits- comme ce fut le cas des étudiants de l’université Omar Bongo, qui le 6 juillet dernier envahissaient la Primature pour réclamer la reprise des cours alors interrompus- de tenir une conversation pertinente en analysant dans les moindres détails les systèmes économiques et sociopolitiques nationaux et proposer les solutions à apporter.

Mais parler du « coté cour » de la jeune génération actuelle, dans ce qu’elle a de plus intellectuel et de plus brillant, implique aussi par souci de relativité, de s’appesantir sur son « coté coulisse », plus tendancieux, caractérisé par une forte propension à la « glandouille », et aux « grooves », pour qui le futur parfait se résume aux stéréotypes véhiculées par la culture « hip hop » et sa « grosse dose de kiffe ».

Pourtant, cette ambivalence de la jeune génération gabonaise, qui témoigne à suffisance de l’existence d’une fracture sociale entre le Gabonais dit « d’en haut », diplômé des universités étrangères, actif professionnellement, et le Gabonais dit « d’en bas », chômeur parce que « sans qualifications », ne semble pas laisser insensible les candidats à l’élection présidentielle, qui en cette période de campagne électorale, ne cessent de leur témoigner un intérêt particulier.

LE « POUVOIR-JEUNE » ?

Tee-shirt, casquettes, banderoles flanqués des couleurs de l’un ou l’autre candidat à la présidentielle, tel est en ces jours, le kit du « parfait jeune gabonais », conscient « semble-t-il », de son rôle et de son statut de citoyen appelé, dans quelques jours, à donner sa voix à celui ou celle qui l’incarnera au mieux.

Ainsi, depuis le début de la campagne électorale, le 15 août dernier les plus attentifs n’auront pas manqué d’observer, lors des différents meetings de campagne, la forte « mobilisation-jeune », qui pourrait s’apparenter à une « jauge de popularité » des candidats.

Plus l’assemblée est constituée des membres de la jeunesse – dont la propension naturelle à la spontanéité n’est plus à prouver – plus les slogans et les acclamations à la faveur – ou à la défaveur- du candidat seront susceptibles d’être retentissants. Car en effet, pour peu que le micro lui soit tendu, celui-ci n’hésitera pas à couvrir d’éloges le candidat de son choix, ou au contraire à battre apostropher celui qu’il conteste, n’hésitant à aucun moment, en plein meeting, à lui poser la « question qui fâche ».

Pour illustration, il serait sans doute pertinent de s’interroger sur le nombre d’associations de soutien formées par les jeunes gabonais en faveur de l’un ou l’autre prétendant à la magistrature suprême.

Bien avant la campagne électorale, qui se poursuit actuellement, d’aucuns auraient même pu penser, en deçà du débat d’idées entre les candidats, à l’existence d’une « concurrence associative » entre leurs jeunes sympathisants, tant ces derniers avaient envahi l’espace médiatique en général, et la première chaîne nationale (RTG1) en particulier.

« Ce pouvoir- jeune », capable de faire ou de défaire une popularité, a sans doute été perçu par les candidats et leur directoire de campagne. La thèse dont il est question ici, pourrait être corroborée par une simple lecture des programmes de société des aspirants à la Présidence de la République. En effet, comment expliquer alors que les préoccupations de la jeunesse y tiennent une place importante pour ne pas dire prépondérante

SUJETS DE TOUTES LES « ALLOCUTIONS »

Il en va ainsi du candidat indépendant par ailleurs révérend, Bruno Ngoussi, qui, lors de son premier meeting de campagne électorale, le 15 août dernier à la Cité de la démocratie, s’engageait devant une modeste assemblée de jeunes sympathisants, pour l’insertion professionnelle des jeunes, en allégeant la fiscalité inhérente à la création d’entreprises.

Le 16 août dernier, lors d’une sortie dans le quartier défavorisé de Kinguélé, le candidat de « l’interposition » André Mba Obame s’adressant alors à un public oscillant entre 15 et 35 ans, promettait consacrer, s’il était élu président au soir du 30 août prochain, « dix milliards de Francs CFA pour détecter les qualités des jeunes et les orienter dans ce qu’ils savent faire ».

De son côté, le « candidat intergénérationnel » et porte-étendard du Parti Démocratique Gabonais (PDG, au pouvoir), Ali Bongo Odimba, à la faveur du lancement officiel de sa campagne, le 16 août dernier également, avait – après une sortie remarquée parmi les jeunes quelques jours plus tôt- mis en relief la nécessité d’une formation pour « assurer l’emploi de la jeunesse et récompenser son initiative personnelle », nécessité que le Chef de l’Etat, Rose Francine Rogombé énoncera quelques heures plus tard lors de son discours à la nation, émettant le vœu de « mettre les générations futures en situation de réussite ».

Mais, pour autant, s’il est louable de constater cet intérêt des politiques pour les préoccupations de la jeunesse, il serait bien sot de considérer que les difficultés liées à cette frange de la population gabonaise ne sont apparues qu’à ce moment précis de la campagne électorale et n’ont été observées que par les aspirants au fauteuil présidentiel.

Pour preuve, il apparaît au contraire que la jeunesse, bien que dévorant les meetings à la vitesse d’éclair, dans l’espoir d’y trouver « désaltération »- et n’hésitant pas à retirer le tee-shirt du candidat x ou y sitôt le meeting terminé- ne demeurent pas passifs.

Si l’on peut s’interroger sur la connaissance effective qu’ont certains jeunes- de plus de 18 ans- du projet de société des différents candidats, de l’idéologie des différents partis, on ne peut, au contraire, pas ignorer qu’il est au moins une chose que les jeunes générations connaissent mieux que personne, à savoir : leur préoccupations réelles.

RESONANCE EXPRESSIVE

« Les jeunes de la strette veulent un président, un décideur pas un dissident (…). Les jeunes ont en marre d’être assis, donnez-nous de bonnes écoles, le goût de l’effort et la juste récompense», peut-on entendre dans un des nombreux titres musicaux associant des collectifs de jeunes artistes. Diffusés en boucle, ces morceaux témoignent à suffisance de l’importance qu’accorde la jeunesse à cette élection présidentielle anticipée, qu’elle considère comme une « véritable opportunité de changement ».

Ainsi, la musique devient-elle pour ces jeunes artistes, le moyen d’exprimer aux 23 candidats actuels – et au futur victorieux – leurs désirs et aspirations, mais aussi leurs craintes ? Rien n’est moins sûr.

« Je n’ai qu’un seul pays, je n’ai qu’une seule maison, voilà pourquoi je prie pour qu’on ne brûle pas mon Gabon ( …). On veut apprendre à devenir des hommes d’état honnêtes, nous servir de nos têtes et pas de baïonnettes », fredonnent certains jeunes artistes.

De fait, depuis peu, les images et attitudes « bling bling », doublées ostentatoires vidéo-clips propres à cette jeune génération d’artistes, ont peu à peu été remplacées par d’autres, plus épurées, surlignées de paroles à double niveau de compréhension, orchestrées par une réalisation faite avec les moyens de bord, souvent à l’aide de logiciels piratés.

Cette interpellation lancée aux autorités compétentes en cette période de campagne électorale, n’est pas l’apanage des jeunes gabonais résidents sur le territoire national. En dehors de nos frontières, la jeunesse gabonaise reste bien présente sur la toile et s’organise activement.

RESEAU ORGANISE

Ainsi, outre les groupes de soutien aux candidats – qui pullulent sur le web- de nombreux autres groupes de jeunes ont fait irruption à la veille de l’élection présidentielle. Présents sur les réseaux du web social, associant une portion non négligeable des gabonais de la diaspora à prendre part, chacun à son échelon, à des actions sur le terrain physique.

Il en va ainsi du groupe « les Anges gardiens du Gabon », créé par un ex mannequin, la gabonaise Gloria Mika qui, récemment, a été l’invitée de l’une des chaînes de la télévision publique française.
Possédant son propre site Internet, le groupe s’emploie à obtenir des autorités compétentes des garanties pour une plus grande transparence dans le processus électoral. Aussi, le groupe a-t-il déjà organisé plusieurs marches d’interpellation, dont la dernière en date est celle du samedi 15 août, à Paris.

A l’image des « Anges gardiens du Gabon », un groupe moins récent, « les Gabonais sans frontières », se veut, elle aussi, un relais d’information, qui reprend sur son interface web, la plupart des articles qui, issus d’agences de presse gabonaises, traitent des élections à venir.

Cette élection inattendue, qui se justifie par le décès de Omar Bongo Ondimba, le 8 juin dernier à Barcelone (Espagne), est « une opportunité pour la jeunesse, de faire entendre le son de cloche qui lui correspond, et de devenir son propre porte-voix », confient certains jeunes.

A l’heure où d’aucuns se réclament « candidats de la société civile » – alors que les définitions juridiques y afférentes demeurent floues – « candidats du Gabon d’en bas » ou « candidats choisis par Dieu », il semble que la jeunesse gabonaise, elle, est décidée à prendre son temps, meeting après meeting, afin de peaufiner son choix, le but étant d’obtenir plus qu’une véritable promesse pour son avenir, un « nouveau contrat social ».

Dans un pays où, selon les derniers recensements, les jeunes – de plus de 18 ans- constituent plus de 50% de la population, il est peut être permis de penser qu’au soir du 30 août prochain, le nouveau président élu, l’aura été par la jeunesse.

GN/MO/DCD/09

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