Le candidat de l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR) à l’élection présidentielle du 30 août, Pierre Mamboundou, est pressenti comme l’un des favoris pour ce scrutin, dont il dénonce depuis le début de la campagne l’«illégalité» du processus d’organisation. Dans une interview accordée le 27 août dernier à RFI, que nous publions in extenso, le président d’un des partis les plus radicaux de l’opposition gabonaise revient sur les inquiétudes omniprésentes de fraude pour le vote du 30 août, en estimant que l’éclatement des principaux acteurs de la fraude électorale devrait entraîner une «neutralisation mutuelle».

© D.R. Pierre Mamboundou de l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR)

Quelle serait votre priorité si vous êtes élu ?
«Quand je serai élu l’une des priorités c’est de la restauration de l’autorité de l’État. La deuxième priorité c’est la mise en place des infrastructures de développement et la principale infrastructure de développement c’est la route.

Il y a deux fortes demandes en plus des routes, c’est la santé et le logement pour tous, que pouvez-vous promettre ?
Bien sûr, j’envisage de construire environs 6000 logements par an, cela coûtera au budget gabonais à peu prés 200 milliards.

Il y a des candidats qui promettent plus…
Cela les engage eux, mais j’estime qu’en étant réaliste, 200 milliards de francs CFA, ça peut tenir la route.

Donc vous avez fait des calculs qui vous paraissent plus réalistes que ceux de certains de vos adversaires ?
Je ne veux pas juger et pour la santé, je propose dans un premier temps, la gratuité de la consultation. Aujourd’hui au Gabon, aucun centre hospitalier ne consulte sans faire payer la consultation ; c’est la première chose. La deuxième chose, nous voulons faire des soins de santé de base à titre gracieux parce que ce sont des soins des pathologies les plus courantes qui touchent les populations le plus démunie qui doivent être dispensés sans qu’on ait un titre onéreux.

Pierre Mamboundou, si vous êtes élu, est-ce que vous demanderez des comptes aux anciens dignitaires du régime Omar Bongo ?
Quand Pierre Mamboundou sera élu, sa principale préoccupation sera de s’occuper du quotidien des Gabonais. Les comptes à demander à qui que ce soit ce serait vraiment de manière ultérieure.

Donc il n’y aura pas de chasse aux sorcières ?
Ce n’est pas un langage que j’affectionne.

Vous dites que le candidat du PDG, Ali Bongo, n’a aucune chance. Mais la machine électorale du parti au pouvoir est derrière lui et il y a du monde dans ces meetings ?
Oui on peut toujours faire de la transhumance électorale, on peut transporter des gens d’un point à un autre, vous avez vu la débauche de moyens, à la fois matériel et financière. On se demande même d’où vient cet argent et à qu’à cela ne tienne, cela donne l’illusion de l’affluence et nous estimons que rien n’en sera en ce qui concerne l’élection.

Mais vous n’envisagez pas tout de même qu’il puisse gagner l’élection dimanche prochain ?
Il ne peut pas gagner l’élection parce qu’il est la matérialisation du passif de 42 ans de mauvaise gestion du PDG. Je ne vois pas comment les Gabonais qui ne sont pas amnésiques pourraient tout d’un coup constater qu’Ali Bongo n’est pas le fils de son père.

Pour barrer la route à ce candidat du PDG, parti au pouvoir, les dissidents du PDG lancent un appel à une candidature unique de l’opposition qu’est-ce que vous en pensez ?
Nous avons pendant des semaines sollicité l’attention de chacun d’entre eux pour que nous fassions œuvre utile en présentant un seul candidat, rien n’en a été. Voilà que vers la fin de la campagne tout d’un coup on découvre les avantages de la candidature unique.

Tout de même on ne peut ne pas vous répondre que vaut mieux tard que jamais.
Mais cela dépendra, nous verrons exactement comment cette idée va évoluer et quels sont les contours.

Donc pour l’instant vous n’êtes pas en contact suivi avec un Jean Eyéghé Ndong ou un André Mba Obame ?
Pas du tout.

Depuis plus de 10 ans, Pierre Mamboundou, vous dénoncez le dispositif de fraude qui sévit au Gabon. Alors cette fois-ci, est-ce que vous pensez qu’il y aura plus ou moins de fraude que du vivant d’Omar Bongo Ondimba ?
Il faut d’abord constaté que le dispositif classique de fraude huilée du PDG a volé en éclat. Il reste effectivement une rémanence de la fraude. Mais comme par l’extraordinaire, le PDG connaît maintenant quelques difficultés d’existence en ce qui concerne la maîtrise totale du système de fraude. Monsieur André Mba Obame a un système de fraude entre ses mains, Monsieur Jean Eyéghé Ndong a un système de fraude entre ses mains, Monsieur Casmire Oyé Mba a un dispositif de fraude entre ses mains, Monsieur Ali Bongo a un dispositif de fraude entre ses mains. Voyez-vous, la fraude elle aussi, elle a explosé avec le Parti démocratique gabonais. Et il y a neutralisation mutuelle.

Du coup vous êtes optimiste, vous pensez qu’il n’y aura pas de fraude dimanche prochain ?
Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de fraude, je dis que les fraudeurs vont se neutraliser entre eux.

Et quelle est malgré tout la phase du processus électoral sur laquelle vous serez très vigilant pour empêcher la fraude ?
La phase la plus importante, c’est la phase post-vote, en ce qui concerne la signature des procès-verbaux des bureaux de vote, en ce qui concerne le transfert des urnes vers les point de centralisation.

Pensez-vous, comme André Mba Obame, l’ancien ministre de l’Intérieur et aujourd’hui candidat de l’opposition, qu’il y aura des fausses urnes bourrées de faux bulletins ?
Il sait de quoi il parle, puisqu’il a été un des auteurs de la fraude électorale. Donc quand il parle, il faut prêter l’oreille.

Que ferez-vous si la victoire d’Ali Bongo est proclamée dimanche ou lundi prochain ?
La victoire d’Ali Bongo ne serra pas proclamée le dimanche prochain, à moins qu’il fasse un coup de force et ce coup de force, sur qui va-t-il s’appuyer ? sur les Angolais ? sur les étrangers ? sur qui ?

Et comment réagirez-vous en ce moment là ?
Nous réagirons le moment venu.

Appellerez-vous à des manifestations ?
Nous réagirons le moment venu.

Côté français, Nicolas Sarkozy affirme que la France ne soutient aucun candidat, le croyez-vous ?
Je n’ai aucune raison de ne pas croire à la parole du président de la France, c’est une parole au plan international qui compte et qui compte aussi pour nous. Nous sommes ensemble, la France et nous depuis 150 ans. La France et le Gabon ont intérêt à ce que les élections se passent normalement et que le meilleur gagne, et que celui-ci continue d’entretenir des relations intelligentes entre le Gabon et la France, puisque nous sommes condamnés à vivre ensemble parce que les intérêts de la France et du Gabon ne sont pas conflictuels mais mutuels».

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