L’interdiction de l’exportation de grumes brutes du Gabon en 2010 sera discuté entre les présidents gabonais Ali Bongo et français Nicolas Sarkozy, dont le programme serré dans ce pays mercredi comprend une visite chez un groupe phare du secteur du bois.
“C’est un symbole: Sarkozy va voir Rougier pour montrer son soutien aux forestiers français qui jouent le jeu”, assure un observateur français installé au Gabon.
Rougier est un groupe industriel français de transformation et négoce des bois tropicaux et exotiques. Son directeur général adjoint Jean-Louis Santos se garde de toute interprétation: “C’est un honneur pour nous de recevoir le président (Sarkozy). Cette visite est complètement déconnectée du débat actuel”.
De nombreux forestiers espèrent que le président français obtiendra un assouplissement de la mesure d’interdiction.
“Cette mesure n’est pas dirigée contre les entreprises françaises, il n’y a pas de problème”, précise-t-on toutefois à l’Elysée.
“Il n’y a aucun souci”, dit aussi Alexandre Vilgrain, président du Conseil des investisseurs français en Afrique, ajoutant: “C’était une décision prévue de longue date (…) qui a deux effets positifs: protéger la forêt et la richesse du Gabon. Les entreprises françaises sont prêtes, disons que certaines d’entre elles ont sur-réagi”.
En réalité, la mesure a pris tout le monde de court: forestiers et fonctionnaires négociaient les quotas d’exportations de grumes quand elle a été annoncée en novembre, selon des sources concordantes.
“C’était surtout un effet d’annonce avant le sommet de Copenhague” sur le climat. “Ali (Bongo) a voulu secouer le cocotier, virer ceux qui ne respectent pas les règles”, analyse un consultant.
“Il n’est pas question de revenir sur le principe. La première bille de bois a été exportée il y a plus d’un siècle”, souligne une source proche de la présidence à Libreville.
“Il peut y avoir des mesures d’accompagnement et des dérogations, mais ce sera au cas par cas et uniquement pour ceux qui ont fait des efforts. Le Gabon est excédé par de nombreux forestiers qui ont pris des concessions “sans jamais avoir l’intention de transformer le bois”.
Guillaume Fenart, de la Compagnie des Bois du Gabon, dit comprendre: “Les forestiers ont une part de responsabilité. Il y a des forestiers à éliminer, d’autres à aider”.
La loi leur donnait normalement jusqu’à 2012 pour atteindre un chiffre de 75% de transformation locale, alors que le taux actuel n’est que de 25% à 35% . “Le président a sifflé la fin de la récréation”, affirme M. Fenart.
“Certains transforment déjà 60%, d’autres moins (…) Mais il y a une réalité: c’est qu’aujourd’hui l’exportation des grumes finance la transformation”, explique Denis Cordel de Rougier.
Selon lui les forestiers ayant des certifications internationales FSC (Forest Stewardship Council, la plus réputée) risquent de les perdre: “Si on nous oblige à tout transformer, on n’exploitera plus que 8 essences au maximum, contre 50 aujourd’hui. On dira qu’on ne préserve pas la biodiversité”.
Lors d’un forum sur le sujet, un expert gouvernemental a souligné que le pays n’était pas prêt à transformer plus de 50% de la production en raison de la faiblesse des installations. Autre constat: le Gabon n’a pas assez de main-d’oeuvre qualifiée.
Le forum a recommandé un calendrier progressif jusqu’en 2012, “des financements” ou des mesures fiscales pour “favoriser l’industrialisation” et la création d’une école des métiers du bois.
Pour Jean-Louis Santos, “ça reste une lettre au Père Noël”. Certains espèrent que Nicolas Sarkozy en sera un.

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