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Au Gabon, Sarkozy rejoue l’air de la rupture

Quelle urgence avait Nicolas Sarkozy à se rendre une troisième fois au Gabon depuis son élection? A l’issue de sa courte visite sur place, la réponse n’est pas évidente. Pour l’essentiel, le chef de l’Etat a paraphé, ce mercredi, un nouvel accord de défense qui confirme le maintien de la base militaire tricolore à Libreville (au détriment de Dakar, qui sera fermée) et institue des rapports plus transparents entre les deux pays. Le document sera soumis au Parlement, puis rendu public, a promis le chef de l’Etat.
Critiqué pour avoir renié ses promesses de rupture avec les usages de la Françafrique, formulées avant son élection à l’Elysée, Sarkozy a semblé surtout vouloir se saisir de cette occasion pour protester de sa bonne foi. Dans un discours prononcé à la «Cité de la démocratie», à Libreville, tout y est passé: l’hommage au défunt Omar Bongo (décédé en juin 2009), la nécessaire rénovation des liens entre la France et l’Afrique, la défense des intérêts économiques français, mais aussi le refus de toute exclusive… Il a ainsi juré ne pas voir d’un mauvais oeil l’arrivée de nouveaux concurrents – chinois ou autres – dans les anciennes chasses gardées de la France sur le continent, provoquant quelques rires dans l’assistance. A propos de l’accord de défense franco-gabonais, il a lancé: «Il n’y aura pas de clause secrète», jurant vouloir en finir avec «les clichés, les fantasmes et les procès d’intention».
Visiblement sensible aux critiques qui avaient fusé lors de l’élection présidentielle d’août dernier au Gabon, Sarkozy a lancé: «Je défie quiconque de prouver que la France avait un candidat.» Le président avait pourtant convié lors de ce déplacement au Gabon l’un de ses conseillers officieux pour les affaires africaines, l’avocat Robert Bourgi. Juste avant l’élection, ce dernier avait déclaré publiquement qu’il soutenait Ali Bongo, provoquant la colère de l’opposition gabonaise.
A la tribune, sous d’immenses photos représentant son père avec tous les présidents de la Vème République, Ali Bongo a été on ne peut plus clair: «La Françafrique (…) est un héritage historique riche d’aspects aussi bien négatifs que positifs», mais la période des «réseaux, des tutorats et des leçons» est bien «révolue». Il a plaidé pour l’instauration d’un «réel partenariat gagnant-gagnant» avec l’ex-puissance coloniale, façon de dire qu’il ne l’a jamais été jusqu’ici. Au début de son discours, le nouveau président gabonais a également parlé de «patrimoine inaliénable» à propos de la relation avec la France. Comme pour mieux signifier que l’avenir était ailleurs.
Dans l’assistance, un proche de la famille Bongo confiait: «Les jeunes Gabonais se foutent pas mal des liens historiques avec l’ancienne puissance coloniale, de la francophonie, etc. Ce qui compte pour eux, c’est d’aller faire des études à l’étranger, d’avoir des visas, une bonne formation. Et leur regard se tourne de plus en plus vers d’autres pays, les Etats-Unis ou le Canada notamment.» A l’image de leur président, d’ailleurs. Formé en France, Ali Bongo est réputé proche culturellement des Etats-Unis et très ami avec le roi du Maroc, Mohammed VI.
En signant ce nouvel accord de défense, la France préserve et consolide certes son point d’ancrage dans le Golfe de Guinée, une zone pétrolifère stratégique. Mais le Gabon s’assure du soutien de Paris au sein de l’Union européenne pour défendre ses intérêts dans les instances internationales. C’est sans doute cela le nouveau «partenariat gagnant-gagnant».

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