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Gabon : Le cri d’alarme de l’opposition à Ban Ki-Moon

L’opposition gabonaise a adressé, ce 1er juillet, un mémorandum au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, en visite officielle au Gabon. Dans le dit document, elle peint un tableau sombre de la situation économique, sociale, politique et démocratique du pays depuis l’arrivée au pouvoir du nouvel exécutif. Le texte intégral dudit mémorandum, signé par Zacharie Myboto, président de l’Union nationale (UN) et Maître Louis Gaston Mayila, Président en exercice de l’Alliance pour le changement et la restauration (ACR).

Mémorandum de l’opposition à son excellence Monsieur le Secrétaire général des Nations Unies

Depuis le décès du Président Omar BONGO ONDIMBA le 08 juin 2009 et le coup d’État électoral du 03 septembre 2009 qui a imposé au Gabon une succession de type monarchique, la transition politique est compromise par la volonté clairement exprimée du PDG de confisquer le pouvoir au mépris des règles de l’État de droit et de la volonté du peuple Gabonais.

L’ensemble des composantes de l’opposition Gabonaise, individuellement ou collectivement, a régulièrement alerté la communauté internationale sur les risques réels qui pèsent lourdement sur la stabilité du Gabon en raison du déficit démocratique. L’échec de la transition continue de se manifester dans la mauvaise organisation de toutes les élections. Les élections présidentielles du 30 août 2009 qui ont tout simplement été un scandale, ont vu un candidat arrivé en troisième position déclaré élu par la Cour Constitutionnelle.

Les dernières élections législatives partielles du 6 juin 2010 nous ont encore donné la preuve de la confiscation sans précédent des Institutions et de l’Administration, qui ont désormais pour objectif et mission essentielle d’assurer par tous les moyens la pérennisation du Pouvoir PDG, c’est-à-dire le pouvoir d’un clan, d’une famille.

En revenant sur les principaux évènements qui se sont produits depuis un an, nous souhaitons faire constater combien la situation politique, économique et sociale du Gabon continue de se dégrader et alerter une fois de plus la communauté internationale sur la menace qui pèse désormais sur la stabilité du Gabon dès lors qu’il ne saurait avoir d’élections législatives en 2011 si la situation actuelle perdure.

LA SITUATION POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIALE DU GABON CONTINUE DE SE DÉGRADER

Au moment du décès du Président Omar Bongo Ondimba, le Gabon disposait d’un cadre constitutionnel et d’institutions permettant de conduire valablement une transition démocratique. Malheureusement, les hommes et les femmes qui avaient la direction de ces institutions se sont mis au service d’intérêts partisans, personnels, voire filiaux. Ils ont créé, par leurs actes, les conditions de la faillite de l’État de droit.

Depuis un an, la Cour Constitutionnelle s’est illustrée, avec un zèle rarement atteint, par des interprétations spécieuses et partisanes du droit en vue de favoriser le contrôle du pouvoir et de l’appareil d’État par le PDG. La Cour Constitutionnelle a fait preuve de zèle en exigeant au Président de la République par Intérim une démission du Gouvernement qui ne s’imposait nullement. En traitant de manière scandaleuse les recours pour annulation de l’élection présidentielle du 30 août 2009, elle s’est abstenue de dire le droit et de rendre dûment la justice au nom du peuple Gabonais. En reportant, en violation flagrante de la Constitution, les élections législatives partielles qui se sont finalement tenues le 06 juin 2010, alors qu’elles devaient se tenir au plus tard en novembre 2009, elle a volontairement privé de représentation nationale une partie du peuple souverain pour servir des intérêts partisans.

L’Intérim du Président de la République s’est déroulé dans des conditions lamentables qui ont mis à mal les fondements de la République, principalement son unité notamment lorsque Madame le Président de la République s’est laissée aller à des propos tribalistes après les événements sanglants de Port-Gentil. Foulant aux pieds l’esprit de la Constitution qui lui confère le rôle d’arbitre pour conduire la transition, Madame le Président de la République a notoirement pris une posture partisane en vue de favoriser le candidat de son parti politique. C’est à ce titre qu’elle a inauguré la chasse aux sorcières d’une ampleur sans précèdent qui se poursuit encore aujourd’hui au sein de l’Administration publique.

L’annonce des résultats de l’élection présidentielle a été suivie d’une répression sanglante dans la ville de Port-Gentil où l’on a dénombré des morts par dizaines. Il serait souhaitable qu’au niveau des Nations-Unis, il soit déterminé un ratio entre la population du pays et les victimes des violences politiques, pour déclencher l’action du Tribunal Pénal International (TPI).

C’est dans ces mêmes conditions que les Dirigeants actuels du pays ont été installés au pouvoir le 16 octobre 2009, contre la volonté clairement exprimée dans les urnes par le peuple Gabonais, dans ce qu’il convient désormais d’appeler un coup d’État électoral.
Les observateurs de la vie politique, les investisseurs, les chefs d’entreprises, les syndicats et l’ensemble de la population gabonaise qui s’interrogeaient déjà avec gravité sur la capacité de ce pouvoir à bien gouverner sont désormais convaincus que le Gabon n’est pas gouverné, mais pris en otage par un clan qui compromet sérieusement son avenir. Les principales mesures prises par le pouvoir perturbent de manière significative l’activité économique et l’équilibre social du pays.

• Le limogeage de tous les hauts cadres de l’Administration soupçonnés d’être proches de l’opposition a pour conséquence un abaissement certain des capacités techniques de l’appareil d’État ;

• L’arrêt brutal, en violation du code forestier, des exportations de bois en grumes produit désormais sur l’économie les effets que tous les observateurs annonçaient. Les entreprises forestières suppriment des centaines d’emplois, des chantiers forestiers ferment sur l’ensemble du territoire, les entreprises dont l’activité dépend du secteur forestier sont en crise.

• Le vote, en dépit des réserves du FMI et de tous les partenaires au développement du Gabon, d’un budget irréaliste et non sincère ne peut plus être contesté. Pire, les pratiques du Pouvoir dans la gestion des finances publiques sont aujourd’hui scandaleuses. Les dépenses extrabudgétaires ont atteint des niveaux jamais égalés jusque-là, à tel point que le Gouvernement ne dispose plus des ressources nécessaires pour assurer le fonctionnement régulier des services publics. Les créances sur l’État s’accumulent sans paiement au Trésor pénalisant gravement l’activité du secteur privé.

LA DÉMOCRATIE SE RÉVÈLE UNE IMPÉRIEUSE NÉCESSITÉ POUR LA STABILITÉ DU GABON

La source véritable de la crise profonde que traverse le Gabon est le caractère illégitime d’un pouvoir qui s’est imposé contre la volonté exprimée par le peuple gabonais dans les urnes le 30 août 2009. Quoi que l’on fasse, tant que les dirigeants politiques ne seront pas portés au pouvoir au Gabon par des élections transparentes, justes et crédibles, la situation actuelle continuera à se dégrader.

La faillite de la démocratie au Gabon se caractérise par :

• La mauvaise organisation des élections ;

• La révision illégale de la liste électorale dont la manipulation est aujourd’hui avérée ;

• La fabrication et l’utilisation de faux récépissés de cartes d’identité, et le transport tournant des populations, pour voter à souhait dans tous les centres de vote où le PDG présente des candidats ;

• L’usage de la violence physique et morale ;

• L’atteinte à la libre circulation des personnes à l’intérieur du territoire national ;

• L’implication partisane des Autorités administratives dans l’expression du suffrage universel ;

• L’achat des consciences ;

• L’incitation permanente au tribalisme, c’est-à-dire au repli identitaire qui met à mal l’unité nationale et la cohésion sociale.

Les élections législatives partielles du 06 juin 2010 ont fini de convaincre l’Opposition et l’ensemble de l’opinion de l’impérieuse nécessité d’une réelle refonte du système électoral au Gabon, tant le système actuel n’offre plus aucune possibilité de transparence démocratique.

Le Ministère de l’Intérieur, en manipulant le fichier électoral et en procédant à la fabrication de vraies fausses pièces d’identité pour truquer les résultats des élections a désormais disqualifié l’État Gabonais du processus électoral.

L’Opposition Gabonaise qui jusqu’ici s’est employée à contenir la colère de ses compatriotes réaffirme qu’il est urgent d’engager, de manière responsable, des réformes en vue du renforcement de la démocratie et de l’État de droit, gage de stabilité et de paix durable.
Ces réformes concernent principalement la transparence électorale à travers :

• La mise à plat du fichier électoral

• L’introduction de la Biométrie dans le fichier électoral

• La révision du Code électoral

• La réforme de la Commission Électorale Nationale Autonome et Permanente (CENAP)

• Le recentrage des compétences de la Cour Constitutionnelle en matière électorale

• Le retour au scrutin à deux tours pour les élections uninominales

• L’accès de l’opposition aux médias publics

Pour initier et réaliser ces réformes, l’Opposition Gabonaise sollicite l’engagement réel des Nations-Unis. La stabilité du Gabon l’exige et l’opposition responsable s’est donnée la mission d’atteindre cet objectif.

L’Opposition Gabonaise confirme ce qu’elle affirme depuis l’élection présidentielle anticipée du 30 août 2009 : la crise politique que traverse le Gabon est réelle et menace la stabilité du pays. Les dégâts sur l’économie et l’équilibre social du pays ne peuvent plus être niés. La société gabonaise se trouve aujourd’hui dans une situation de paralysie.

Dés lors, si rien n’est fait, le pays pourrait s’enfoncer dans une crise aux conséquences incalculables, ce serait très dommageable en ce début du prochain cinquantenaire.
L’Opposition Gabonaise réaffirme que son combat est républicain et démocratique. Cependant elle ne sera pas toujours en mesure de maitriser la colère légitime d’une grande majorité de citoyens en proie au désespoir.

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