Dans un entretien accordé ce 9 juillet à RFI, le secrétaire exécutif de l’Union nationale (UN, opposition), André Mba Obame, revient notamment sur les dernières législatives partielles et la gestion des deniers publics, tout en dénonçant une «désillusion totale».

André Mba Obame, le 6 juin dernier à l’issue des législatives partielles vous avez reconquis votre siège de député êtes vous satisfait ?

«Oui absolument, vous savez toute élection est toujours incertaine donc je me suis battu et malgré les tentatives de fraudes et d’intimidation, tout ce qui a été mis en place par le pouvoir pour m’humilier, parce que c’était ça l’objectif. Mais les populations de chez moi m’ont renouvelé massivement leur confiance; je leur remercie pour ça.

Alors ce jour là il y avait cinq partielles, l’opposition a gagné deux sièges à la Chambre en votre bénéfice et à celui de Jean Eyeghé Ndong. En revanche elle en a perdu trois, et Casimir Oye Mba a donc été battu. Est-ce que vous êtes déçu ?

Ecoutez, je suis déçu par le comportement du pouvoir en place, avant le 6 juin l’Union nationale et l’opposition, l’ACR, on avait attiré l’attention sur les fraudes qui se préparaient. On nous disait qu’on exagérait et que c’était des élections sans enjeux et que le pouvoir ne trouvait pas l’utilité d’aller jusque là, mais tout le monde reconnait que effectivement à Ntoum, à Mulundu, et à Bendjé il y a eu beaucoup des fraudes, d’énormes fraudes, même de nature inconnue jusque là : falsification massive des faux récépissés des cartes d’identité pour faire voter de faux électeurs. Tout le monde sait maintenant que le PDG ne peut pas gagner d’élections au Gabon sans frauder.

Mais tout de même un ancien ministre de l’Intérieur comme vous sait bien qu’il est plus difficile de frauder dans une élection locale que dans une élection nationale non ?

Oui mais c’était cinq partielles, donc vous pouvez déplacez massivement des populations d’un siège à un autre en leur donnant des fausses pièces d’identité. Ce qui est difficile lorsqu’il y a 120 sièges en jeu le même jour. Mais bon il y a trois recours, donc on attend que la Cour dise enfin, je dis bien, enfin, le droit.

A la lumière de ces partielles, que faut-il faire pour que les législatives de la fin 2011 soient transparentes ?

Il y a beaucoup de chose à revoir. Nous avons nous, demandé une révision profonde du Code électoral (…) La loi sur la biométrie a été votée, qu’on introduise les données biométriques dans la confection des listes électorales, les cartes d’électeurs. Nous l’avons dit au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, nous l’avons rencontré que l’ambassadeur de France, l’Union européenne… nous leur disons que tout doit être fait pour que les élections de 2011 soient transparentes sinon elles n’auront pas lieu, ça c’est clair ! Parce que les Gabonais sont fatigués d’aller voter et que leur vote ne soit pas pris en compte. Et vous savez très bien que lorsque les populations ne croient au bulletin de vote, ils cherchent d’autres moyens, or nous ne devons pas en arriver. C’est pour cela que 2011 est l’élection de la deuxième chance.

Alors quand Ban Ki-Moon est passé chez vous le 1er juillet, vous lui avez remis un mémorandum très sévère contre Ali Bongo. Vous accusez le président d’avoir confisqué le pouvoir et vous le mettez en garde contre la colère des citoyens, mais n’y a-t-il pas des efforts de sa part notamment dans le domaine économique ?

Ce que l’on remarque c’est qu’il y a une gestion calamiteuse des deniers publics. Vous êtes en France, vous savez ce qui se dit : des achats d’hôtels particuliers à 100 millions d’euros, c’est inimaginables. Même le président Bongo n’a pas été aussi loin.

Vous savez ce que le Pouvoir répond, grâce à cet hôtel particulier les ministres de passage en France ne sauront plus obligés d’aller à l’hôtel à grands frais.

Donnez-moi un exemple d’un pays qui ait un hôtel particulier en France où les ministres et les hauts fonctionnaires de passage sont logés ! Ca ne se passe pas comme ça et ça ne se passera pas comme ça. De toutes les façons les opérateurs économiques au Gabon vont vous dire, la dette privée n’est pas payée, les entrepreneurs attendent d’être payés, on nous dit qu’il n’y a pas d’argent et pendant ce temps-là, on voit effectivement des dépenses à grands frais. Vous voyez l’industrie forestière, en 2009 une décision abrupte, irréfléchie, brutale, est prise pour arrêter les exportations du bois et tout le secteur forestier est maintenant sinistré.

Alors il y a des projets, notamment l’électricité dans le Woleu-Ntem chez vous, pour l’eau potable à Libreville, l’éducation. Est-ce que ce n’est pas du concret ça ?

Vous me parlez d’électrification du Woleu-Ntem. Vous savez, ce Pouvoir ce caractérise par des effets d’annonces. Depuis huit mois, les Gabonais ont assisté une avalanche d’annonces. Et d’ailleurs, le journal le quotidien L’Union a fait dernièrement un récapitulatif sur les mesures annoncées depuis huit mois et qui n’ont pas connu de début d’exécution. C’est impressionnant, actuellement le climat est à la désillusion totale.

Alors, tout de même le régime a décidé de recenser les fonctionnaires pour distinguer les vrais des faux, est-ce qu’il n’y a pas une vraie lutte contre les gabegies des années passées ?

Mais vous avez les résultats ? Ca c’est un serpent de mer ! Qu’on nous donne les vrais résultats du recensement. Là on ne fait que différer la publication des résultats. Aujourd’hui, personne ne peut vous dire exactement le nombre de fonctionnaires fantômes.

Alors monsieur Mba Obame, monsieur Ali Bongo et vous avez été de très bons amis. Depuis la présidentielle du mois d’août c’est la rupture, est-ce que vous vous êtes revus ces derniers temps ?

Non, monsieur Ali Bongo et moi, nous ne nous sommes pas revus, il n’y a pas urgence à ce qu’on se voit. Mais lui, il sait l’acte qu’il a posé, c’est-à-dire le coup d’état électoral, il en connait les conséquences. Aujourd’hui, sur la vie de tous les jours des Gabonais, on est assis sur un volcan qui peut entrer en éruption à tout moment. Les Gabonais sont des gens patients, mais il ne faut pas en abuser. Je compte sur lui parce que je sais que quelque part, c’est quelqu’un qui aime son pays. Alors qu’il fasse ce qu’il faut pour éviter que les Gabonais continuent à subir la situation explosive que nous connaissons aujourd’hui».

2 Commentaires

  1. Mba Obame arrête ton cinéman. Maintenant tu dis qu’Ali aime son pays comme toi. A quel jeu tu joues? S’il aime son pays, pourquoi tu dis le combattre?

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