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Gabon: un journaliste incarcéré pour défaut de paiement de dommages

Un responsable du bimensuel privé gabonais Le Temps, condamné en 2004 à verser 10 millions de FCFA (plus de 15.000 euros) à un ex-responsable politique qui l’accusait de diffamation, a été écroué pour n’avoir pas payé ces dommages, a annoncé sa rédaction mercredi à l’AFP.

Jean Yves Ntoutoume Nguema, directeur de publication du journal, a été « convoqué « hier (mardi) à la Police judiciaire, qui l’a déféré au Parquet (de Libreville). Du parquet, il a été conduit à la prison », a déclaré Norbert Ngoua Mezui, un responsable du groupe de presse Pyramid’Media, qui édite Le Temps.

Selon M. Ngoua Mezui, cette incarcération relève « de la procédure de contrainte par corps », permettant d’incarcérer une personne condamnée pour l’obliger à s’acquitter de son dû.

Elle fait suite à la demande de l’ancien trésorier du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), Albert Meyé, qui avait porté plainte contre le journal pour diffamation et avait gagné son procès en 2004.

L’affaire a pour origine un article mettant en cause M. Meyé dans le braquage du siège du PDG, lors duquel un gardien des lieux avait été tué et plusieurs dizaines de millions de FCFA emportées par les voleurs, d’après la presse locale.

M. Ntoutoume Ngoua ainsi que le rédacteur de l’article, Mathieu Ebozo’o qui a, depuis, quitté la rédaction du Temps avaient été reconnus coupables de diffamation et « condamnés à payer solidairement 10 millions de FCFA à M. Meyé », a expliqué Norbert Ngoua Mezui.

« Mais depuis hier, nous avons pu payer cinq millions sur les dix dus. Pour le moment, nous sommes à la recherche de l’argent » pour solder le reliquat et obtenir la libération de Jean Yves Ntoutoume Nguema, a ajouté M. Ngoua Mezui, sans être en mesure de fournir de délai.

Le Temps est dans sa douzième année et est tiré à 3.000 exemplaires, selon le groupe Pyramid’Media, propriétaire d’un autre bimensuel, Nku’u-Le Messager (huit ans, tirage: 4.000 exemplaires).

L’association de défense des journalistes Reporters sans frontières a demandé « la remise en liberté immédiate » de M. Ntoutoume et affirme que « cet incident relance le débat sur la dépénalisation des délits de presse au Gabon ».

« L’incarcération de Jean-Yves Ntoutoume est excessive. Une amende de 10 millions de francs CFA est évidemment trop lourde pour un journal comme Le Temps, qui vend un nombre limité d’exemplaires », estime RSF.

« Elle place le journaliste dans une situation juridique et économique inextricable: économique car il n’aura jamais les moyens de payer son amende, juridique car cette incapacité le met hors-la-loi et le conduit en prison. Loin de remettre en cause l’arrêté du jugement, Reporters sans frontières demande aux autorités de trouver une voie de conciliation », poursuit RSF.

« Les sommes exagérées qui sont exigées des professionnels de la presse en de tels cas n’ont qu’une issue: la fermeture progressive des médias, trop endettés pour poursuivre leurs activités. Les 5 millions de francs CFA qui ont à ce jour été versés au comptable du PDG ne suffisent-ils pas à réparer le préjudice subi? », s’interroge RSF.

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