A quelques heures de l’élection présidentielle qui a lieu le 31 octobre prochain en Côte d’Ivoire, l’Ambassadeur du pays des Eléphants, en poste à Libreville, Roger Gnohité, se prêtant aux questions de GABONEWS, a fait le point de l’organisation de ce scrutin au Gabon, a abordé les axes de la coopération entre les deux pays, invité ses compatriotes à la discipline et au respect du verdict des urnes avant d’indiquer que « « Cette élection, c’est pour repartir, c’est pour redémarrer en Côte d’Ivoire », car « le candidat qui gagnera, c’est un ivoirien ».
GABONEWS (GN) : – Bonjour Excellence, pouvez-vous nous parler de l’organisation de l’élection présidentielle ivoirienne du côté du Gabon ?

Roger Gnohité (RG) : – Je voudrais d’abord vous remercier de venir aux nouvelles. Pour ce qui concerne l’élection présidentielle de la Côte d’Ivoire qui aura également lieu, ici, en République gabonaise, j’ai reçu les cartes et nous avons commencé la distribution. Hier, quand je fais le point, puisque je vous rappelle que c’est la commission électorale indépendante qui est chargé d’organiser les élections en Côte-d’Ivoire. Il en est de même ici, au Gabon. Le président de la commission électorale, son bureau supervisent toutes ces opérations.

Comme vous pouvez vous rendre compte et, comme vous le constatez, c’est moi qui suis garant des urnes et des cartes nationales d’identité. Les cartes non-distribuées reviennent et je fais le point. Hier soir, j’étais à huit cent cinquante-cinq cartes d’électeurs distribuées (855), contre huit cent soixante-deux (862) cartes d’identités nationales distribuée et, nous avons neuf cent soixante-dix neufs (979) inscrits. Donc, il restait cent vingt-quatre (124) cartes d’électeurs distribuées et cent vingt-trois (123) cartes d’identités nationales distribuées, au pointage d’hier soir.”

GN: – Comment l’élection va –t-elle concrètement se passer sur le territoire gabonais?

RG : – Nous allons ouvrir trois (3) bureaux de vote dans l’enceinte de la chancellerie, à Libreville. C’est-à-dire que les Ivoiriens résidents sur le territoire gabonais doivent tous se rendre à Libreville pour voter. Les bureaux de vote ne sont ouverts qu’ici à Libreville, à la chancellerie.

GN: – Dans ce cas, quels sont les moyens que vous avez mis en place pour pouvoir permettre aux Ivoiriens de l’intérieur du pays de venir voter ? Allez-vous envoyer des bus pour les transporter?

RG: – Ah non! Pourquoi on va envoyer les bus? Ceux qui veulent voter, ils viennent voter. Si vous voulez, envoyer des moyens de transport, ça c’est les partis politiques qui peuvent s’en occuper, pour avoir le maximum de voix. Les partis politiques peuvent organiser des voyages, mais en aucun cas l’ambassade.

Vous savez, je voudrais même souligner quelque chose. Si chacun, chaque candidat, chaque Africain même peut comprendre que le vote n’est que la concrétisation du destin que chacun de nous a sur cette, c’est-à-dire, lorsqu’un poste de président ou de maire ou de ceci vous est destiné, quels que soient les circonstances, vous allez y arriver. Je pense que si on part de là, on devait faire moins de palabres, moins de contestations.

Donc, ici, nous allons mettre trois tentes dans la cour et, à chaque tente correspondra à le numéro du bureau de vote concerné. Comme ça, ceux qui vont entrer vont s’asseoir, on mettra un certain nombre de chaises à l’intérieur et, les autres attendront leur tour.

GN : – Vous avez dit, excellence, que c’est la CEI qui organise l’élection. Alors, est-ce la branche gabonaise est représentative de toute la classe politique ivoirienne?

RG : – Les membres sont désignés par la commission centrale. Oui! Et ils sont là, ils travaillent. On essaie de nommer des personnes qui peuvent être neutres.

A partir du moment où vous êtes membres de la commission nationale indépendante, vous n’appartenez plus à aucun parti politique. Il faut pouvoir faire cet effort de se mettre au-dessus. C’est comme moi, en ma qualité d’ambassadeur, je suis neutre. J’ai mon parti, j’ai ma position, mais je suis neutre.

GN: – Entre guillemets dans ce cas ?

RG: – Oui, mais, ce sont mes fonctions qui m’y obligent. Je n’ai aucune instruction à donner au président de la Commission électorale. Rien. Je peux mettre à sa disposition les bureaux, ce qu’il demande, c’est ce que je peux faire. En dehors de ça, je n’ai aucune autre instruction à lui donner. Et le superviseur qui est venue pour distribuer les cartes nationales d’identité, si elle n’est pas présente, aucune carte nationale ne peut être distribuée. C’est le président de la Commission électorale qui distribue les cartes d’électeurs. S’il n’est pas présent, aucune carte d’électeur ne peut être distribuée. Quand ils ont fini, ils viennent me faire le point, les gardent ici et, le matin ils reprennent.

GN: – Côté campagne, est-ce qu’il y a tous les représentants des candidats sur le terrain ici à Libreville et, comment ça se passe? Y a-t-il eu des échauffourées ?

RG: – Ah non. Au contraire, il y a des réunions de concertation ici à Libreville. Nous sommes descendus très bas avec la crise. Mais nous avons vécus en paix pendant longtemps avant la crise. Et aujourd’hui, comme dirait l’autre, lorsqu’un serpent t’a mordu, il faut avoir peur du ver de terre. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous Ivoiriens qui avons connu la guerre, personne ne pense plus à revenir à la guerre. Donc, ces élections doivent nous permettre de finir complètement avec la crise et de redevenir la Côte-d’Ivoire qu’on n’aurait jamais dû quitter. C’est ça qui anime tous les esprits, tous les candidats.

GN : – Ce que vous dites-là, pensez-vous franchement que c’est ce que pensent les candidats?

RG : – Bien sûr! Je dis souvent que les responsables des partis politiques sont des copains. Ils plaisantent entre eux. Devant les électeurs, ils disent ce qu’ils veulent dire, mais au fond, c’est des copains. Alors, je ne comprends pas pourquoi des militants, eux, ils peuvent être des ennemis. Et ici, je crois que les Ivoiriens qui sont venus ici, c’est pour chercher ce qu’ils n’ont pas trouvé en Côte-d’Ivoire. Donc, leur tasse de thé, ce n’est pas la politique, après tout. J’ai vu que certains qui sont mieux organisés ont fait des manifestations publiques que je salue d’ailleurs. Et quand ils viennent ici, ils se concertent, chacun veut montrer que la crise n’a été qu’un passage. C’est le pari qu’on se fixe aujourd’hui et moi, je sens ça dans la campagne qui est menée.

Bien sûr que le jour des élections, il y aura un peu de nervosité, puisque ça fait dix ans qu’on n’a pas voté, alors qu’on votait tous les cinq ans en Côte-d’Ivoire. Bon, ça ce sont des phénomènes qui animent les motivations de tous aujourd’hui.

GN: – Le vote c’est dimanche. Et vous, à votre niveau, quel est le message que vous adressez à vos compatriotes ?

RG: – je veux dire à mes compatriotes que nous sommes sur un territoire étranger. Qu’ils se comportent en étranger sur ce territoire. Ça veut dire qu’il faut venir voter et qu’il ne faut pas troubler l’ordre public à la sortie des bureaux de vote. Toute manifestation de mécontentement devra être portée tranquillement à ma connaissance. Il n’est pas question de manifester dans la rue. Qu’ils viennent voter et retournent à leur domicile tranquillement. Quand les résultats seront donnés, celui qui a besoin de faire une réclamation, qu’il vienne me voir. Toute manifestation à l’extérieur tombe sur le coup de la loi gabonaise. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur un territoire étranger. C’est le message que je leur lance.

GN: – Avant la date butoir de l’élection, quelles sont les facilités qui vous ont été accordées par le gouvernement gabonais ?

RG: – J’ai rencontré le ministre de l’Intérieur et, comme c’est mon premier poste, lui-même, il m’a rappelé que j’aurais pu lui demander des isoloirs. Je n’ai demandé que la police pour venir sécuriser l’élection. C’est par ignorance pour moi –même. Le gouvernement gabonais était prêt à nous assister dans ces élections. Et comme tout ça se fait par écrit, j’ai déjà envoyé le courrier pour demander l’assistance au niveau de la sécurité.

GN : – Un regard sur la période de transition qui a eu lieu en Côte d’Ivoire après Houphouët Boigny et celle du Gabon après Omar Bongo Ondimba ?

RG: – Il n’y a pas photo. La crise en Côte d’Ivoire, c’est la guerre des héritiers d’Houphouët. La crise en Côte-d’Ivoire part de là justement. Une guerre entre le président Bédié et le premier ministre Alassane Ouattara.

Bédié étant l’héritage constitutionnel, les autres héritiers de Houphouët, ils ont fait la guerre, dont le président Gaye, paix à son âme, et tous ces gens-là. Ça nous a conduit au premier coup d’Etat en décembre 1999. C’était une guerre des héritiers.

Au Gabon, ils ont fait jouer la même constitution. Mme le président du Sénat a assuré l’intérim de la présidence, elle a organisé les élections. Il y a eu des contestations et tout, mais ils ont accepté le verdict. C’est ce que moi je demande aux candidats ivoiriens. Qu’on accepte le verdict des urnes. Ça peut ne pas être juste, les résultats peuvent être recomptés. Je pense que ça a été fait ici comme ça, ça a été compté, recompté et, une fois qu’ils ont donné les résultats, ça a été accepté. Je pense que c’est comme cela que nous devons montrer aussi notre maturité politique, nous les Africains.

On peut être candidat, mais il n’y a pas deux postes de président. Il y a un seul fauteuil de président de la République.

Donc, celui qui n’est pas élu attend son tour. Je pense que le Gabon, de ce côté-là, a donné une leçon, non seulement aux Ivoiriens, mais à toute l’Afrique, et montrer même aux Européens qui nous prennent toujours pour nous infantiliser que, nous sommes mûrs aujourd’hui.

J’en viens toujours à ces élections partielles qui ont eu lieu ici, parce que j’étais là. Ceux qui ont perdu, ils ont déposé plainte devant les tribunaux. Les juges se sont prononcés. C’est rentré dans l’ordre. Si nous agissions comme ça en Afrique, il y aurait beaucoup à gagner. Moi, je suis très content pour le peuple gabonais, parce qu’il y a eu une crise au Congo-Brazzaville à côté. Le Gabon échappe! Je trouve que c’est une bénédiction! Il y avait des coups d’états autour de nous, au Ghana, un peu partout… Moi je pense que les coups d’états doivent être un phénomène révolu en Afrique. On fait des élections, on fait la campagne. La politique c’est une bataille du verbe. Celui qui gagne, on accepte le verdict et on se représente la prochaine fois.

GN: – Vous venez de prendre votre poste au Gabon, alors, comment comptez-vous mener la coopération entre les deux pays ?

RG: – Je vais poursuivre ce qui est déjà commencé, en m’appuyant plus sur la coopération économique; ce qu’on appelle généralement la coopération sud sud, parce que nos deux présidents en ont décidé ainsi.
Le Gabon aussi peut nous apporter son expérience au niveau du pétrole qu’on vient de découvrir chez nous, nous n’y avons aucune expérience. Nous avons aussi à réactiver la commission paritaire ivoiro-gabonaise qui est le canevas de notre coopération. Et là, je rencontre actuellement les différentes membres du gouvernement en ce qui concerne chacun, pour voir sur quel module, sur quel axe nous pouvons orienter notre coopération, parce que ça part de là aussi.

Au niveau du transport, on a déjà la coopération entre la Sotra et la Sogatra. Après l’expérience des premiers bus, nous pouvons voir, suivant les besoins du Gabon, de quel type de bus ils ont besoin. Il y a aussi tout le back office qu’il y a à la Sotra qu’il n’y a pas à la Sogatra. Tout ça, c’est matière à coopération.

Ici, le transport fluvial est important. Nous, nous fabriquons des bateaux-bus qui font le plateau etc. Ces bateaux-bus peuvent faire le transport Libreville- Port-Gentil.

GN: – Excellence, pour suspendre cet entretien, il y a certainement quelque chose que nous n’avons pas dit et que vous aimeriez dire et à vos compatriotes, que leur dites-vous à quelques heures de l’élection présidentielle ?

RG: – A l’Etat gabonais, je vais dire merci pour l’accueil. Beaucoup sont ceux qui ont fait la Côte -d’ivoire en plus. Donc c’est vraiment très convivial.

A mes compatriotes, je leur conseillerais la discipline pour ces élections. C’est vrai, nous avons été sevrés d’élection pendant plus de dix ans. Cette élection c’est pour repartir, c’est pour redémarrer en Côte d’Ivoire. Le candidat qui gagnera, c’est un ivoirien et en ce moment-là, que le verdict des urnes soit accepté et qu’on pense uniquement à l’Etat de Côte-d’Ivoire. Uniquement où elle veut nous amener, où elle a toujours été.

C’est un nouveau départ pour la Côte-d’Ivoire. Nous sommes tous Ivoiriens, qu’on se comporte en respectant les lois gabonaises, à savoir pas de manifestations.

Entretien réalisé par Désiré Clitandre DZONTEU

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