Libye : la désillusion s’installe dans le camp des insurgés

Funérailles de combattants tués par erreur dans une frappe de l’OTAN, qui a fait au moins cinq morts et plus de 20 blessés dans leurs rangs jeudi. Crédits photo : MAHMUD HAMS/AFP

À Benghazi, on commence à réaliser que le soutien de l’aviation occidentale n’est pas en mesure de renverser à lui seul le colonel Kadhafi qui s’accroche au pouvoir, à Tripoli.

On célébrait les derniers martyrs de la révolution libyenne, vendredi pendant la prière publique du vendredi à Benghazi. Des cercueils ont été amenés en véhicules sur la place remplie de fidèles devant l’hôtel de ville, sur le front de mer, nouveaux noms venus s’ajouter à ceux dont les portraits décorent les murs du tribunal sur cette place symbolique de la révolution libyenne. Mais ces dernières victimes n’étaient cette fois pas celles de la répression des troupes de Kadhafi, mais des combattants tués jeudi dans un bombardement de l’Otan.

Un avion a pris pour cible les chars déployés pour la première fois par les révolutionnaires face aux forces de Kadhafi qui tiennent toujours le terminal pétrolier de Brega, sur la route du golfe de Syrte, faisant entre quatre et six morts, selon des bilans difficiles à vérifier.

Cette nouvelle erreur, la troisième depuis le début des bombardements, n’est pas seulement un tir fratricide, méprise hélas classique dans n’importe quelle guerre. Elle illustre les limites de l’emploi de l’arme aérienne dans un affrontement confus entre des insurgés désorganisés et des forces loyalistes qui gardent l’ascendant moral et l’initiative. Mais aussi l’absence de communication entre les révolutionnaires et les forces de l’Otan.

Cette bavure est venue ajouter au sentiment de désillusion qui prévaut désormais à Benghazi, où l’on commence à réaliser que le soutien de l’aviation occidentale n’est pas en mesure de renverser à lui seul le colonel Kadhafi qui s’accroche au pouvoir, à Tripoli. Et que les forces révolutionnaires n’ont pas la capacité de reprendre leur avance vers l’ouest, voire de s’opposer à une nouvelle offensive des forces de Kadhafi sur Benghazi.

«On n’a plus le moral», dit M. Gibani, un Libyen exilé rentré de Los Angeles pour «soutenir la révolution». «Beaucoup de gens ont peur, et ont fait partir leur famille de Benghazi vers le nord, au cas où Kadhafi reviendrait. On ne sait pas ce qui va se passer.»

L’équipement ne fait pas une armée
Quelques signes indiquaient pourtant cette semaine que les révolutionnaires libyens avaient entrepris d’organiser un peu leurs forces. Des tanks, de vieux T-55 datant des années 1960 et des T-72 plus modernes capturés aux forces de Kadhafi et remis en service, avaient été transportés par semi-remorques jeudi matin sur la route de Brega. Des camions lance-roquettes avaient aussi été envoyés pour mener une contre-offensive sur cette bourgade reprise par Kadhafi la semaine dernière.

Mais l’équipement ne fait pas une armée, et la désorganisation plus difficile à pallier que les déficiences en armement. Le commandement de l’Otan n’avait pas été prévenu de l’arrivée des chars, jusqu’à présent seulement utilisés par les forces loyalistes, et la méprise, facile depuis les airs où rien ne ressemble plus à un char qu’un autre char, n’a pas tardé plus de quelques heures.

«Nous sommes dans une situation de guerre, et des erreurs comme celle-là arrivent», a déclaré le commandant militaire des forces révolutionnaires, Abdul Fattah Younès. «Nos forces se sont repliées sur des positions près d’Ajdabiya, où nous nous trouvons actuellement.»

À écouter le général, très sûr de lui dans son uniforme camouflé et ses épaulettes rouges, debout derrière son pupitre dans la salle de conférence de l’hôtel Aouzou à Benghazi, on penserait presque qu’il décrit des opérations militaires dont il a le contrôle. La situation sur le terrain est beaucoup plus confuse et inquiétante. Les quelques forces dont disposent les révolutionnaires continuent à se montrer incapables de tenir le terrain.

L’entrée d’Ajdabiya, presque vidée de ses habitants, n’est pas sérieusement défendue, et rien ne semble pouvoir arrêter les forces de Kadhafi, à une quarantaine de kilomètres à peine, de rouler à nouveau vers la ville.

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