Laurent Gbago a été arrêté avec son épouse lundi. Certains spécialistes estiment que les forces spéciales françaises ont décidé du moment opportun de l’opération. Paris dément.

Officiellement, la France n’a pas participé à l’arrestation Laurent Ggagbo. APJusqu’au bout, il aura résisté, retranché avec son épouse, Simone, et son fils Michel dans le bunker du sous-sol de sa résidence d’Abidjan, solidement défendue par 200 fidèles. Depuis quatre mois et demi, Laurent Gabgbo refusait de reconnaître la victoire de son rival, Alassane Ouattara, à l’élection présidentielle du 28 novembre. Mais lundi, peu après 15 heures, il s’est finalement « rendu sans opposer de résistance », selon son porte-parole à Abidjan, Ahoua Don Mello. La partie était jouée, les blindés français aux portes de la résidence. Quelques minutes auparavant, le chef des forces pro-Gbagbo avait contacté l’ONU : il était prêt à déposer les armes.

Aussitôt conduit à l’Hôtel du Golf, QG du président Ouattarra, Gbagbo a été placé sous la protection des gendarmes de l’Onuci. Pas question de règlements de comptes sanglants. Il sera « traduit en justice », promet l’ambassadeur de Côte d’Ivoire à l’ONU, Youssoufou Bamba. La chaîne ivoirienne TCI l’a filmé, calme et visiblement en bonne santé, chemise ouverte sur débardeur blanc, discutant, assis sur un lit, avec plusieurs hommes debout, ou s’épongeant avec une serviette tendue par son fils. D’autres images montrent son épouse, Simone, une « dure » du régime, un brin décoiffée, sous bonne escorte.

« Le cauchemar est terminé »
« Le cauchemar est terminé », a aussitôt proclamé Guillaume Soro, Premier ministre d’Alassane Ouattara. Et ce sont les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI, pro-Ouattara) qui sont à l’origine de ce dénouement, insistait-on lundi à l’Hôtel du Golf comme à Paris.

Au douzième jour de la bataille d’Abidjan, les 1.600 hommes de la force française Licorne ont pourtant bel et bien joué un rôle décisif. Car depuis leur entrée dans la capitale ivoirienne, le 1er avril, les Forces républicaines n’étaient jamais parvenues à faire sauter le verrou des pro-Gbagbo. Au contraire, elles avaient subi un camouflet lorsque, à la surprise générale, l’Hôtel du Golf avait été pris pour cible samedi. C’est peut-être cet ultime coup d’éclat qui a décidé du sort du président sortant.

A 17 heures, dimanche, est en effet lancée une vaste offensive associant les FRCI, Licorne et les forces de l’ONU (Onuci). Jusqu’à 3 h 30 du matin, un déluge de feu s’abat sur les derniers bastions pro-Gbagbo. Mission des hélicoptères français et onusiens, selon l’Elysée : « neutraliser les armes lourdes utilisées contre la population civile », conformément à la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l’ONU. Et faire sauter, du même coup, ces positions qui bloquent l’avancée des FRCI.

A genou, ils tentent de stopper les blindés
Lundi matin, une colonne de blindés français quitte la base française de Port-Boué. Direction : le quartier de Cocody, où se trouve la résidence de Gbagbo. « Des hélicoptères de Licorne survolent le secteur de la résidence, raconte alors un habitant. Ils ont tiré plusieurs missiles sur la zone. Une très grosse fumée noire s’élève du côté de la résidence », partiellement détruite selon un des proches du président sortant. Des mitrailleuses anti-aériennes tentent d’abattre un hélicoptère. En vain.

Tout va alors très vite. Alors que les forces pro-Ouattarra repartent à l’offensive et que le quartier résonne de tirs d’armes légères, une trentaine de véhicules blindés français, appuyés par un hélicoptère, se déploient dans la zone. Désespérés, quelques partisans de Gbagbo tentent de stopper la colonne en se mettant à genoux sur la route en priant. Mais, en début d’après-midi, les blindés sont aperçus devant le portail de la résidence de Gbagbo. L’ont-ils franchi ? Oui, selon Toussaint Alain, représentant pour l’Europe du président sortant. Laurent Gbagbo « a été arrêté par les forces spéciales françaises et remis à des chefs de la rébellion », assure-t-il.

Explosion de joie
Des affirmations catégoriquement démenties par la France. « A aucun moment les soldats de la force française Licorne, qui étaient déployés le long des grands axes depuis ce matin, ne sont entrés ni dans la résidence, ni dans le jardin de la résidence, assure Thierry Burkhard, porte-parole de l’état-major français. Laurent Gbagbo s’est rendu aux Forces républicaines d’Alassane Ouattara. »

A l’annonce de son arrestation, plusieurs quartiers d’Abidjan ont explosé de joie. Mais Gbagbo laisse un pays exsangue, déchiré, et une capitale aux rues jonchées de cadavres. Depuis fin novembre, les violences à travers le pays ont fait un millier de morts et contraint à la fuite un million d’Ivoiriens.

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