Gabon: levée de l’immunité de l’opposant Mba Obame qui se dit menacé

De Patrick FORT (AFP) LIBREVILLE — L’Assemblée nationale a levé jeudi l’immunité d’André Mba Obame, qui s’était autoproclamé président du Gabon en janvier, ouvrant ainsi la voie à une procédure de justice contre l’opposant qui a de son côté accusé le pouvoir de vouloir l’éliminer physiquement.

L’Assemblée a levé l’immunité par 79 voix pour, 3 contre et 3 abstentions, lors d’un vote secret électronique sans surprise de l’Assemblée au sein de laquelle le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) détient une confortable majorité absolue.

Ni M. Mba Obame, ni aucun membre de sa formation l’Union nationale (UN), n’étaient présents à la séance. Se déclarant menacé par le pouvoir, M. Mba Obame avait annoncé qu’il ne se rendrait pas à l’Assemblée.

Il n’y a pas eu de débat contradictoire comme prévu mais une simple lecture en public du rapport de la commission qui avait entendu M. Mba Obame en avril. « L’Assemblée nationale autorise la justice à entendre le député sur les faits qui lui sont reprochés. Il (Mba Obame) reste député et peut siéger. Toutefois, il doit se présenter aux différentes » convocations du juge d’instruction, a résumé à l’AFP le président de l’Assemblée Guy Nzouba Ndama, membre du PDG.

Ex-ministre de l’Intérieur, ex-baron du parti au pouvoir, André Mba Obame s’était autoproclamé président du Gabon le 25 janvier et avait formé son propre « gouvernement ».

Il s’était ensuite réfugié pendant un mois au siège d’une agence des Nations unies à Libreville avec ses « ministres » et plusieurs cadres de son parti l’Union nationale (UN).

M. Mba Obame revendique la victoire à la présidentielle d’août 2009 où il est officiellement arrivé troisième et qui a été remportée par Ali Bongo, selon les résultats contestés par l’opposition.

Les autorités avaient dissous l’UN le 27 janvier et demandé la levée de l’immunité parlementaire estimant que « M. Mba Obame et consorts ont porté atteinte à l’ordre et la sécurité publique, à l’autorité de l’Etat et au crédit de la Nation », selon la ministre de la Justice Ida Reteno Assonouet

Mercredi, M. Mba Obame était resté à la porte de l’Assemblée pendant plus d’une heure, refusant d’entrer dans l’hémicycle sans 300 à 500 de ses partisans rassemblés devant le bâtiment de même qu’un important dispositif policier. Le président de l’Assemblée avit alors repoussé la séance à jeudi.

Mais, ce jeudi, un nouveau coup de théâtre s’est produit en matinée. M. Mba Obame a accusé le pouvoir de vouloir le tuer, parlant de « complot » en vue de « son élimination physique pure et simple ».

+AMO+, comme le surnomme ses partisans, a assuré, sans vouloir révéler ses sources, que des éléments de la police devaient l’arrêter mercredi à l’issue du débat sur la levée de son immunité.

« On devait m’emmener dans une voiture banalisée dans les sous-sols du palais. Pendant le trajet, on devait m’endormir avec du chloroforme et me faire une piqûre qui ne laisse pas de traces. Après moult hésitations et beaucoup d’interventions extérieurs et tout, j’aurais été relâché mais le propre de cette piqûre c’est le poison lent », a-t-il poursuivi

« Au bout de deux, trois, quatre mois, vous mourez d’une crise cardiaque. Petit effort, je fais du sport, je m’écroule. Personne n’est au courant et je suis parti! », a-t-il affirmé.

Quant à la procédure de justice, il a confié à l’AFP qu’il n’entendait pas être jugé par un tribunal correctionnel: « J’ai posé un acte politique, j’attends des réponses politiques. Si la réponse est judiciaire, il faut que ce soit devant les juridictions compétentes », suggérant la Cour de sûreté de l’Etat ou une Haute cour.

« En attendant, je continue mon action politique. Je ne m’interdis rien, ni meeting, ni tournée. Je serai chez moi, qu’on vienne me chercher », a-t-il conclu.

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