Gabon : Recrudescence des crimes rituels dans l’Ogooué-Ivindo

La province de l’Ogooué-Ivindo est décidément le lieu de prédilection des crimes rituels qui, à l’observation, se produisent souvent à l’approche des élections ou à l’annonce d’un remaniement du gouvernement. Deux cas de corps mutilés y ont été enregistrés durant le mois en cours tandis que la disparition du gardien de Maxime Ngozo Issoundou, ex-ministre du Travail, de l’Emploi et de la Prévoyance sociale, y défraie la chronique. Les contours de ce climat lugubre.

La psychose s’est à nouveau emparée des populations de l’Ogooué-Ivindo du fait de la recrudescence des crimes rituels dans cette province. On note qu’il y a bientôt un mois, un corps humain atrocement mutilé a été retrouvé en plein centre-ville de Mékambo, deuxième ville de la province. Le samedi 15 mai dernier, un jeune homme d’environ 19 ans qui rentrait d’une virée nocturne a été enlevé puis retrouvé au fond d’un puits également mutilé de nombreux organes. Si ses assassins ont été retrouvés et emprisonnés par la gendarmerie, ils restent muets quant au commanditaire de leur crime odieux.

Presque synchroniquement avec le cas de ce malheureux jeune homme, le gardien de Maxime Ngozo Issoundou, ex-ministre du Travail, de l’Emploi et de la Prévoyance sociale, a été «enlevé» et reste introuvable. Du fait qu’il s’est produit dans le giron d’une personnalité politique, ce cas suscite tous les commentaires possibles dans la capitale ogivine.

Joint au téléphone, l’ex-ministre du Travail, Maxime Ngozo Issoundou, explique que ce gardien est «Littéralement membre de ma famille. Sa famille fait partie des orphelines d’une lointaine parenté de mon père. C’est dans ce cadre qu’ils ont été recueillis par mon père il y a plus de quinze ans. Il travaille avec moi depuis longtemps.»

Une rumeur a parcouru Makokou le mercredi 18 mai dernier selon laquelle, la dépouille mortelle du gardien disparu avait été retrouvée contre la clôture du domicile de Ngozo Issoundou. Ce qui a provoqué une ruée de badauds en ces lieux alors qu’il n’en était rien. La police a cependant mis aux arrêts le petit frère du ministre, non sans l’avoir molesté, assure-t-on. Il y est encore emprisonné. L’ex-ministre a commis un avocat en vue d’examiner le cas.

«Ma concession aujourd’hui est sans sécurité. Je voudrais une autorisation du tribunal pour y affecter un autre gardien. Du fait qu’il résidait chez moi et qu’il est porté disparu, il me faut une autorisation pour casser la porte de la pièce dans laquelle il dormait, faire évacuer ses affaires et y faire installer un autre gardien. Ce que je ne peux faire si la Police judiciaire n’a pas terminé son constat et autres vérifications pour les besoins de l’enquête», assure le ministre avant d’ajouter : «Je veux qu’on me dise où est passé mon gardien. Et si on venait à me dire qu’il a été assassiné, je me demanderais sérieusement qu’est-ce qu’on cherche. Je suis un serviteur de la République. S’agit-il d’une disparition ordinaire comme c’est parfois le cas ?»

Ressortissant d’un village situé à 15 km en amont de Makokou et accessible par le fleuve, le gardien disparu se livrait également à des activités de pêche et de chasse, selon certains témoignages qui se demandent s’il ne s’est pas égaré dans la forêt ou s’il n’y a pas été victime des multiples dangers de la jungle. Vraisemblablement, il n’y a pas eu d’investigations sur le trajet qu’empruntait le gardien pour aller à la rivière ou à la chasse.

Invité à faire un commentaire sur cette affaire, l’ex-ministre du Travail, toujours au téléphone, a laissé entendre : «Le commentaire que je puis avoir serait un commentaire de tristesse, de douleur et selon les commandements que j’ai reçu de mes maîtres, la mort est une action de Dieu qui donne la vie et qui la reprend et j’espère vraiment qu’il ne s’agit pas de ces choses odieuses dont entend parler ces derniers temps. Et si c’est le cas, j’espère que les services compétents retrouveront les coupables et qu’ils seront punis conformément à ce que prévoit la loi.»

L’Ogooué-Ivindo est la province la plus marquée par la récurrence de ce genre de crimes. En mars dernier, à l’occasion du conseil des ministres délocalisé à Makokou, le président Ali Bongo, s’exprimant sur le sujet avait souhaité que les coupables avérés soient transférés devant la justice pour répondre de leurs actes. Au début du même mois, le Cercle de réflexion des notables (CRN) de la province de l’Ogooué-Ivindo avait organisé une marche dans les rues de Makokou en vue prévenir les acteurs politiques et les autorités locales contre tous les sévices observés dans leur province… En vain.

Député de Makokou et ancien ministre, Alain Claude Bilié-Bi-Nzé, déplore le fait que certaines personnalités politiques rejettent la voie des urnes ou de la compétence comme moyen d’accéder aux postes électifs ou gouvernementaux, pensant que les pratiques mystico-macabres en sont la voie royale ou le moyen le plus sûr. L’ancien ministre déplore le fait que la justice n’est pas tenace concernant ces crimes et que seul le menu fretin, commis à l’exécution de ces actes, va en prison. Il donne l’exemple d’une personnalité reconnue par le passé d’avoir commandité un crime de ce genre et qui s’en tiré à bon compte en s’exilant un moment aux USA. L’élu de Makokou compte se rendre très prochainement dans la localité pour tenir des causeries et des meetings dans le but de dénoncer ces pratiques dont la recrudescence a toujours lieu à l’approche des élections.

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