Kadhafi : Il serait prêt à quitter le pouvoir… sous conditions

En coulisse, ses émissaires négocieraient son retrait, « pourvu que la solution soit honorable ». Condition posée : qu’il puisse finir sa vie en Libye.

Traumatisé par la mort de son plus jeune fils et de trois de ses petits-enfants dans un bombardement de l’Otan, le 1er mai à Tripoli, et las d’être traqué, à 70 ans, le colonel Kadhafi serait prêt à céder le pouvoir, selon les informations parvenues à France-Soir depuis la capitale libyenne.

D’après nos sources, Mouammar Kadhafi aurait peur que d’autres proches soient tués sous les bombes. Et son entourage aurait désormais envie de tourner la page. Les informations que nous recevons montrent que le ton a changé ces derniers jours. Il y a un mois, à Tripoli, les proches du leader libyen nous disaient que Kadhafi ne craignait pas la mort : « Au contraire, pour lui, ce serait un honneur de mourir sous les bombes, en martyr », confiait un membre du protocole.

Aujourd’hui, Kadhafi serait « comme un lion en cage », souffrant notamment de l’impossibilité de se déplacer : « C’est avant tout un homme du désert, un nomade qui ne tient pas en place. » Un de ses collaborateurs nous expliquait, le mois dernier, à Tripoli : « Le Guide aime se déplacer, avec toute sa suite. Quand ça lui prend, d’un seul coup, tout le monde décampe. C’est impressionnant, réglé comme du papier à musique et organisé militairement. Le convoi se met en branle, et là, ce sont 300 à 500 personnes, entre familiers, collaborateurs, membres de la sécurité et domesticité, qui vont s’installer dans le désert, à l’autre bout du pays. On plante des immenses tentes. Kadhafi a aussi une caravane VIP, mais il préfère dormir sous la tente. »

Revenir à la vie de Bédouin

Un membre du protocole nous disait : « C’est là que Kadhafi est le plus heureux. Dans le désert, à même le sol, près de sa ville natale, Syrte. Il dit souvent qu’il pourrait se passer de tout, revenir à la vie de Bédouin de ses parents. C’est vrai, et c’est sa force. » Ces déplacements intempestifs et ces joies du désert, c’était avant la guerre. Aujourd’hui, impossible d’y goûter pour cause de sécurité. Persuadé que les Occidentaux veulent l’assassiner, Kadhafi se terre à Tripoli. Pour la même raison, il ne reçoit pratiquement plus de visiteurs, contrairement à son habitude.

Lui qui déteste toute contrainte, dans tous les domaines (« au point de toujours porter des vêtements amples », nous dit un proche), lui qui a besoin d’espace, tourne désormais en rond dans ses caches de Tripoli. Se déplaçant en permanence d’un bunker à l’autre, aux quatre coins de la capitale, pour déjouer les frappes de l’Otan, très peu de personnes savent où il se trouve. Mais ses marges de manœuvre sont désormais très limitées.

Kadhafi surfe sur Internet

Dans ces conditions, que fait-il de ses journées ? C’est un adepte d’Internet : « Il passe chaque jour plusieurs heures sur les sites en arabe, en anglais ou en italien. Il veut savoir ce qui se dit, savoir de quoi on parle, et quelles sont les dernières informations sur le Web, parfois jusqu’à 2 heures du matin », nous disait récemment un de ses visiteurs. Autre information, d’un proche : « Le colonel Kadhafi regarde beaucoup la télévision, les chaînes arabes mais également la BBC en arabe. » Et il lit également beaucoup, parfois dix heures de suite. Surtout des livres d’histoire.

Avant la guerre, Kadhafi aimait être entouré de ses proches, de ses conseillers, des « amis de la Révolution », mais aussi d’intellectuels de passage, qui se succédaient au gré de leurs demandes ou des caprices du Guide. Désormais, mesures de sécurité obligent, peur qu’une puce électronique ne se cache dans la chaussure du visiteur, le colonel Kadhafi reçoit très peu. Il fait exception pour ses nombreux petits-enfants. Ceux-ci peuvent le rencontrer quand ils le veulent. Car le dictateur est « un grand-père gâteau », nous a-t-on dit. D’où la déprime après la mort de trois d’entre eux.

« Il partira »

Son entourage semble être, désormais, dans le même état d’esprit de lassitude. Certes, à Tripoli, personne ne se risque à critiquer ouvertement le Guide. Tout juste, timidement, Ibrahim Moussa, porte-parole officiel, nous avait confié début avril : « Bien sûr qu’il faut des évolutions. J’ai 26 ans. J’ai été formé en Angleterre. Nous voulons qu’il y ait plus de démocratie, plus de liberté d’expression… Mais tout cela doit se faire en douceur. Si on brusque les choses, ce sera le chaos. »

Mais, aujourd’hui, les pro-Kadhafi admettent : « Le Guide finira par partir. Il a compris que le temps est venu. » L’un d’eux souligne : « Il faudra lui ménager une sortie acceptable, trouver une solution qui ne soit pas déshonorante. C’est un révolutionnaire, il doit sortir la tête haute. Il faut trouver la manière. »

Est-ce pour « trouver la manière » que des émissaires du colonel Kadhafi, de très haut niveau, rencontrent depuis quelques semaines, dans le plus grand secret, des responsables occidentaux, y compris français ? Des sources fiables nous assurent en effet que des contacts existent, « chaque partie voulant en finir vite ». En échange du renoncement au pouvoir, les émissaires libyens demanderaient que Kadhafi puisse se retirer dans son village natal, pour « finir sa vie chez lui ». Les Occidentaux pourront-ils accepter une telle condition ?

En guise de conclusion, un visiteur régulier du leader libyen pointe un élément souvent oublié : « Désormais, Kadhafi est un homme âgé. Il a 70 ans. Il n’a plus l’énergie ni l’envie de ses 30 ans. C’est presque un vieux monsieur. » Façon de dire, dans son propre camp, que la Libye est prête à tourner la page. Et, de façon unanime, tous ajoutent : « Ça ne sera pas avec ses fils. »

Par Patrick Meney

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