Par Charles Jaigu

Lundi, l’avocat franco-libanais a aussi mis en cause le financement de la campagne de Le Pen en 1988.

Mais quelle mouche a piqué Robert Bourgi ? Lundi matin, dans les couloirs de l’Élysée, c’est un sentiment de perplexité qui dominait. Officiellement, les hommes du président se disent très à l’aise sur le sujet. Deux très proches du chef de l’État, Claude Guéant et Brice Hortefeux, ont tour à tour souligné que ces accusations ne concernaient en rien l’actuel hôte de l’Élysée. Brice Hortefeux a relevé que les mises en cause de l’avocat franco-libanais «portent sur une période définie qui indique bien que cela ne concerne en aucun cas Nicolas Sarkozy». «C’est une époque totalement révolue, donc tout commentaire est un commentaire de trop», ajoute de son côté le conseiller chargé de la communication de l’Élysée, Franck Louvrier.

Officieusement, l’Élysée juge la sortie de Bourgi très mal venue. «On ne peut pas nous soupçonner de vouloir discréditer Dominique de Villepin ou Jacques Chirac maintenant, alors que nous nous employons depuis un an à apaiser les relations avec l’un et l’autre», résume un conseiller chargé des missions bons offices. «On a aidé Chirac en réglant la facture de la mairie de Paris, cela nous paraissait normal étant donné ce qu’il représentait», continue ce dernier. Quant à Villepin, «le président s’est retiré du procès Clearstream, et il a rétabli le contact avec lui. Nous constatons qu’il est moins agressif, même s’il continue de souffler le froid et le chaud», conclut ce conseiller.

En outre, l’Élysée ne croit pas une seconde en une candidature Villepin – faute de signatures et d’argent -, et se borne à prendre acte de son ton radouci. Pourquoi, dès lors, envenimer à nouveau les relations avec l’ancien premier ministre ? «Qui peut croire que nous lancerions les grandes manœuvres pour un type qui fait 2%?», lance, plus direct, un autre conseiller.

«Question d’ego»
Finalement, pour expliquer le grand déballage de cet homme de l’ombre, un autre proche du chef de l’État se tourne vers la psychologie. «C’est une question d’ego, au bout d’un moment ces gens ont envie d’être reconnus», spécule-t-il. «Il a trop parlé à Pierre Péan (auteur du livre publié cette semaine Les Mallettes de la République, NDLR), et maintenant il veut son quart d’heure de célébrité.»

«Même si c’est vrai, les gens auront du mal à croire que les financements occultes se sont arrêtés en 2007. Tout cela contribue au “tous pourris” qui fait monter le Front national », conclut un proche de Nicolas Sarkozy. Michel de Bonnecorse, l’ancien «M. Afrique» du président Jacques Chirac, ne s’est d’ailleurs pas privé de proclamer que «l’entourage de Sarkozy a reçu la part du gâteau qui lui revenait jusqu’alors».

Un autre témoignage, cette fois-ci pour disculper Jacques Chirac, est venu lundi de son ancien ministre de la Coopération (1995-1997), Jacques Godfrain. «Lorsque Jacques Chirac m’a nommé à la Coopération, il m’a convoqué à l’Élysée et a été absolument formel. Il m’a donné pour consigne absolue de tenir Robert Bourgi à l’écart de tout ce qui concerne les questions africaines», a-t-il assuré à l’AFP. «Dans ces conditions, je le vois mal laisser entrer Robert Bourgi dans son bureau à l’Élysée avec des valises et compter lui-même les billets. C’est totalement inimaginable», a-t-il jugé.

Depuis 2007, Claude Guéant s’était chargé de «traiter» Robert Bourgi. Non sans assumer une divergence avec la cellule diplomatique de l’Élysée. D’un côté, les partisans du discours de Cotonou prononcé par Sarkozy en mai 2006, qui promettait une nouvelle politique africaine de la France. De l’autre, le secrétaire général de l’Élysée qui défendait une ligne de plus grande continuité sur les dossiers africains et s’appuyait beaucoup sur les avis de Robert Bourgi.

Aujourd’hui, plusieurs diplomates proches du chef de l’État voient dans la sortie de Bourgi la confirmation qu’il n’était pas un atout dans le jeu du président en Afrique. Ils se souviennent que Bruno Joubert, conseiller Afrique de l’Élysée de 2007 à 2009, aujourd’hui ambassadeur au Maroc, avait été remercié en septembre 2009, parce qu’il défendait trop vigoureusement le nettoyage de la «Françafrique». Au nom du même réalisme, Robert Bourgi s’était targué d’avoir obtenu la «tête» du ministre de la Coopération de 2008, Jean-Marie Bockel.

Mais lundi, Robert Bourgi a continué le train de ses «révélations» en mettant en cause l’ancien président du Front national Jean-Marie Le Pen. Selon lui, l’ancien président gabonais Omar Bongo aurait financé une partie de sa campagne présidentielle de 1988.

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