L’avocat franco-libanais a précisé hier ses accusations contre Jacques Chirac et Dominique de Villepin, mais a pris soin d’épargner Nicolas Sarkozy. L’opposition demande une enquête et dénonce des « règlements de comptes nauséabonds ».

De l’ombre à la lumière. Homme des missions secrètes, porteur de valises entre Paris et son « pré carré » africain et représentant officieux de l’Elysée au sud du Sahara pendant des décennies, Robert Bourgi a décidé, depuis ses révélations chocs dans le « Journal du dimanche » ce week-end, de tout déballer sur ce qu’il qualifie lui-même de « côté obscur de la Françafrique ». L’avocat franco-libanais, qui fuyait jusqu’alors les journalistes, s’est répandu hier sur les radios, complétant ses accusations contre Jacques Chirac et Dominique de Villepin. « Je suis un repenti, je bats ma coulpe », s’est-il justifié sur RFI. « Je veux une France propre », a-t-il assuré.

Robert Bourgi a notamment évalué à « vingt millions de dollars » les sommes provenant de dirigeants africains qu’il dit avoir remises à l’ex-président et l’ancien Premier ministre entre 1997 et 2005. Il a aussi affirmé sur Europe 1 avoir transporté des « cadeaux » pour les deux hommes. Selon lui, l’actuel leader de République solidaire « recevait des bustes de l’empereur, des pièces rares qui concernent l’empereur Napoléon et des masques africains ». Et d’ajouter perfidement : « Je souhaite qu’on les retrouve et d’ailleurs, il y a deux ans, il me semble que Dominique de Villepin a fait procéder à une vente. » Ces financements occultes ont existé également sous les présidents Pompidou, Giscard d’Estaing et Mitterrand, a-t-il affirmé. Mais il s’est dit « incapable » d’en estimer le total et… d’apporter la moindre preuve aux accusations qu’il formule. Selon les dernières déclarations faites par Robert Bourgi hier soir, Jean-Marie Le Pen aurait lui aussi bénéficier d’avoirs financiers fournis par l’ancien président gabonais Omar Bongo pour sa campagne présidentielle de 1988. Des propos aussitôt démentis par Jean-Marie Le Pen.

Robert Bourgi a redit que ce système frauduleux avait pris fin après l’élection de Nicolas Sarkozy. Sans vraiment convaincre. La présidente du Front national, Marine Le Pen, s’est publiquement étonnée, hier, sur France Info, qu’il « ne parle pas » de l’actuel chef de l’Etat « alors qu’il fait partie du premier cercle » de ses proches. « Rien ne s’est arrêté avec Sarkozy », a assuré, dans un entretien au « Parisien », un autre ancien « missus dominicus » de la « Françafrique », Jean-François Probst, ex-collaborateur de Jacques Chirac. « Bourgi s’est dépensé sans compter pour Sarkozy auprès de nombreux chefs d’Etats africains lors de la présidentielle de 2007 » et ce dernier « a filé à Libreville dès juillet 2007 et refait un deal avec Omar Bongo, qui lui aurait donné – dit-on -1 milliard de francs CFA ». Une mise en cause qui n’a suscité aucune réaction officielle de l’Elysée.

Enquête déontologique

L’opposition ne s’est, elle, pas privée de commenter ce flot d’accusations. Mais avec une certaine retenue. « Ces propos sont extrêmement graves. Mais je pense aussi qu’il y a des règlements de comptes au sein de l’UMP. Moi, comme toujours, j’attends les faits, j’attends la justice », a déclaré Martine Aubry sur France Bleu Hérault. « Il faut une enquête », a renchéri la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts, Cécile Duflot, pour qui « la tonalité » des propos de Robert Bourgi « ne sonne pas complètement faux ». Plus offensif, Laurent Fabius a évoqué « l’un des plus grands scandales de la droite depuis des décennies », si les « faits sont avérés ». Parlant de « spectacle affligeant », de « règlements de comptes nauséabonds », Ségolène Royal a appelé à « remettre de l’ordre moral juste » face à une « très grave affaire qui révèle des moeurs politiques totalement dégradées ». Pour la présidente du Poitou-Charentes, « la seule solution, c’est un bon coup de balai à ceux qui dirigent si mal le pays, font honte à la France ». Pour l’heure, le barreau de Paris, dont dépend Robert Bourgi en tant qu’avocat, a annoncé qu’il allait ouvrir une enquête déontologique à son sujet.

S. D., Les Echos

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