Au Gabon, le business florissant des pompes funèbres

Par Tiphaine Saint-Criq, à Libreville

Au Gabon, 3 entreprises de pompes funèbres se partagent le fructueux business des obsèques. Les familles n’hésitent pas à débourser de fortes sommes pour honorer leurs défunts, un investissement de prestige.

Pour enterrer une amie de sa fille décédée chez lui, Diarra a dû emprunter à son employeur l’équivalent de plus de six mois de son salaire. Cercueil (500 euros), soins de conservation (150 euros), séjour à la morgue (douze jours, 200 euros) : la facture s’élève à 850 euros, alors qu’il en gagne 150 par mois comme gardien de nuit. Autant qu’une perte douloureuse, un décès représente une lourde charge financière au Gabon. Et un business fructueux pour les maisons de pompes funèbres, au nombre de trois : Gabosep (Gabonaise de sépultures), Casep GA (Compagnie africaine de sépultures Gabon) et Saaf (Société africaine d’assistance funéraire). La Saaf, qui emploie une vingtaine de personnes, affiche un chiffre d’affaires (300 000 euros) en constante augmentation.

« Notre principal problème, insiste son directeur, Ndiaga Ndiaye, ce sont les impayés, à savoir les corps des indigents que la mairie nous apporte. » En l’absence de morgue publique, ce dossier fait d’ailleurs l’objet d’un différend avec les autorités. Mais, de manière générale, « les gens sont prêts à dépenser beaucoup pour le prestige. C’est une question d’honneur, alors que parfois le défunt a manqué d’aspirine, explique Jules Dieng, directeur de l’agence Saaf de Libreville. Celui qui enterre dignement un proche mérite le respect. » Certains n’hésitent pas à verser dans l’excès : cercueil de luxe importé de Paris ou des Etats-Unis, corbillard VIP… « La facture peut ainsi grimper jusqu’à 3 000 euros, assure Constant Ndong, chef de l’agence Gabosep de Libreville, Sans compter les frais de réception pour la veillée. »

L’hommage au défunt se transforme en repas géant
Traditionnellement, la famille doit accueillir et nourrir les membres de la famille, amis et collègues venus rendre un dernier hommage à la personne décédée. Ils sont parfois une centaine à se succéder pendant deux ou trois jours. « Les gens en profitent pour venir « manger cadeau » », selon Jules Dieng. « Mais tout le monde n’a pas un chez-soi décent. Souvent, les gens habitent dans des endroits difficiles d’accès. Ou bien, dans le cas d’une location, le propriétaire peut refuser que la veillée se fasse chez lui par peur des mauvais esprits », explique Constant Ndong.

Les maisons de pompes funèbres proposent donc la location d’une salle de veillée : 230 euros pour une salle de 100 sièges, et 0,40 centime la chaise supplémentaire. Elles s’occupent de tout, sauf de la nourriture. « Il y a des gens malintentionnés. En Afrique, personne ne meurt de mort naturelle, souligne Jules Dieng en citant un adage. On pense toujours que derrière chaque mort il y a une main. Quelqu’un pourrait mettre du poison dans la marmite de café de la veillée… On ne veut pas être responsable de ce qui peut arriver. » Les croque-morts aussi tiennent à leur réputation.

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