Des hommes armés en tenue militaire ont pris jeudi à dix jours de l’élection présidentielle du 9 octobre le pont sur le Wouri à Douala, tirant en l’air et demandant le départ du président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, avant d’être maîtrisés par l’armée.

Les versions divergent encore sur le nombre d’assaillants. Dans un communiqué, Faï Yengo Francis, le gouverneur du Littoral où se trouve Douala la capitale économique a affirmé que l’action était l’oeuvre d’un homme seul: “Autour de 6 heures, un individu non identifié, armé et arborant un uniforme militaire a interrompu la circulation sur le pont du Wouri. Face à la prompte réaction des forces de maintien de l’ordre (…) l’assaillant a été repoussé et la circulation rétablie. Aucune perte en vie humaine n’est à déplorer”.

Toutefois, des sources sécuritaires font eux état d’un groupe armé de 3 à 5 personnes alors que la radio-télé d’Etat Cameroon Radio-Television (CRTV) avait rapporté dans la matinée qu’un “groupuscule armé, véhiculé et non identifié a pris en otage” le pont qui relie Douala à l’ouest du pays “aux environs de 5H45 et tenu les populations en respect en tirant en l’air”.

“La riposte des forces de défense a donné lieu à un échange de coups de feu qui a poussé les assaillants à la déroute dans les eaux. Les fouilles se poursuivent pour retrouver les auteurs du trouble”, selon la CRTV.

De sources concordantes, les manifestants ont déployé une banderole: “Paul Biya dictateur, Paul Biya doit partir à tous les prix (A tout prix)”.

Selon une source proche des services de sécurité, un des hommes a sauté à l’eau lors de l’intervention des forces de l’ordre. Il n’était pas encore possible de savoir si les hommes étaient réellement des membres de forces de l’ordre.

S’il a fait l’objet d’une tentative de coup d’Etat en 1984, deux ans seulement après son accession au pouvoir, M. Biya, grand favori de la présidentielle à un tour, est réputé pour tenir le pays. Opposition et société civile l’accusent d’avoir verrouillé le système électoral pour s’assurer une réélection sans difficultés face aux 22 autres candidats dont l’opposant historique John Fru Ndi.

M. Biya peut compter sur les troupes d’élite qui lui sont dévouées mais il doit faire face depuis plusieurs mois à une fronde au sein de l’armée et de la gendarmerie. Plus de 600 jeunes recrues ont été radiés pour divers motifs, entre 2009 et 2011 et demandent leur réintégration.
“Si jamais ces personnes radiées versent dans des actes de criminalité et de banditisme (ou autre), ils trouveront en face les forces de défense. C’est une situation parfaitement maîtrisable”, avait assuré en août le ministre de la Défense Edgar Alain Mebe Ngo’o…
Signe de la confusion autour de l’action de ce matin, militants de la majorité comme de l’opposition y voyaient chacun des manoeuvres politiciennes autour des élections.

Richard Keuko, membre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) du président Biya, estime que les “événements malheureux (de Douala) sont le fait de quelques éléments isolés. En attendant que l’enquête confirme qu’il s’agit véritablement des éléments des forces de l’ordre, j’ai tendance à penser que ce sont des personnes qui se sont mises dans cette tenue (militaire) parce qu’elles avaient envie de créer la sensation”.

“La campagne se déroule relativement bien. Et ce sont des gens qui ont peur d’une élection qui se passe dans de bonnes conditions qui peuvent poser éventuellement poser ce genre d’actes”, a-t-il conclu.

Evariste Fopousi, chargé de la communication du principal parti d’opposition, le Social democratic front (SDF), crie lui au complot: “C’est un montage du régime. Ils ont fabriqué cet incident pour accélérer la militarisation de Douala probablement parce qu’ils sont convaincus qu’ils seront battus lors du prochain scrutin présidentiel. Et ils voudraient contrer tout soulèvement ou toute lutte contre la fraude” à Douala.

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