Gabon : Climat d’affaires délétère à Wigombé village

Julien Roumet, héritier du fondateur du village touristique de Wigombé dont il est le patron, s’en est, littéralement, fait expulsé par l’actuel dirigeant de l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN). Des mobiles et une procédure controversés, ainsi que le fait comprendre le promoteur touristique dans cette interview qui remonte à l’origine de ce différend. L’affaire, qui est déjà au tribunal de Libreville et pourrait se terminer dans les tribunaux internationaux, n’augure rien de bon pour la notation du climat des affaires au Gabon, si cher au président de la République qui se bat pour attirer des investisseurs dans le pays.

Nous savons qu’une affaire vous oppose actuellement à l’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN) au sujet du site touristique de Wigombé. Avant d’aborder cet aspect des choses, pouvez-vous nous rappeler qui était Dominique Roumet et quelle est l’étendue du travail qu’il a réalisé au Gabon, vu qu’on en entend parler dans le milieu de la conservation.

Mon père, Dominique Roumet, avait en rêve d’être un acteur important dans la protection, la sensibilisation de l’environnement et du développement de l’Afrique et particulièrement du Gabon, qui est le 2° poumon de notre planète.

Il décida donc de jumeler son challenge en travaillant main dans la main avec les populations locales et avait pour objectif de les former afin qu’elles puissent dans l’avenir prendre en main leur pays, profiter des richesses qu’ils leur sont offertes et d’en jouir pleinement.
Suite à la création des parcs en 2002, mon père se rapprocha la même année des populations du parc de Pongara afin de leur exposer sa vision. Les populations enchantées et voyant les opportunités à venir acceptèrent de louer leurs terres ancestrales. Des baux furent signés et les droits de terres payés entre les ayants droits et Messieurs Roumet père et fils.
Nous décidâmes de travailler ensemble sur le plan environnementale et éco touristique, sous les entités Gabon Environnement (ONG) dont il était le vice-président et Gabon Découvertes SARL dont je suis l’actionnaire majoritaire, société créée en 2005 et spécialisée dans l’écotourisme au Gabon.

Le 3 octobre dernier vous avez reçu un courrier de M. Lee White, vous enjoignant de libérer, sous trente jours, le site de Wigombé de vos installations. Pouvez-vous, dans un premier temps, remonter à l’historique de cette affaire qui ressemble à une expropriation et, dans un second temps, tenter de définir les raisons qui poussent l’ANPN à une telle démarche ?

Ce qui pousse véritablement l’ANPN dans cette démarche reste un mystère, le travail que nous avons accompli qui tente à faire de Wingonbé une vitrine des parcs nationaux et un tremplin pour l’écotourisme a semble-t-il porté ses fruits, puisque l’ANPN veut s’approprier cette œuvre à moindre coût pour l’utiliser à son avantage. Ce site est un argument de poids pour justifier des demandes de financements aux investisseurs étrangers, bailleurs de fonds. Et aux dernières nouvelles, Lee White n’a pas fait rentrer dans les caisses les sommes promises datant d’avant sa nomination à la tête des parcs !

Historique de spoliation: En juin 2009, mon père nous quittait brutalement et me laissa seul pour gérer notre projet commun. En mai 2010, première tentative de spoliation par l’intermédiaire d’une ONG locale hébergée sur le site à titre gracieux dont mon père était le vice-président. Le président en exercice Anicet Bongo Ondimba ayant décidé unilatéralement que les investissements que j’avais réalisé étaient forcément pour la dite ONG et non pour la société Gabon Découvertes.

A la vue de cette situation l’ANPN décida d’intervenir entre les 2 parties. Sentant une collusion entre l’ANPN et l’ONG Gabon Environnement, il nous sembla préférable de faire rentrer en jeu notre avocat Me Bhongo Mavoungou, ce dernier engagea les discussions sur la base d’un protocole signé par les 2 antagonistes, Gabon Découvertes et Gabon Environnement et l’arbitre désigné l’ANPN. Au fur et à mesure des réunions et des pièces justificatives présentées, il leur est devenu impossible de trancher, vu que la seule décision possible était donc la confirmation que la construction avait été réalisée à 90% par la société Gabon Découvertes.

Malgré nos diverses relances par l’intermédiaires de notre avocat pour avoir enfin la réponse sur l’arbitrage, il nous fut envoyé en date du 03 Octobre 2011 par l’ANPN, signé par le Secrétaire Exécutif Mr Lee White, un courrier d’expropriation sous 30 jours à compter de la date de réception dudit courrier, confirmant le fait que nous avons investit de nos deniers la construction et confirmant également leur ambition première de nous en faire partir. L’indemnisation proposée correspond à un quart du coût réel de la construction et ne prend pas en compte l’indemnisation des ayants droit des sols, ne prend pas en compte l’indemnisation du personnel gabonais, ne prend pas en compte l’indemnisation du fonds de commerce, du manque à gagner…

A ce jour, aucune réponse ne fut donnée à nos différents courriers, aussi bien à l’ANPN qu’à la présidence et les ayants droit des terres n’ont toujours pas été reçus par Mr Lee White.

Quand on est un investisseur étranger dans un territoire, on sait qu’on prête le flanc à des risques financiers, ce qui est inacceptable c’est d’être des nationaux et qu’on puisse s’inquiéter que l’Etat vous supprime votre travail et vos droits.

Mais l’expulsion ne s’arrête pas là, puisque l’ANPN c’est aussi accaparé un second site appelé Kinguere Ocean et nous interdit d’y mettre les pieds. Pour information ce site est lui aussi lié avec les autochtones par un bail emphytéotique et que les constructions édifiées ont été financées à 95% par Gabon Découvertes.

J’aimerai vous dire que c’est tout, mais pas plus tard que le dimanche 20 novembre dernier, nous fîmes expulsé de notre résidence privée face au site de Wingonbé Village. En effet des agents de l’ANPN avec à leur tête le conservateur Mr Eric Augowet se sont présentés face à notre personnel et leur ont donné l’ordre de quitter les lieux en laissant tout ce qui était sur place.

Ces employés sont donc par conséquent sans emploi alors que nous avions décidé de garder le personnel de Gabon Découvertes à titre privé afin de leur éviter les dommages que causes les décisions arbitraires de Lee White.

Nous rappelons que cette parcelle ne fait pas partie de l’avis d’expulsion du site de Wingonbé Village en date du 03/10/2011. Que les constructions édifiées sur ce site sont antérieures à la construction du site de Wingonbé Village et de la création des parcs, qu’elle fut rachetée à une famille de français pour un montant de 30.000.000 Fcfa en 2006 et que de nombreux investissements ont été réalisés dans l’aménagement et que ces bâtiments n’ont jamais été exploité dans le cadre d’une activité commerciale de Gabon Découvertes.

Que cette résidence n’a d’ailleurs pas été estimée dans le montant global du litige et qu’elle est clairement matérialisée dans le mémoire Gabon Découvertes que nous avons remis à l’ANPN, comme résidence privée dont les ayants droits sont familles Roumet et Routier et leurs épouses Mékina Bibang et Rékouangué Ayo Adibet.

Par conséquent et du fait de notre absence temporaire du territoire gabonais, une délégation constituée d’épouses Roumet/Routier ainsi qu’un représentant des droits des terres Kondetchoumbou va se présenter à l’ANPN pour informations et explications.

Parallèlement à ça une démarche au sommet de l’Etat va être entreprise pour clarifier les différents agissements à l’encontre de ressortissants gabonais et afin d’éclaircir une fois pour toute l’implication des uns et des autres.

Il a été dit que vous recevrez, à titre d’indemnisation pour les constructions réalisées sur le site, une somme de 93,2 millions de francs CFA alors que selon l’ANPN la valeur de vos installations à Wigombé est estimée à 315,7 millions de francs CFA. Les calculs contenus dans le courrier de Lee White pour justifier cet écart et la valeur estimative des investissements sur le site, vous conviennent-ils ? Si non, à combien estimez-vous la valeur du site et quel montant d’indemnité conviendrait ?

La valeur estimative réalisée par le domaine se rapproche du coût construction réel, moyennant une dévaluation. Par contre, cette estimation n’est que le reflet du coût de construction sans tenir compte de où elle a eu lieu, en d’autres termes l’évaluation aurait été la même si le site était basé à Libreville, détail qui me semble important.
Concernant l’écart, nous ne sommes pas d’accord. Le site a été financé à 90% par Gabon Découvertes, les 10% restant sont des apports de bailleurs de fonds. Hors dans la découpe de Lee White nous sommes considérés à environ 40%.
A rajouter que la seule indemnisation proposée est basée sur la construction, elle ne tient pas compte de plusieurs préjudices pour la société (commerciale, réparation, morale…), ni des employés et ni des ayants droits des terres.

Vous serez également pénalisés pour le non respect d’un cahier des charges portant sur un centre de formation. Qu’en est-il dans les faits ?

D’après les chiffres avancés par Lee White, la construction du centre de formation est estimée à 122.472.000 Fcfa. Les apports qui ont été fait sont : 9.200.000 Fcfa du RAPAC, 2.300.000 Fcfa Gabon Environnement, ce qui laisse sous entendre que Gabon Découvertes a apporté la différence soit 110.097.200 Fcfa. Nous nous posons la question sur ce fameux «non respect». Il faut noter que le centre de formation n’est pas en activité, nous parlons donc uniquement d’engagement de construction, et surtout que ce projet a été proposé par Gabon Environnement et que nous sommes des bailleurs de fonds.

Certains assurent que les populations autochtones vous ont cédé une partie de leurs droits sur ces lieux et qu’en ce sens vous ne méritez pas cette opération d’expulsion. Qu’en est-il réellement et, d’une manière beaucoup plus large, de quels arguments disposez-vous pour votre défense ?

Nous avons signé des baux emphytéotiques, payé des droits de terres aux ayants droits et continuons de payer les loyers. Depuis le début du litige jusqu’à l’expulsion l’ANPN n’a pas jugé utile de faire participer les ayants droits, de les informer afin qu’ils puissent être indemnisés et surtout qu’ils puissent s’exprimer sur le devenir de leurs terres ancestrales. J’ajouterai qu’il est inquiétant que ce soit un ressortissant étranger qui protège des nationaux dans leur propre pays.

A la suite du courrier de Lee White du 3 octobre dernier, avez-vous fermé le village de Wigombé ? Si non, où en êtes-vous ?

Le village a été fermé le 3 octobre dernier suite à la réception du courrier, mais on voyait son activité baisser depuis plusieurs mois et d’autant plus marqué lors des vacances d’été. Ceci est la conséquence du travail de propagande de la partie adverse, nous recevions beaucoup d’appels afin de savoir si nous étions ouverts ou fermé, nous avons en conséquence pris notre répertoire clientèle pour confirmer que nous étions toujours ouverts.

Doit-on s’attendre à un procès concernant cette affaire ou un arrangement à l’amiable est encore possible ?

Dés le début nous nous sommes mis disponible afin de régler ce litige à l’amiable. Mais comme je vous l’ai dit, nous avons fait face à une véritable coalition qui semblerait il cherchait notre mise à mort à moindre cout. La justice a été saisie. Une première réponse est attendue pour le 29/11/11. Mais je vous assure que nos partenaires et nous, allons utiliser tous les tribunaux possibles au Gabon comme à l’étranger pour faire valoir nos droits et mettre au grand jour cette opération frauduleuse de l’ANPN.

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