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Gabon : L’opposition tire les conclusions des élections échues

L’opposition gabonaise qui a battu campagne pour l’abstention lors du scrutin du 17 décembre dernier, a publié, le 20 décembre, un communiqué à travers lequel elle tire les conclusions de ladite élection. Presque tout y passe : le contexte, l’organisation, les résultats, l’Assemblée nationale qui débouchera de cette consultation, les enseignements du scrutin, l’attitude des observateurs et de l’opinion internationale, etc. La déclaration.

Déclaration de l’opposition
20 décembre 2011

Le 17 décembre 2011, le peuple gabonais nous a édifiés en s’abstenant, à près de 90%, d’aller voter pour le renouvellement des députés à l’Assemblée Nationale.
Rappelons que le 30 aout 2009, les Gabonais s’étaient massivement rendus aux urnes pour élire leur nouveau Président de la République. Ils avaient fait le choix du changement et de l’alternance lorsque, appuyé par l’armée, les institutions constitutionnelles de la République et des intérêts particuliers de certaines autorités françaises de cette époque, Ali Bongo Ondimba s’est imposé dans le sang pour ravir au peuple gabonais sa victoire et son choix.

L’opposition dans son ensemble avait en toute responsabilité fait le choix de la contestation par les voix légales qu’offre un état de droit, elle n’a pas été écoutée.

Des mémorandums adressés à Messieurs Nicolas Sarkozy Président de la République Française et Ban Ki Moon Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies, l’opposition avait fait part de ses griefs à la suite du coup d’état électoral d’Ali Bongo Ondimba.

Dans sa foi pour le Gabon et pour la paix dans notre pays, l’opposition avait proposé, pour assainir le climat politique national, la mise en place d’outils devant permettre l’organisation d’élections justes et crédibles. Parmi ces propositions figurent en priorité l’introduction de la biométrie, la transparence électorale, et la réforme des institutions chargées de préparer, d’organiser et de contrôler les élections.

N’ayant pas été écoutée une fois encore par le pouvoir et Ali Bongo qui a joué de duplicité pour refuser l’introduction de la biométrie pour les élections législatives du 17 décembre 2011, l’opposition a refusé de participer à cette parodie d’élection et a mené une campagne active pour demander aux Gabonais de ne pas y prendre part. Les Gabonais se sont abstenus très massivement de voter pour respecter le mot d’ordre de l’opposition.

I- Les résultats

A l’Estuaire, l’abstention s’est établie à 95%, au Woleu-Ntem 93%, à l’Ogooué-Maritime 92%, au Moyen-Ogooué 85%, à l’Ogooué-Ivindo 82%, dans la Nyanga 77%, dans la Ngounié 75%, dans l’Ogooué-Lolo 72% et dans le Haut-Ogooué 63%. Les députés élus l’auront donc été par moins du 15% de l’électorat, ce qui implique une abstention supérieure à 85%. C’est dire que moins de 100.000 voix se seront portées sur les 120 nouveaux députés. Il faut en effet faire la différence ici entre les suffrages exprimés, les voix, et les électeurs dans la mesure où les manifestations de la fraude se sont aggravées lors de ce scrutin et se sont caractérisées par : des votes multiples, des bourrages d’urnes, des transferts massifs d’électeurs notamment dans les provinces de la Ngounié, de la Nyanga, de l’Ogooué-Lolo et du Haut-Ogooué. Par ailleurs il faut noter l’implication des forces de l’ordre dans la fraude, l’achat des consciences, l’utilisation à outrance des moyens de l’Etat et la manipulation des procès-verbaux.

Ces résultats contrastent avec le rendu des observateurs notamment ceux de l’Union Africaine et de la CEEAC qui ont manifestement banalisé le niveau élevé de l’abstention. Ce que nous dénonçons.

II- L’Assemblée Nationale qui découle de ces élections

L’assemblée Nationale qui découle de ces élections est une assemblée presqu’entièrement acquise au PDG. On se croirait revenu au temps du parti unique. Quel crédit peut-on alors accorder à cette assemblée qui ne reflète en rien ni le choix des gabonais ni la configuration politique dans notre pays. En s’arrogeant la quasi-totalité des sièges le PDG et son pouvoir jette le discrédit sur le système politique gabonais : c’est un scandale.

L’opposition, demande au peuple gabonais et à la communauté internationale de ne pas reconnaître cette élection législative, qui n’honore ni le Gabon ni son peuple.

III- les Enseignements du scrutin

La situation politique nouvelle pose plusieurs problèmes de fond. Par cette abstention sans précédent dans l’histoire politique de notre pays, le peuple gabonais a exprimé son ras le bol du pouvoir actuel. En confirmant pour le magnifier son vote du 30 aout 2009 le peuple gabonais inflige à nouveau un cinglant désaveu à Ali Bongo Ondimba et au système qu’il incarne. Le fossé s’est davantage creusé entre lui et le peuple ; il ne peut plus occulter cette donne et faire comme si le 17 décembre 2011 ne s’était pas passé. Au-delà même des problèmes de la transparence électorale, c’est la légitimité de ce pouvoir qui est profondément remise en question.

Par ailleurs, en se débarrassant d’une opposition crédible, comme le pouvoir a commencé à le faire avec les syndicats, il est légitime de se demander comment s’effectuera l’exercice de ce pouvoir avec cette nouvelle assemblée, à quel type de gouvernance allons-nous assister dans notre pays :

1. quand en modifiant la constitution le Président de la République s’octroie quasiment sans contrôle des pouvoirs exorbitants sur l’armée, la justice et le mandat des élus ;

2. quand les administrations sont dépouillées au profit des agences qui dépendent de la présidence ;

3. quand des recrutements massifs se font dans les forces de sécurité et de défense au détriment des services sociaux et de production pourtant vitaux pour le développement du pays ;

4. quand le pouvoir exécutif endette le pays à des niveaux jamais égalés ;

5. quand de manière générale les procédures de contrôle de la gestion du pouvoir ne sont plus respectées.

Enfin que dire du silence complice de la communauté internationale, notamment des autorités françaises actuelles pourtant prompte à intervenir dans certains pays africains qui vivent les mêmes réalités que le Gabon. Cette même communauté internationale est témoin des restrictions des libertés publiques au Gabon, de l’accaparement total des rouages de l’Etat par le seul PDG, des importants détournements des deniers publics dont on connaît la destination en Europe, du blanchiment d’argent sale dont le Gabon devient une plaque tournante en Afrique Centrale.

Oui ! ce sont là des problèmes de fond qui nous interpellent et qui ne peuvent laisser indifférent dans une situation où il n’y a plus de contre-pouvoir et où l’opposition n’est plus considérée comme un adversaire politique mais comme un ennemi qu’il faut absolument abattre ; où le peuple est mis dans une situation d’insécurité totale du fait des décisions brutales et épidermiques d’un pouvoir qui considère le dialogue et la communication comme une faiblesse.

Au regard de ce qui précède, l’opposition gabonaise ne reconnaît pas la validité du scrutin du 17 décembre 2011 en ce que l’Assemblée Nationale qui en est issue représente moins de 10% de la population. Cette situation est si grave que le PDG procède actuellement à des arrangements pour amener les candidats non pédégistes battus à déposer des recours auprès de la Cour Constitutionnelle ; recours qui emmèneront cette institution à réduire la domination du PDG. Quelle honte et quelle morale politique ! L’opposition demande au peuple gabonais de rester mobilisé pour d’autres actions en temps opportun face à un tel bafouement de la souveraineté nationale.

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