Par Frédéric Couteau
« Guinée-Bissau : la rechute d’un grand corps malade », constate L’Observateur au Burkina. « Alors qu’il sortait d’une interminable convalescence due aux convulsions politico-militaires qui le secouent depuis des lustres, il a brusquement replongé jeudi dernier. (…) En tirant à l’arme lourde sur la résidence du chef du gouvernement, les putschistes, emmenés par le vice-chef d’état-major, le général Mamadu Turé Kuruma, ont mitraillé du même coup le processus électoral, constate le quotidien burkinabé, processus qui devait conduire dans deux semaines au second tour de la présidentielle ; une finale qui devait opposer Carlos Gomez Junior, donné favori, et Kumba Yala. (…) Mais le dernier cité, relève L’Observateur, qui se savait, dit-on, d’avance perdant, avait décidé de boycotter l’ultime étape et prévenu sans ambages : “quiconque s’aventurera à battre campagne assumera la responsabilité de tout ce qui adviendra”. Difficile d’être plus clair ! », s’exclame le quotidien burkinabé. « Comment dans ces conditions, ne pas voir sa main derrière les doigts qui ont caressé les gâchettes, surtout quand on sait que les militaires sont majoritairement de son ethnie, les balanthes. »

Finalement, relève Le Pays, toujours au Burkina, « le pouvoir renversé a probablement payé le prix de ses ambitions sous forme de projets de réforme de l’armée bissau-guinéenne. Qualifiée de “narco-Etat” par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, la Guinée-Bissau a toujours été reconnue comme un pays gangrené par le trafic de drogue, rappelle le journal. Les narcotrafiquants y ont pignon sur rue et les mentors des grands réseaux ont toujours été de mèche avec la hiérarchie militaire. Les officiers supérieurs de l’armée ont donc construit l’essentiel de leurs fortunes en exploitant les failles structurelles du système de défense. C’est ce qui explique donc leur méfiance, avance Le Pays, voire leur réticence, vis-à-vis de cette perspective de réforme que porte celui qui était pressenti pour devenir président ». A savoir, donc, Carlos Gomes Junior, actuel chef du gouvernement et actuellement emprisonné par les putschistes.

La CEDEAO au four et au moulin…

En tout cas, constate le site d’information Fasozine, avec ce coup d’Etat en Guinée-Bissau, l’Afrique est en « plein déraillement démocratique. On n’a pas encore fini de régler le “cas malien” que la Guinée-Bissau s’invite, elle aussi, dans la putsch-mania qui semble opérer un come back en force sur le continent. (…) Ainsi, poursuit Fasozine, pendant que les pompiers politiques de la Cédéao sont à la manœuvre pour gérer la question de l’intégrité du territoire malien, ils doivent déjà accompagner militaires et partis politiques bissau-guinéens dans la mise en œuvre d’un retour à l’ordre constitutionnel dans ce pays. La délégation de l’institution communautaire ouest-africaine, qui arrive ce lundi dans la capitale bissau-guinéenne, devra donc, au-delà des déclarations d’intention, jouer serré dans un contexte où on est toujours sans nouvelle des personnes arrêtées par les putschistes. »

Et Fasozine de s’interroger : « qui sait dans quel autre pays, bientôt, crépiteront à nouveau des kalachnikovs, sur un mouvement d’humeur ou sur la base d’une suspicion, légitime ou non, justifiée ou farfelue, pour mettre la République entre parenthèses ? Ce regain de l’usage de la force militaire pour changer l’ordre démocratique, même s’il est suscité par l’irresponsabilité de certains gouvernants, ne prépare-t-il pas le lit d’un nouveau “printemps des putschs” sur le continent (…) ? »

« Le Mali mérite mieux ! »

Pour ce qui est du Mali, à présent, les modalités de la transition politique ont été définies non sans mal ce week-end à Ouagadougou, en présence des acteurs maliens et sous l’égide de la Cédéao. Le quotidien Le Républicain est plutôt amer : « voilà que la classe politique malienne, écrit-il, qui malheureusement n’a pas grand-chose à avoir avec la politique, au sens noble du terme, et sa société civile, qui est dans la politique qu’elle le reconnaisse ou non, se bousculent à Ouagadougou où elles se crêpent le chignon dans des discussions qu’on ne peut tenir, hors du Mali et même pour trois heures, compte tenu des urgences, si on a encore de l’égard pour son peuple. Car, déplore Le Républicain, c’est dans un pays privé des trois quarts de sa superficie qu’on s’échine sur les critères du Premier ministre, le sort du président intérimaire dans quarante jours ». Et le quotidien bamakois de s’exclamer : « le Mali mérite mieux. Il est gravement blessé. Et si cette élite ne peut pas la soigner, elle doit avoir la décence de ne pas l’achever ».

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