Dr. Daniel Mengara, Président du mouvement "Bongo Doit Partir - Modwoam"
Dr. Daniel Mengara, Président du BDP-Modwoam

Je me suis souvent demandé quel type de chanvre les Bongo fumaient…

Ali Bongo, comme sorti d’un long coma névrosé, vient d’annoncer avec fracas son intention de faire du Gabon un pays bilingue français/anglais. Oui, tout simplement comme ça, pouf ! Ex nihilo. Par simple incantation magique.

On est habitué, certes, aux déclarations intempestives des Bongo Ondimba père et fils. On est habitué, certes, aux envolées de ces roitelets spécialisés depuis 45 ans dans les incantations qui annoncent des rénovations qui ne rénovent rien, des refondations qui ne refondent rien, des gouvernements de combat qui ne combattent rien, des développement qui ne développent rien, des émergences qui n’émergent rien, quand ce n’est tout simplement des promesses de logements par milliers (5000 par an) qui ne logent personnes parce que jamais construits, et j’en passe. Les Bongo, c’est la vapeur soporifique d’un régime quadragénaire en manque d’inspiration qui continue à confondre les annonces fracassantes de chantiers jamais finis avec le développement durable et cohérent d’un pays. Sous les Bongo, la politique, le développement, l’économie, c’est carrément du vodou. Trop compliqué pour des cerveaux trop petits.

Alors même que le Gabon industriel n’est même pas capable de se fabriquer un « douk-douk » ; alors même que le système éducatif est en pleine décadence dans un pays où l’on loge maintenant les élèves dans des stades devenus écoles de fortune comme dans un pays frappé par le tsunami, des stades eux-mêmes bâclés le temps d’une CAN ; alors même que le Gabon est déjà incapable d’éduquer valablement les quelques enfants qui y naissent dans les matières déjà existantes, faute à la fois de professeurs et de salles de classes suffisantes, voilà qu’Ali Bongo annonce avec fracas son intention de faire du Gabon un pays bilingue.

Où ? Quand ? Comment ? Avec quoi ? Dans quel Gabon ?

Je sais que j’ai déjà, par mes maintes attaques, forcé Ali Bongo à abandonner ses puérils « curly-curlys » huilés de Michael Jackson raté : c’est déjà une bonne chose pour nos yeux par trop agressés par ce type d’enfantillage au sommet de l’Etat ;  je sais aussi qu’il existe au Gabon des moustiques qui donnent le paludisme et des mouches « tsé-tsé » qui causent la maladie du sommeil ; mais là, je crois qu’il y a un sacré problème de balance mentale dans le ciboulot du dictateur gabonais. Il y a un boulon qui manque ou qui a sauté.

Je laisserai de côté les discussions sur la Francophonie et la Françafrique. Je laisserai aussi de côté le sujet des rivalités franco-gabonaises nées, aux dires de la rumeur, de l’élection d’un François Hollande qui n’aurait aucune tendresse pour le rejeton de feu Omar Bongo. Je m’attarderai plutôt ici, uniquement, sur les aspects purement mécaniques que supposent la transformation artificielle d’un pays comme le Gabon en pays bilingue français-anglais.

Ali Bongo sait-il vraiment ce que cela suppose comme investissement humain et culturel (formation d’enseignants et reformatage de toute la pensée nationale en matière de culture), idéologique (réforme générale du système éducatif dans le cadre d’une vision globale, intégrée et cohérente du développement national) et financier (moyens colossaux à allouer à une telle réforme) pour transformer un pays de tradition administrative francophone comme le Gabon en pays administrativement bilingue ?

Ali Bongo sait-il ce que cela suppose comme bouleversements depuis le primaire jusqu’au supérieur pour ajuster un système éducatif déjà incohérent et moribond aux rigueurs et exigences d’une politique éducationnelle visant au bilinguisme ?

Ali Bongo sait-il, enfin, ce que cela suppose comme transformations culturelles pour faire d’une société de diversité comme celle du Gabon une société façonnée aux préceptes d’un bilinguisme artificiellement orchestré, et ce dans un pays qui n’a jamais eu de politique culturelle cohérente, un pays qui, en sus, ne s’est jamais essayé à quoi que ce soit de cette ampleur, en dehors, peut-être, de transformer quarante-cinq ans durant les femmes gabonaises en bougeuses de fesses professionnelles à la gloire du bongoïsme le plus immoral!

Et que fait Ali Bongo des langues traditionnelles du Gabon, langues négligées depuis l’indépendance là où, pourtant, d’autres pays africains ont, au moins, établi, aux côtés du français, des langues nationales à même d’assurer la survie d’un esprit purement africain ? Le Rwanda, par exemple, que le Bongo prend comme référence, affirme, en l’article 5 de sa Constitution, que « la langue nationale est le kinyarwanda » et que « les langues officielles sont le kinyarwanda, le français et l’anglais ». Le Rwanda dispense aussi, et ce depuis 2011, la quasi-totalité de ses enseignements depuis la maternelle jusqu’en 4e année primaire en kinyarwanda. Par ailleurs, culturellement, l’usage de l’anglais et du français dans ce pays reste un usage assez subsidiaire face au kinyarwanda, qui demeure la langue du Peuple. Copier, voire même « singer » les autres, c’est bien. Mais encore faut-il savoir ce qu’on copie ou la réalité historico-sociologique sur laquelle les autres ont bâti leur adoption de l’anglais comme l’une des TROIS langues officielles du pays, tout en plaçant l’âme du Rwanda, le kinyarwanda, au-dessus de toutes les langues artificiellement importées.

Dans un pays comme le Gabon ne disposant d’aucune politique de promotion des langues autochtones, un pays qui, par conséquent, perd inexorablement de son patrimoine culturel et sociolinguistique au fil des années car trop tourné vers l’extérieur pour sa consommation et son expression culturelle, on aurait pu s’attendre d’Ali Bongo la démonstration d’un minimum de sursaut national tourné vers l’intérieur, c’est-à dire une vision tendant à la promotion et à l’intronisation des cultures et langues nationales délaissées depuis 45 ans. Mais, quand, à la place, le dictateur national se permet d’accoucher d’une telle énormité, surtout dans un pays déjà incapable du minimum éducationnel vital, il y a comme un problème, il y a comme une biafrerie insupportable, une biafrerie de trop.

Ah bon ! C’est donc de ça que les Gabonais ont besoin aujourd’hui ? C’est ça, désormais, l’urgence première de la politique d’« Emergence » d’Ali Bongo : faire du Gabon un pays bilingue? Un pays bilingue dont le bilinguisme viendra, comme par miracle, effacer toutes les tares bongoïstes qui empêchent le décollage du Gabon depuis 45 ans ?

Donc :

Comme par magie, les 35% de Gabonais qui souffrent de chômage chronique trouveront désormais un emploi grâce au bilinguisme ! Bravo « émergence », maintenant on peut passer aux choses sérieuses : place à l’anglophonie !

Comme par magie, les 5000 logements par an promis il y a trois ans pullulent désormais partout au Gabon : le Gabon a atteint le plein-logement ! Bravo « émergence », maintenant on peut passer aux choses ludiques : place à l’anglomanie !

Comme par magie, les Gabonais ont désormais cessé de fouiller les poubelles de Mindoubé à la recherche de la pitance parmi les rats et les mouches ! Bravo « émergence », maintenant on peut passer aux choses « cool »: place à l’anglophilie !

Je n’ai personnellement rien contre l’anglicisation du Gabon. Je suis même pro-capitaliste et tenant des approches libérales de l’économie qui sont le propre et la force des Anglo-Saxons. Apprendre l’anglais me semble ainsi un choix cohérent, un choix que n’importe quel pays ou citoyen conscient de la mondialisation ne peut manquer de faire à titre individuel en fonction de ses aspirations et dans le cadre d’un système éducatif cohérent. Mais il y a une différence entre reconnaître cette réalité et en faire un fantasme visant au bilinguisme intégral de toute une nation! Pour moi, donc, c’est plus une question de priorité nationale qu’autre chose.

A ce titre, il me semble plutôt indécent que, au moment où le pays est confronté à des crises multiformes—blocage politique, blocage économique, vie chère, génocide humain dans les hôpitaux et génocide mental dans les écoles, avec en sus le désespoir d’un peuple traumatisé attendant des réponses concrètes à ses meurtrissures quadragénaires—le Bongo sorte de son coma vaporeux pour faire de l’anglicisation une priorité nationale. C’est donc avec l’anglais qu’Ali Bongo compte désormais résoudre tous les problèmes de sous-développement chronique qui frappent le Gabon depuis que son père et lui se sont donné pour mission de confisquer la destinée nationale ?

C’est cela qu’on appelle la fuite en avant. C’est aussi ce qui arrive quand un président auto-proclamé n’a nulle part au Gabon d’assise culturelle traçable. Il ne peut comprendre le besoin de la promotion de cultures nationales auxquelles il ne se sent aucunement rattaché ni attaché. Il extériorise tout car n’ayant rien à intérioriser. A la fin, on se rend compte qu’Ali Bongo est véritablement un gros tonneau vide totalement dénué de la substance et de la matrice culturelles qui font la fierté du Gabonais, le vrai Gabonais. Dans sa tête, il n’y a que biafreries.

Il est vrai que certains feront d’Ali Bongo un héros pour avoir voulu, par ce geste, se départir de la domination culturelle de la France en Afrique. Sauf que les Bongo n’ont jamais été des nationalistes. La preuve: aucun nationaliste africain ne peut échanger une langue coloniale avec une autre langue coloniale et présenter cela comme du nationalisme.

J’avais, au départ de cette réaction, voulu me demander quel mouche avait piqué Ali Bongo ; mais je crois finalement que la question la plus adaptée, dans ce cas, est plutôt : « Quel chanvre Ali Bongo a-t-il fumé lors de sa dernière visite à Cuba » ?

A moins, peut-être, que les cigares qu’il a humés lors de sa récente visite de l’usine de fabrication de cigares COHIBA à Cuba n’aient été trop forts pour lui ?

Fait à Montclair, New Jersey (USA), le 6 octobre 2012

Dr. Daniel Mengara
Président, “Bongo Doit Partir-Modwoam”

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA

Home


Tél./Fax.: (+1) 973-447-9763

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here