Alors qu’un juriste de l’ONG Conservation Justice menottait un trafiquant d’ivoire, ses complices sont sortis des fourrés pour le défendre et l’un d’eux a ouvert le feu sur le membre de l’ONG. Un fait déplorable qui ramène à l’urgence du renforcement de la loi sur la protection de la faune, à l’accentuation de la rigueur dans son système d’application mais aussi à l’équipement des agents des Eaux et Forêts, rapporte ce lundi nos confrères de gabonreview.

Selon notre source, les faits se sont déroulés le 24 décembre dernier. En effet, alors que tout le monde s’apprêtait pour le réveillon de Noël, un drame a été évité de justesse dans la province du Woleu-Ntem où un trafiquant de défenses d’éléphant a ouvert le feu sur un agent de l’ONG Conservation Justice, dont les principaux objectifs sont justement d’«identifier des trafiquants notoires ; faciliter leur arrestation ainsi que leur emprisonnement ; aider à leur condamnation et médiatiser les résultats obtenus comme moyen d’information de grand public», en vue de lutter contre le trafic d’espèces et de produits fauniques protégés en Afrique centrale.

Luc Mathot, président de cette ONG, rapporte que «le 24 décembre, les Eaux et Forêts, appuyés par WWF et Conservation Justice ont organisé avec l’aval du parquet du Woleu-Ntem une nouvelle opération de lutte contre le trafic d’ivoire. Cette opération faisait suite à deux autres opérations menées dans la même province (à Bitam le et Minvoul) avec la Police Judiciaire et ayant conduit à l’arrestation de deux trafiquants d’ivoire parmi les plus actifs du Nord Gabon (…) La dernière opération s’est malheureusement mal terminée pour les conversationnistes face à ces criminels organisés. L’absence de la Police Judiciaire dont plusieurs éléments avaient été passés à tabac par des militaires en surnombre et de celle de la gendarmerie qui n’est arrivée sur les lieux que tardivement malgré l’appel lancé par les Eaux et Forêts et le parquet a été préjudiciable.»

Alors qu’embusqués sur le lieu d’un rendez-vous avec un trafiquant, un agent de la Direction provinciale des Eaux et Forêts et un de Conservation Justice, attendant que la situation soit sous contrôle et qu’un autre agent de l’ONG avait finalement entrepris de menotter le trafiquant, deux complices de ce dernier ont surgi de la forêt «pour s’interposer et lutter contre les agents, et surtout de protéger leur trafic et récupérer les 22 kg d’ivoire qu’ils espéraient se partager. L’agent du WWF a pu les faire fuir en les menaçant. C’est durant cette fuite que l’agent des eaux et forêts et son partenaire de Conservation Justice resté en arrière sont venus porter secours et se sont retrouvés malencontreusement face aux braconniers en fuite. Un de ces deux braconniers a directement ouvert le feu sans sommation ni savoir même qui était en face de lui. Il a touché le juriste de Conservation Justice à la jambe.» Dans l’agitation qui a suivi le trafiquant rencardé a réussi à prendre la poudre d’escampette avec une menotte à l’une de ses mains.

Quelques minutes plus tard, les gendarmes qui venaient d’arriver sur les lieux ont enregistré l’abandon, par les braconniers, de deux motos et de 22 kg d’ivoire. Conduit dans une unité de soins de Minvoul puis au centre hospitalier régional d’Oyem, le juriste de Conservation Justice garde le moral. Ses jours ne sont pas en danger et malgré qu’il ait encaissé plus d’une vingtaine de plomb, il a laissé entendre : «j’attends de finir ma convalescence avant d’appuyer à nouveau les autorités dans le suivi juridique des cas liés à la faune. On ne peut tolérer ce type d’impunité dans notre pays».

Pour Luc Mathot, «ce triste évènement montre à quel point les trafiquants et braconniers sont prêts à tout, et confirme le peu de moyens humains et légaux dont disposent les Eaux et Forêts, qui rappelons-le ne portent pas d’armes. Ils sont donc toujours accompagnés des gendarmes ou policiers grâce à une collaboration généralement bonne. Ce manque de réactivité des gendarmes de Minvoul a été une exception qui aurait pu être mortelle (…) le plus important est évidemment la santé de notre juriste. Cette triste affaire montre aussi que ces trafiquants sont prêts à tout et constituent une sérieuse menace. Le Gabon a jusqu’ici été relativement épargné mais il est à craindre que les risques et le trafic s’intensifient comme ça a été le cas pour d’autres pays qui ont perdu de nombreux agents dans cette guerre et pour lesquels l’impunité s’est développer à outrance. Renforcer l’application des lois demeure malheureusement la seule solution pour éviter une aggravation de la situation».

Conservation Justice qui reproduit le modèle développé au Cameroun par LAGA, une autre ONG qui fait ses preuves en matière de lutte contre le trafic d’espèces et de produits fauniques protégés en Afrique centrale (ivoire, peaux de panthère, grands singes…), exhorte depuis un moment le gouvernement gabonais à renforcer la loi sur la protection de la faune et à mettre un peu plus de rigueur dans son système d’application.

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