Bruno-B-MoubLes recalés du bac 2013 : tel pourrait être le titre d’un feuilleton qui alimente la chronique depuis plus d’un mois, avec des épisodes à rebondissement. Le dernier : Antoine Mboumbou Miyakou, nommé, le 27 mai, président de la Commission chargée d’étudier «au cas par cas» le dossier des 894 élèves proposés à la radiation et à l’exclusion, pour falsification des bulletins ou détention des faux bulletins de notes, a obtenu la fin de la grève de la faim de ceux de ces élèves qui protestaient. Pour quelle issue ?

L’ancien président du Conseil économique et social (CES), ancien vice-Premier ministre, ministre et cacique du Parti démocratique gabonais, a fait arrêter la grève de la faim qu’observaient depuis le 15 mai 2013 les élèves pré-recalés par une décision du ministre de l’Education nationale visant à assainir les examens et concours dans le cycle secondaire.

Le ministre de l’Education nationale, Séraphin Moundounga, a pourtant expliqué, dans une note d’information rendue publique le 22 mai 2013, qu’«Après les différents Conseils de discipline, tenus dans chaque établissement en présence d’un Huissier de Justice qui dressait Procès-verbal et des parents d’élèves concernés, 279 élèves ont été autorisés à composer. Il reste 1 371 cas dont 477 élèves ont été rétrogradés en classe de Première (1ère) parce que convaincus qu’ils reprenaient cette classe l’an dernier ; 894 élèves sont proposés à la radiation et à l’exclusion, pour falsification des bulletins ou détention des faux bulletins de notes achetés à l’ex-Gare routière.» Séraphin Moundounga n’a pas manqué d’interpeller l’opinion nationale et d’indiquer à «tous les épris d’une école émergente au Gabon, que cette grave situation des déviances qui affecte le rendement du système éducatif, le niveau de nos élèves, et la crédibilité des diplômes gabonais à l’international, est un phénomène contre lequel on lutte depuis trois (3) ans».

Mais la grève de la faim d’une poignée d’élèves touchés, qu’on aurait facilement pu disperser, et la sortie à leur côté du président de l’Union des jeunes du Parti démocratique gabonais (UJPDG), Vivien Llyod Amos Makaga Pea, semblent, sur l’échelle des valeurs, plus fortes que la nécessité de mettre un terme à une société de la facilité et de la fraude, conformément au vœu d’Ali Bongo qui déclarait, lors de sa prestation du serment présidentiel, qu’il voulait «un Gabon où les plus méritants sont récompensés et où la sanction juste est infligée à ceux qui commettent des fautes». Sinon, comment comprendre ce revirement qui passe pour un lâchage du ministre de l’Education nationale ?

Toutefois, nommé le 27 mai par le président Ali Bongo Ondimba, pour chapeauter la Commission chargée d’étudier «au cas par cas» le dossier des 894 élèves exclus du baccalauréat 2013, Antoine De Padoue Mboumbou Miyakou est descendu sur le terrain, avec Anicette Ovinga et Charles Mba Ovono, respectivement Vice-président et rapporteur de ladite commission, pour décrisper l’atmosphère.

«Le Chef de l’Etat, ayant été saisi par les parents d’élèves et les élèves eux-mêmes au sujet de la situation des élèves exclus du bac, a pris la décision de mettre en place une Commission qui effectuera un travail qui lui permettra, plus tard, de prendre une décision sur ce problème», a déclaré Mboumbou Miyakou avant d’ajouter : «Je suis votre père. On m’a nommé pour travailler en votre faveur. Faites-moi confiance. Rentrez à la maison. Je vais travailler pour vous».

Allongés et épuisés par plus de 14 jours de grève de la faim devant la cathédrale Sainte Marie de Libreville, ces jeunes qui recevaient des soins du Service médical d’aide d’urgence (Samu) sur leurs matelas, ont néanmoins manifesté quelques réticences. Si certains ont opté pour un retour dans leur domiciles, d’autres n’ont pas voulu retourner, voulant au préalable organiser ce vendredi 31 mai, une cérémonie de départ. «Je ne partirai pas d’ici si vous ne quitter pas ces lieux. Sauf si vous pensez que vous faites du spectacle ou que vous croyez qu’il y a d’autres personnes qui détiennent la solution», a menacé l’ancien président du CES.

L’ensemble du groupe reste uni sur leur exigence. Ils souhaitent une étude globale des 2500 dossiers des élèves exclus à la place d’une étude au cas par cas. Le président de la Commission n’a cependant rien laissé filtrer de la méthode qui sera retenue, se contenant simplement d’indiquer qu’il travaillera en faveur des élèves. Oui, en faveur des élèves.

En remerciant le chef de l’Etat pour son initiative, les parents d’élèves et les élèves concernés par ce problème se demandent pourquoi cette mesure n’a concerné que certains apprenants et pas tous ceux qui passent les examens à l’instar du Brevet d’études secondaires. Une raison pour eux de continuer à durcir le ton en attendant les résultats des travaux de la commission qui rendra son rapport dans deux semaines.

Dans Libreville circule une rumeur selon laquelle les travaux de cette commission vont déboucher sur une réhabilitation de tous les candidats recalés. Doit-on donc penser que la grève de la faim est devenue une arme redoutable dans un pays où un autre gréviste de la faim, Roland Désiré Aba’a, avait été déguerpi manu militari en juillet 2011 ? Pour inciser un abcès, n’utilise-t-on pas un bistouri qui fait mal, à l’instar de la décision de Séraphin Moundounga ? Quel exemple va-t-on donner aux autres élèves traine-savates si on venait à réhabiliter tous les recalés, mais surtout quel type de citoyens gabonais veut-on pour l’émergence économique du Gabon ?

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