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Arrestation manquée du directeur du quotidien «L’union»

Presse-libreUne escouade de la Gendarmerie nationale a effectué une descente, le 26 septembre, dans les locaux du quotidien L’union. Il était question d’embarquer, manu militari, le directeur de la publication ou son directeur d’exploitation. Et pour cause : le billet satirique du journal, Makaya, avait, la veille, fait allusion à des malversations financières à la Marine nationale et au Génie militaire.

Le siège du quotidien L’union a été le théâtre d’une invasion de gendarmes dans la matinée du 26 septembre 2013. Pas moins d’une dizaine d’agents de la Direction générale des recherches de la gendarmerie (DGR) y ont débarqué à bord de trois véhicules, dont deux banalisés. De toute évidence, ils étaient à la recherche du directeur de publication, Lin-Joël Ndembet. Celui-ci séjournant actuellement à l’étranger, ce qu’il est convenu d’appeler un commando s’est tourné vers Joël Akouangou, directeur de l’exploitation du titre. Au regard de l’insistance dont ils ont fait preuve et surtout du nombre d’agents déployés, il est indubitable qu’il était pour eux question de l’embarquer. Sinon, la simple remise d’une convocation, ainsi cela se fait habituellement, aurait suffit et n’aurait pas entraîné une mise en scène aussi musclée que s’il s’était agi de l’arrestation d’un dangereux terroriste pouvant s’échapper et disparaitre à jamais dans la nature.

«Sitôt dans les locaux de L’union, les bidasses ont fermé le portail pour ne laisser personne entrer ni sortir. Comme si on se trouvait dans un théâtre d’opérations militaires. Le responsable de la sécurité des lieux s’est rapproché des gendarmes pour s’enquérir de la situation, surtout pour demander de laisser le portail ouvert du fait que de nombreux clients viennent à cette heure de la matinée récupérer leurs journaux. C’était sans compter avec la détermination des gendarmes qui n’ont voulu rien attendre. Il a fallu l’arrivée et «l’intervention» d’un officier de Police qui a conseillé au chef de l’escadrille de laisser le portail ouvert parce qu’une arrestation de ce type ne donne pas lieu à l’utilisation de telles méthodes», raconte un employé de l’administration du journal, avant de poursuivre : «la requête a tout de même été acceptée non sans avoir intimé l’ordre au chef de la sécurité de L’union de leur indiquer où se trouvaient le directeur de la publication et celui de l’exploitation.»

Pendant ce temps et selon des témoignages concordants recueillis sur les lieux, d’autres gendarmes se sont rués au service d’accueil pour procéder à l’interrogatoire de la standardiste. «N’ayant pas été satisfaits des réponses, ils lui ont remis une convocation sur laquelle était mentionné le nom de Joël Akouangou à qui il a été attribué le titre de directeur de la publication», relate un membre de la rédaction du quotidien. Cette confusion dans les attributions n’a pas échappée à la rigueur de la standardiste qui a refusé de valider de sa signature la réception de la convocation, vu que le document n’était pas conforme à l’organigramme du journal L’union, en plus du fait que les gendarmes ne disposaient pas d’un cahier de transmission. «Ce qui laissait transparaître l’abus d’autorité», a estimé le même rédacteur du quotidien.

«Au fur et à mesure que les agents de L’union, notamment les journalistes, arrivaient, les supputations allaient bon train et la question de cerner les déterminismes ayant prévalu à l’envoi de tout un contingent dans les locaux de L’union était sur toutes les lèvres. Sans trop se perdre en conjecture, la réponse était toute trouvée : le billet Makaya de la veille. Celui-ci, en effet, n’est pas allé par le dos de la cuillère pour dénoncer des forfaitures commises par les responsables de la Marine nationale et du Génie militaire», a poursuivi le même témoin.

On pouvait, en effet, lire dans ce billet Makaya : «Jusqu’à présent, on ne dénonçait que les flics ripoux et les gendarmes qui, il faut le dire, ne font aucun effort pour soigner leur image […] alors que les autres corps habillés ne sont pas des enfants de chœur. A preuve, là-bas chez nos soldats de la marine et du génie militaire, il se passe depuis un certain temps beaucoup de scandales financiers. Comme c’est la grande muette, rien ne transpire. Mais les mecs oublient que le Gabon est une maison de verre. Ainsi, le chef des tout de blanc vêtus n’a pas trouvé mieux que de rafler tout le contenu de la caisse destiné pourtant à l’achat du carburant. Et au génie militaire, son pote et classe virait dans son compte personnel tout le budget du génie.» Il n’en fallait donc pas plus pour susciter cette levée de boucliers et la mise en branle, par les concernés, de leurs bras séculiers.

De source digne de foi, une réunion à ce sujet avait été tenue, la veille, à l’état-major de l’Armée et il était question de bousculer la direction du quotidien dans le but d’obtenir le nom du mouchard qui a livré au journal les informations relatives aux malversations financières en allusion dans le billet satirique Makaya. Des méthodes résolument à l’antipode de l’Etat de droit régulièrement vanté par les dirigeants du pays.

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