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Options agricoles du Gabon : Hervé Omva Ovono casse la baraque

stand-idrc-africaLa première foire agricole internationale qu’organise le Gabon aux côtés des modèles africains de l’agriculture que sont le Maroc et le Rwanda, est l’occasion pour Hervé Omva Ovono, leader de l’ONG Initiative développement, recherche conseil Africa (IDRC-Africa), de s’interroger sur l’option gabonaise des fermes agricoles au détriment de l’agriculture paysanne, branche fondamentale pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, la sécurité alimentaire et pour lutter contre la pauvreté. Une interview coup de gueule.

Suite à une réflexion sur les dérives des fermes agricoles, que l’on dit de plus en plus déconnectés du sol et dont le but est bien souvent de produire le plus possible sans considération pour les hommes, le territoire, l’environnement, l’ONG IDRC-Africa, tente, dans cette interview, de tirer la sonnette d’alarme pour que les dirigeants gabonais se ressaisissent et orientent leur politique agricole vers celle-là qui permet à un maximum de paysans à travers le pays, de vivre décemment de leur métier en produisant, sur une exploitation à taille humaine, une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain (économies d’énergie, autonomie du système, biodiversité domestique).

Gabonreview : Comment pouvez-vous définir l’agriculture paysanne et quelle différence comporte-t-elle par rapport aux fermes agricoles ?

Hervé Omva Ovono : L’agriculture paysanne/familiale pourrait se définir comme : une approche globale de l’agriculture, basée sur la polyculture/élevage (sur une ferme ou sur une même zone agricole) et sur 3 dimensions : économiques, sociales et environnementales. L’ambition au départ était de faire vivre le maximum de paysans. Cette agriculture paysanne dont on parle, c’est celle-là, qui met l’être humain au centre de l’un des plus vieux métiers au monde qui est l’agriculture. C’est cette agriculture qui est pratiquée dans nos zones rurales, sur nos lopins de terre et qui permet l’équilibre de ses 6 axes à savoir : Autonomie ; Travail avec la nature ; Limitation des investissements ; Développement de l’emploi ; Qualité et goût des produits ; Inscription dans la vie locale.

Vous savez, vous avez des experts du monde entier qui aujourd’hui soutiennent que nous ne pouvons pas parler du développement durable si l’agriculture n’est pas paysanne à la différence avec les fermes agricoles qui, en réalité, ne répond qu’à un certain environnement bien défini, à des semences bien définies. Ces semences-là ne peuvent pas être vulgarisées en milieu paysan parce qu’elles répondent à un cadre bien défini : la culture sous serre. C’est une culture scientifiquement développée avec une technologie très avancée. Est-ce que vous pensez qu’au Gabon c’est ce dont nous avons besoin ? Nous à l’IDRC Africa nous disons non.

L’option que vous prônez est-elle capable de nourrir convenablement la population gabonaise ?

Cette agriculture est capable de nourrir non seulement les paysans mais la population gabonaise dans sa globalité. Le paysannat promeut un modèle d’agriculture qui met en valeur les territoires dans toute leur diversité agro-écologique grâce au savoir-faire d’agriculteurs nombreux. Il réaffirme la finalité prioritaire de l’agriculture qui est de nourrir les hommes, là où ils se trouvent. Il redonne du sens au commerce entre régions à productions complémentaires, ravive son contenu humanisé et culturel. C’est pour ça que, nous voulons partir aujourd’hui d’une agriculture de subsistance à une agriculture semi-industrielle (paysanne encadrée). Nous pouvons le faire. Aujourd’hui Les Nations unis dans la mise en œuvre des objectifs du millénaire pour le développement soutiennent la culture paysanne.

Qu’est-ce qui vous amène à penser que le Gabon n’a pas besoin du modèle des fermes agricoles pour booster son agriculture et sortir de sa dépendance alimentaire ?

Il est important de faire une cartographie alimentaire du Gabon. Le Gabon est dans un processus de mise en œuvre du PSGE, nous avons plus de 60% de la population qui vit en dessous du seuil de la pauvreté. Les Gabonais vivent mal, mangent mal. L’alimentation des Gabonais se limite au riz, au poulet ou aux ailes de dinde avec une boite de tomate. Mais ce n’est pas ça notre culture alimentaire. Le Gabonais a une culture alimentaire propre à chaque ethnie, propre à chaque province donc cette culture alimentaire, répond à un environnement bien précis. Je vais aller produire la tomate sous serre, je vais produire du poivron, du chou, des carottes, des haricots. Est-ce que c’est ce que mangent les Gabonais ? Je me rappelle au salon de mon grand-père au village il y avait une carte qui était affichée au mur et chaque province était représentée par une spéculation agricole.

La priorité c’est d’abord qu’à Leconi on produit de l’igname, les populations vivent de cela, cette igname qui est produite en quantité et de manière artisanale, comment pouvons-nous faire pour renforcer les capacités techniques, organisationnelles, financières et intellectuelles des producteurs de cette igname à Leconi ? À Lebamba, on produit de l’arachide et du manioc, mais comment ferrons-nous aujourd’hui avec tout ce que nous savons des retombées, des dérivés du manioc, comment pourrons-nous faire aujourd’hui pour produire du manioc quand on sait qu’aujourd’hui, nous avons des variétés d’espèces de manioc ?

Vous attachez du prix au PSGE, que préconise-t-il en matière des priorités agricoles qui, aujourd’hui, semblent ne pas être déroulées ?

En matière des priorités agricoles, le plan stratégique est pourtant clair. Il prend en compte l’agriculture industrielle, semi-industrielle, et le renforcement de l’agriculture paysanne pour en faire une véritable agriculture. Si le PSGE dans sa mise en œuvre a d’abord privilègié la monoculture à travers l’agro-industrie avec Olam et Siat Gabon qui font dans le palmier à huile et l’hévéa, c’est parce que ce sont des grands projets créateurs d’emplois et ces emplois-là génèrent des salaires, donc une économie indépendante qui n’existait pas dans les zones d’implantation de ces industries.

Le choix stratégique dans sa mise en œuvre est clair, maintenant c’est aux dirigeants de choisir le volet qu’il faut. Nous pensons qu’aujourd’hui, l’investissement d’un projet Etat-Privé de près de 9,5 milliards de francs Cfa, est une aberration dans la mesure où après la mise en place des industries de monoculture le tour devait revenir au renforcement des capacités de l’agriculture paysanne. Nous ne pouvons pas être à la place des décideurs politiques qui ont fait ce choix-là, mais nous affirmons que c’est un très mauvais choix stratégique aussi bien sur le plan économique que sur le plan politique.

Pourquoi ?

Parce que déjà l’expérience des grandes fermes, nous l’avons vécu au Gabon, il y a eu le cas de Sogadel, il y a eu Boumango et Souba dans le Haut Ogooué, Agro-Gabon, Hévéa-Gabon, l’Etat a déjà expérimenté ce type de grands projets agricoles qui malheureusement n’a rien donné. Donc pour nous c’est une affirmation, c’est un faux choix économique et politique. C’est une grosse sortie d’argent qui va encore permettre aux fonctionnaires d’acheter des voitures, de détourner l’argent.

Aujourd’hui essayez de voir en Afrique de manière générale et de la zone Cémac de manière particulière, ces différents pays qui sont rentrés dans un processus de révolution agricole mais aucun ne s’est engagé dans le processus de ferme agricole avec Israël comme partenaire. En cinq ans le Rwanda a réussi à améliorer l’espérance de vie de treize ans et est en phase d’atteindre son autosuffisance alimentaire grâce à l’agriculture paysanne sachant qu’il sort d’une guerre civile, la Siéra Léone qui sort également d’une guerre civile est également en phase d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, le Cameroun à côté s’initie encore beaucoup plus dans l’agriculture paysanne que dans les fermes agricoles, donc le choix des fermes agricoles est un très mauvais choix.

Qu’est-ce qui vous dérange dans la politique agricole de l’Etat ? Le choix du partenariat ou le type agricole ?

Vous savez un partenariat, dans un domaine, se fait en fonction des réalités de son pays, alors quel est le point de convergence entre la culture alimentaire israélienne et la culture alimentaire gabonaise ? Ne serait-il pas mieux de créer de partenariat avec le Rwanda voisin avec qui nous nous retrouvons sur le plan alimentaire, dans un même environnement ? Si on nous parle de partenariat avec Israël dans le domaine de la santé, militaire, nous dirons oui, mais s’agissant de l’agriculture nous disons non. A la limite encore avec le Maroc à côté parce que les produits marocains on les trouve et les consomme au Gabon. L’agriculture made in Gabon que nous prônons n’est pas compatible, elle n’a rien n’avoir avec les fermes agricoles. C’est cette agriculture-là qui n’utilise pas les semences OGM, parce que l’idée des fermes agricoles est de nous amener des semences améliorées, mais quelles sont ces semences-là ?

Le Fonds international de développement agricole et Programme des Nations unies pour l’environnement affirment que, «soutenir les petits exploitants agricoles à jouer un rôle plus important dans la production alimentaire et la gestion des ressources naturelles est l’une des façons les plus rapides pour sortir plus d’un milliard de personnes de la pauvreté et nourrir de façon durable une population mondiale croissante», avec l’affirmation selon laquelle, «les Gabonais ne sont pas des agriculteurs», pensez-vous que ce mécanisme puisse fonctionner avec les paysans Gabonais ?

Avec de bonnes conditions d’exploitation et un soutien ciblé, ces agriculteurs souvent négligés peuvent transformer le paysage rural et déclencher une nouvelle révolution agricole durable au Gabon. Je réaffirme que l’agriculture paysanne gabonaise peut nourrir valablement le gabonais si l’Etat met les moyens nécessaire pour que les producteurs bénéficient d’un meilleur encadrement en terme de « formation action », accompagnement en équipement divers et accès aux financements. Pour preuve, il suffit de venir vivre la grande mobilisation des producteurs des neuf provinces du Gabon qui avaient soif de prouver à leur président qu’ils soutiennent sa vision de faire du Gabon un pays émergent, voire la diversité des produits, voir combien les fils et filles du Gabon se battent pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Mais dommage ce dernier n’était pas au rendez-vous, pourtant l’événement était sous sont haut patronage.

Mettez à la disposition de ces Gabonais-là les moyens de renforcer leurs capacités techniques, organisationnelles, financiers et intellectuelles et vous verrez de quoi ils sont capables. Donnez à ceux qui ont la possibilité de planter 2 ou 3 pieds de tomate derrière leur maison, la possibilité de planter 50 pieds de tomate. Si j’avais trois 3 pieds d’atangatiers derrière ma maison, donnez moi la possibilité d’en planter 100 pour que les 97 que je viens d’avoir je puisse les commercialiser. Et quand je les vends, cet argent est directement réinjecté dans la population. C’est avec cet argent que le Gabonais va conduire son enfant à l’école, c’est avec cet argent que le Gabonais soignera son enfant. Et c’est cette agriculture-là qui va contribuer à l’amélioration du PIB.

Quelque soit ce que le politique va nous présenter par rapport au plan stratégique, sur les infrastructures et tout le reste même si c’est bénéfique pour nous, nous ne pourrions pas nous en approprier parce qu’on a faim.

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