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Les déflatés de l’Emergence

exclus-emergence-gabonL’arrivée de l’émergence a fait souffrir et continue de faire souffrir bien de citoyens Gabonais. Dès le début de la transition de 2009, Rose Francine Rogombé et Paul Biyoghé Mba ont coupé les têtes. Avant qu’Ali Bongo ne laisse son tout premier Premier ministre poursuivre sa basse besogne. L’après-Omar Bongo s’est jusque-là transformé en une période de règlements de comptes politiques et personnels au sein de l’administration. C’est l’histoire d’un grand gâchis, qui a culminé avec le sort des membres du gouvernement alternatif d’André Mba Obame….

Le mal n’est pourtant pas si incurable que ça. Et pourtant il perdure. En tout cas, il plonge de nombreuses familles dans le mal-vivre voire le mal-être. S’il paraît inutile de chercher des justifications à travers des exemples venus d’ailleurs, il convient tout de même de remonter à la transition politique consécutive au décès d’Omar Bongo. A cette époque, le président de la République par intérim et le Premier ministre d’alors agissent de concert pour expurger l’administration et les établissements publics de toute personne soupçonnée de collusion avec tout candidat autre que celui du PDG.

«Alors qu’elle ne faisait qu’assurer un intérim, Rose Rogombé a pris sur elle de modifier l’administration en procédant à des nominations sans que cela ne soit justifié par des nécessités de services», dénonce un haut fonctionnaire, poursuivant : «Si on peut admettre que la Constitution lui reconnaît la quasi-totalité des pouvoirs on peut tout de même s’étonner qu’un intérimaire s’empresse de limoger les fonctionnaires en poste comme si celui dont elle assure l’intérim avait installé une administration d’incapables», avant de conclure : «Tout se passait comme si Biyoghé Mba et elle entendaient avoir une administration à leur solde, en ordre de bataille non pas pour organiser l’élection mais accomplir un dessein précis».

En quelque sorte, l’exécutif de transition s’est comporté comme s’il était nouveau et avait reçu mandat du peuple. A chaque conseil des ministres, les nominations pleuvaient, généralement au bénéfice des affidés des deux têtes de l’exécutif d’alors et au détriment d’agents publics réputés ou pour leur indépendance d’esprit ou pour leur sympathie pour les dissidents du PDG. Un constat qui, plus de quatre ans plus tard, continue de susciter des interrogations. «Comment comprendre qu’un président intérimaire dont la mission principale est l’organisation des élections en vienne à se séparer du directeur général des élections en poste», s’interroge un ancien journaliste au quotidien Gabon Matin, qui ajoute : «De quels outils ou quelle maîtrise des arcanes de l’administration centrale peut se prévaloir un président du Sénat pour considérer qu’un fonctionnaire est moins à même qu’un autre pour remplir une tâche». Et de conclure : «En fait, c’est à partir de ce moment que le délit d’opinion a été remis au goût du jour et rendu passible de sanction administrative ou professionnelle». Dès lors, l’engrenage était mis en marche. Il ne s’est plus jamais arrêté.

Une fois Ali Bongo proclamé vainqueur du scrutin anticipé et surtout au lendemain de la reconduction de Paul Biyoghé Mba au poste de Premier ministre, l’opération d’épuration ou de «nettoyage idéologique» va se poursuivre voire s’intensifier. Dans ce registre, le Conseil des ministres du 19 octobre 2009 restera à jamais dans les mémoires comme un modèle du genre. En une nuit et sous l’impulsion d’un Paul Biyoghé Mba tout heureux d’en prendre le contrôle total, toute la haute administration centrale fut décapitée. C’est le fameux «Tsun’Ali», qui hante encore les mémoires. La liste des déflatés de l’émergence ne faisait que commencer à s’écrire.

«Dans ce qu’on peut appeler de façon globale “les déflatés de l’émergence”, il y a plusieurs catégories et toutes ne sont pas logées à la même enseigne», explique un ancien cadre dirigeant d’établissement public toujours en rupture de ban, qui précise : «Il y a notamment deux grandes catégories : ceux qui étaient ouvertement engagés dans des états-majors des candidats à la présidentielle anticipée de 2009 et ceux qui avaient quelques antécédents avec certains nouveaux barons du régime en place. Mais à l’intérieur de ces catégories, l’on pourrait aisément identifier deux sous-catégories : ceux qui étaient en fonction dans des établissements publics et ceux qui étaient des fonctionnaires de l’administration centrale», ajoutant : «Qu’ils aient été employés d’établissements publics ou fonctionnaires, tous ceux qui étaient dans les états-majors des candidats à la présidentielle de 2009 n’ont, pour la plupart, ni retrouvé d’emploi ni été réaffectés». Et d’enfoncer le clou : «Même si certains fonctionnaires conservent les salaires de base, nombreux d’entre-deux ont depuis, comme des cadres d’établissements publics, choisi la débrouillardise, allant parfois jusqu’à s’expatrier ou à s’adonner aux petits métiers».

Rétention de salaires

En apparence, les situations sont donc diverses et contrastées mais, personne n’est dupe. En refusant toute affectation aux fonctionnaires, le gouvernement les prive des différentes primes qui, dans bien des cas, constituent l’essentiel de leurs émoluments. Une tactique dont on a récemment pu mesurer la capacité de nuisance pour une autre catégorie de déflatés : celle constituée par les membres du gouvernement alternatif formé par André Mba Obame, le 25 janvier 2011.

Bien que leurs rappels aient été calculés, ces compatriotes n’y ont curieusement pas eu droit, comme ils n’ont pas droit à leurs salaires depuis un peu plus de trois ans maintenant. Et pourtant, certains parmi eux, notamment Raphaël Bandéga-Lendoye (Premier ministre), le Pr Joseph John-Nambo (ministre de l’Intérieur) ou encore Roland Moutoumbou (ministre de l’Enseignement supérieur) sont toujours aussi assidus à l’Université Omar Bongo où ils dispensent toujours leurs enseignements. Leur tentative de s’en remettre au Conseil d’Etat avec l’ensemble de leurs compagnons d’infortune tels Thierry Nang Ondo (ministre de l’Agriculture), Michel Delbrah (ministre de l’Habitat), Francis Aubame (ministre de la Justice), Marie-Agnès Koumba (ministre des Affaires sociales et de la santé), Paul Marie Gondjout (Ressources naturelles) et Alfred Memine me Zue (Education nationale) sont restées vaines, la haute juridiction administrative prétextant d’un manque de locaux pouvant lui permettre de se réunir en assemblée plénière.

En réalité, la situation de ces compatriotes s’explique mal ou difficilement. Car, selon certaines sources, n’ayant jamais été entendus par un conseil de discipline, ils ne peuvent faire l’objet de sanction. Leurs salaires sont donc débités toutes les fins de mois sans leur parvenir. «Des bons de caisse en leurs noms sont émis mais entassés dans les services de la Solde», confie un fonctionnaire du ministère du Budget, poursuivant : «Ils sont victimes d’une mesure de rétention de salaires qui n’existent pas dans notre droit». Et de s’interroger : «Je me demande où tout ça nous mène et quand est-ce ça va s’arrêter car, il faut bien que ça s’arrête un jour».

Ancienne présidente du Comité de suivi des actes de la Conférence nationale de 1990, Marie-Agnès Koumba ne dit pas autre chose. Cette figure emblématique du débat démocratique au Gabon s’étonne de revivre, près de vingt ans plus tard, une situation qui, jadis, s’était soldée par des dédommagements versés aux fonctionnaires injustement sanctionnés. «Je ne comprends pas qu’on revienne à ce type de choses», lâche-t-elle. Qui a dit que l’histoire ne pouvait s’écrire à rebours ?

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