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Lettre à Alexis Bengone

Alexis-BengoneFortement controversé, le parachutage d’Alexis Bengone, par son père Jean Eyéghé Ndong, à la tête du 2è arrondissement de Libreville, a conduit un militant de l’Union nationale (UN), le fameux parti d’opposition prohibé au Gabon, à envoyer à Gabonreview le libre-propos ci-après. L’auteur s’interroge, s’indigne et suggère un acte salvateur au concerné, membre lui aussi de l’UN. Des enseignements à en tirer.

Mon cher Alexis,

C’est un homme aussi en colère que déçu qui t’écrit. En colère parce qu’il constate aujourd’hui que, par ta faute, l’opinion tend à dresser un parallèle aussi hasardeux que nuisible entre le PDG et l’Union Nationale. Déçu de constater que tu ne sembles point prendre la mesure de la polémique qui grandit et qui est née à la suite de ta nomination comme maire du 2ème arrondissement de Libreville. Tout le monde sait que c’est grâce à l’aura et la popularité de ton père que tu as pu accéder à cette fonction certes élective alors que tu ne figurais qu’en 10ème position sur la liste aux dernières élections locales. Mieux que quiconque, tu dois savoir que Jean Eyéghé Ndong, ton illustre père, a toujours été accusé par ses détracteurs d’avoir bénéficié de sa parenté avec feu le président Léon Mba pour devenir Secrétaire d’Etat, Ministre Délégué puis Premier ministre. Mieux que moi, tu dois savoir combien il a dû batailler pour que son appartenance au clan Essokè, et à la famille du premier président de la République du Gabon ne deviennent pas pour lui un handicap dans le combat qu’il mène pour un Gabon libre, démocratique et prospère, un Gabon où seul le mérite prime. Oui, le mérite. Un Gabon pour tous.

Dès lors, tu comprendras qu’il est difficile pour moi de voir tous ses efforts, son engagement, ruinés pour tes seuls intérêts personnels. Surtout que, je sens la colère de sa base monter et je vois déjà poindre le spectre d’un rejet brutal de la part de populations qui hier ont adulé notre Eyéghé Ndong national. Souviens-toi, cher Alexis, de Paul Mba Abessole… Souviens-toi de la manière avec laquelle il s’est déconsidéré et de l’indifférence qui entoure désormais ses sorties publiques, sa personne même. Mais, qu’est-ce qui me choque aussi profondément dans cette affaire ?

Je tairai le fait que ton père s’était, à la face du monde, vivement opposé au désir exprimé par Ali Bongo de devenir président de la République au seul motif qu’il est le fils supposé d’Omar Bongo. Tu ne vas me dire que tu as oublié cela ou que tu acceptes que ce discours historique prenne désormais des allures de supplique d’une femme trompée ou de simple coup de folie. Tu n’as pas le droit de faire cela !!! Le 2ème arrondissement n’est, comme le Gabon, pas un legs. Tu ne me feras pas croire que tu maîtrises le contenu de « Libreville pour tous » mieux que Georges Betrand Bekalé, Crépin Ebé Mba, Alain Okoué Ndong, Christine Bourobou, Marcellin Eworo Bekalé et j’en passe.

Je te conseille avant toute chose de prendre le temps de méditer sur le sens et la portée de ta présence à la tête de la mairie du 2ème arrondissement de Libreville. Moi qui milite à l’Union Nationale depuis sa création, moi qui ai perdu mon emploi pour avoir rêvé d’un Gabon meilleur, moi qui connais presque chaque mètre carré du 2ème arrondissement de Libreville, j’aurai moins le droit de décider de l’avenir de mon arrondissement que toi. Pour quelles raisons ? Pour quelles raisons passes-tu avant Georges Betrand Bekalé et Crépin Ebé Mba ? Pour quelles raisons Christine Bourobou ne peut-elle pas figurer dans le bureau du Conseil municipal du 2ème arrondissement ? Tu comprendras que je suis scandalisé de voir mon arrondissement remis entre tes mains par un tour de passe-passe un peu bancal. Tu admettras que je suis outré de voir combien tu limites les ambitions de Jean Eyéghé Ndong pour notre pays et te refuses à l’aider à voir au-delà de son fief politique. Pire encore : tout ceci donne l’impression que tout ce qui t’importe en l’espèce est de sortir de la précarité financière et matérielle dans laquelle t’a plongée ton limogeage de la fonction de directeur général des Affaires consulaires pour avoir battu campagne en 2009 pour ton père.

Alexis, si j’ai bien compris, ton père vient de te trouver un boulot. Mais, qu’en est-il des autres qui ont été à ses cotés ? Que dis-tu à tous tes compagnons de l’Union Nationale qui ont été mis dans la rue pour avoir suivis ou Eyéghé Ndong ou Myboto, ou Oyé Mba ou Mba Obame en 2009 ? , Trouves-tu qu’il n’y a vraiment rien de choquant là-dedans ? Alors avec tout ça, tu comprendras que je sois vraiment dégoûté. Dégoûté de la politique ; dégoûté des discours qui parlent du «mérite», du «Gabon pour tous» et qui ne donnent pas les mêmes droits à tous. C’est pour tout ça que je t’invite à démissionner de ta charge de maire du 2ème arrondissement de Libreville afin de permettre de reconstituer un bureau plus conforme aux engagements de Jean Eyéghé Ndong et à la stature que son courage lui a donnée.

L’argument selon lequel tu serais «le plus instruit» sur cette liste ne tient pas. En tant que fils de ton père et cadre de l’Union Nationale, on attendait de toi de l’exemplarité. Tu entaches l’image de ton père et du vice-président de l’Union Nationale, ton parti, notre parti. Nous sommes des milliers à n’avoir pas hérité d’un fief familial, à chercher à mériter notre place au sein de l’appareil et la scène politique nationale par la seule force de notre travail, la constance de nos convictions et notre engagement sur le terrain. En acceptant ce poste, tu reproduis le pire des systèmes : celui d’un autre âge, celui de nos adversaires politiques amateurs et émergents, celui d’une politique de la rente, où l’on distribue les titres. L’Union Nationale doit être exemplaire à l’égard des Gabonais. Nous devons servir et non nous servir. Et rien d’autre. J’en termine là en te demandant de nouveau de renoncer au poste de maire du 2ème arrondissement. Tu dis que tu n’es pas Ali Bongo. Prouve-le en refusant de perpétuer le népotisme que nous combattons.

Je te remercie et te prie de recevoir, cher Alexis, cher Compagnon, l’expression de mes salutations amicales.

Ildevert Mackanga,

Militant de l’Union Nationale

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