Sorti de son 1er conclave, le 2e gouvernement Ona Ondo pose pour la postérité. © DCP
Sorti de son 1er conclave, le 2e gouvernement Ona Ondo pose pour la postérité. © DCP
Entouré d’une pléthore d’établissements publics et d’entités publiques ou privées diverses, il détient l’essentiel du pouvoir exécutif, mais met systématiquement en accusation le gouvernement. Que veut Ali Bongo ?

Pas assez imprégné des éléments programmatiques censés être déclinés à travers le Plan stratégique Gabon émergent ? Toujours… Laxiste ? Généralement…. Incompétent ? Quelquefois… L’incapacité à prendre la mesure des enjeux et à impulser une dynamique pour y faire face serait, à en croire une presse bien-pensante, la raison de l’éviction des certains ministres. Respectivement en charge de la Prévoyance sociale et de la Solidarité nationale, de la Santé ainsi que de la Fonction publique, de la Réforme administrative et de la Modernisation des cadres juridiques institutionnels, ces personnalités paieraient «cash» le fait de n’avoir pas su initier des réformes présentées comme essentielles pour l’amélioration des «conditions de vie des Gabonais».

Ainsi Brigitte Anguilé Mba n’aurait pas été capable de traduire en actes les recommandations des Assises sociales d’avril dernier, Fidèle Mengue m’Engouang aurait fait preuve de laxisme dans la mise en œuvre du plan de prévention contre le virus Ebola cependant que Serge-Maurice Mabiala aurait été dépassé par l’entrée en vigueur de la Prime d’incitation à la performance (PIP). Si les raisons avancées semblent beaucoup plus précises cette fois-ci, chaque remaniement gouvernemental ravive ce cliché selon lequel les ministres ne sont pas à la hauteur, qu’il y aurait eu des «erreurs de casting». Au lendemain de la publication du gouvernement Ona Ondo 2, la vieille rengaine est de retour. «J’ai déclaré en janvier dernier que le gouvernement n’aurait ni apprentissage ni état de grâce. Ce n’était pas des paroles en l’air», lance le président de la République sur son compte Facebook, avant de prévenir que s’il «constate que le train des réformes se trouve ralenti, que l’amélioration des conditions de vie des Gabonais ne s’accomplit pas au rythme soutenu (qu’il a) imprimé, (il prendra) les mesures qui s’imposent».

Peu lui importent les commentaires raillant le fait qu’il donne l’impression d’admettre que, dans certains cas, le gouvernement peut être un centre de formation ou un lieu «d’apprentissage». Peu lui chaut le fait qu’il laisse le sentiment de ne pas avoir confiance dans le gouvernement, d’envisager dès à présent un échec et, finalement, de se défausser par avance sur Daniel Ona Ondo et ses ministres. D’une limpidité cristalline, cette stratégie n’échappe à personne : Ali Bongo veut apparaître comme un visionnaire, un incompris en avance sur son temps et dont les échecs ne peuvent qu’être la conséquence des manquements des autres, de l’incapacité de son entourage à se mettre au diapason. Depuis 2009, le président de la République a fait sienne cette posture, mélange de victimisation et de bouc-émissarisation. Si le legs d’Omar Bongo Ondimba et le «délit de patronyme» ont bon dos, sa gouvernance y a pourtant ajouté une présidentialisation à marche forcée et une inédite concentration de pouvoirs entre les mains de consultants et fonctionnaires irresponsables, notamment devant l’Assemblée nationale.

Sacrifices expiatoires

Nos institutions sont ainsi faites que le Premier ministre et le gouvernement ont vocation à servir de fusibles, de paratonnerre. En son temps, Omar Bongo Ondimba avait déjà dénoncé ce «gouvernement de coma» conduit alors par Jean-François Ntoutoume Emane. Il n’en avait, pour autant, pas pris prétexte pour modifier l’équilibre institutionnel et créer des entités rattachées à lui. Alors qu’il a déjà vécu pareille situation, Ali Bongo reprend cette rengaine à sa façon, dénonçant l’inefficacité du gouvernement sans tenir compte du fait que l’effectivité du pouvoir se trouve à la présidence de la République. Bien entendu, il peut toujours arguer de ce que le gouvernement conserve la tutelle sur l’administration centrale et le pouvoir d’initier des textes législatifs et réglementaires. Mais, entre des ordonnances adoptées sans que l’urgence ne soit motivée et le rapport de forces politiques, personne n’est dupe : chacun sait qu’avec le Bureau de coordination du suivi et d’évaluation du Plan stratégique Gabon émergent, l’Agence nationale des grands travaux (ANGT), les multiples établissements dont les responsables n’en réfèrent qu’à lui et, pourquoi pas, la Fondation Sylvia Bongo Ondimba, les politiques publiques sont conçues et mises en œuvre depuis le présidence de la République.

Face à la tiédeur des résultats, Ali Bongo avait le choix entre faire payer aux initiateurs et artisans réels de la mise en œuvre des projets le prix de leur dilettantisme et de leur improvisation ou accepter la logique institutionnelle à laquelle il n’aurait jamais dû déroger en liquidant les entités qui gravitent autour de lui afin de rendre au gouvernement la plénitude de ses pouvoirs. Au lieu de cela, il se livre à des sacrifices expiatoires en limogeant des ministres accusés d’inefficacité tout en conservant l’essentiel des leviers d’action. En espérant donner un second souffle à une dynamique qui n’a jamais paru porteuse, le président de la République a tenté un coup en donnant un caractère politique à un remaniement qui aurait dû être technique. Une gageure dans la circonstance actuelle : qui a oublié que la Stratégie d’investissements humain résulte des conclusions d’un rapport commandé par la FSBO au cabinet Mc Kinsey, que les Assises sociales d’avril dernier, avec en vedettes américaines Joachim Chissano et Mohammed Yunus furent organisées par la présidence de la République, que la grille de répartition de la PIP est l’affaire des ministères financiers (Budget et Economie) et surtout que la suppression des fonds communs fut annoncée par… le président de la République ?

«Bouc-émissarisation»

Sauf à ramener la fonction de ministre au rang d’exécutant, qui peut réellement blâmer Brigitte Anguilé Mba de n’avoir pas hâté l’adoption d’instruments réglementaires relatifs à des orientations dont elle n’était pas l’initiatrice, qu’elle découvrait en même temps que le commun des Gabonais et qui semblent tomber comme un cheveu dans la soupe ? Sauf à considérer que la rémunération des fonctionnaires se résume en une opération de codification qui peut comprendre que Serge-Maurice Mabiala succombe alors que Christian Magnagna et Christophe Akagah Mba sont maintenus ? Sauf à éluder la réalité, comment expliquer que Fidèle Mengue m’Engouang soit limogé alors que le plan d’urgence contre le virus Ebola n’est pas encore à sa phase prophylaxique ?

Peut-on être ministre sous Ali Bongo sans être un jour victime de bouc-émissarisation ? Le gouvernement Ona Ondo 2 compte en son sein des ministres qui ont survécu à toutes les épreuves. Est-ce dire pour autant qu’ils n’ont jamais été court-circuités ? Est-ce à dire qu’il ne s’est jamais trouvé un fonctionnaire ou un consultant tapi à la présidence de la République pour initier des mesures en leurs lieux et places ? Est-ce à dire qu’ils n’ont jamais été livrés à la vindicte de l’opinion pour des choses dont ils n’étaient pas les initiateurs ? Si depuis 2009, le pouvoir et la longévité des ministres sont allés se réduisant, on doit admettre qu’ils n’ont jamais été placés en situation de faire leurs preuves. En 5 ans, Blaise Louembet en est à son 4è maroquin et Régis Immongault au 3è. Seuls Magloire Ngambia et Séraphin Moundounga ont très peu bougé. Mais, si l’on intègre le fait qu’ils ont occupé des ministères à rallonges sous Raymond Ndong Sima, on arrive à la conclusion que rien n’est fait pour permettre aux ministres de donner la pleine mesure de leurs capacités.

Dans la pratique politique gabonaise, la gouvernance d’Ali Bongo et les relations qu’il a instaurés entre la présidence de la République et le gouvernement ont quelque chose de curieux : alors que de nombreux membres du cabinet présidentiel voire des fonctionnaires de la présidence de la République ont pu faire leur entrée au gouvernement, jamais un ancien ministre n’a rejoint l’équipe présidentielle. Cette relation à sens unique a fini par donner l’impression que, pour les proches du président de la République, l’entrée au gouvernement préfigure souvent une déchéance à venir. De quoi instruire les ministres sur leur poids réel. De quoi tétaniser les anciens collaborateurs du président de la République qui entrent au gouvernent. «Le meilleur gouvernement est celui d’un seul chef», disait Saint Thomas d’Aquin. On n’ose pas penser qu’Ali Bongo y croit. Au risque de donner raison à Jean Ping….

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