Dr. Daniel Mengara, Président du mouvement "Bongo Doit Partir - Modwoam"
Dr. Daniel Mengara, Président du mouvement “Bongo Doit Partir – Modwoam”

L’opposition, et partant, le peuple burkinabè, doivent rejeter toute idée de transition militaire au Burkina Faso. Ils doivent exiger une transition civile.

Il y a, pour cela, plusieurs arguments de taille :

1) La chute du dictateur Blaise Compaoré est le résultat, non pas d’un coup d’Etat militaire, mais bel et bien d’un acte insurrectionnel du Peuple burkinabè. Ce Peuple a obtenu par la force démocratique de la rue, donc de l’insurrection, ce qu’il ne pouvait obtenir par la force démocratique des urnes. Cet acte suprême du Peuple burkinabè, cette belle victoire du Peuple se rétablissant dans sa souveraineté et dans sa dignité, ne saurait se retrouver édulcorée, profanée, puis galvaudée par une transition militaire. Remplacer le militaire qu’était Blaise Compaoré par le militaire qu’est le lieutenant-colonel Isaac Zida Yacouba constitue une inacceptable remise en cause, une flagrante violation, de la souveraineté désormais affirmée du Peuple burkinabè.

2) Les transitions militaires ne mènent que très rarement à des résultats démocratiques, surtout en Afrique. Cela tient non seulement du manque d’éducation républicaine des militaires africains, dont beaucoup, dans des régimes de dictature comme celui de Blaise Compaoré, sont généralement cooptés, non pas pour leur fidélité à la République, mais pour leur fidélité à un homme. En somme, on ne peut donner mission à des maquisards sans éducation républicaine de transformer un régime de dictature en un régime de démocratie. Des militaires maquisards ne sauraient en aucun cas repenser la République. Ceci est la tâche des civils et, surtout, des intellectuels.

3) La configuration actuelle de ce qui a été proposé comme transition militaire par les militaires au Burkina Faso ne dit déjà rien qui vaille. Les obscurs contours qui, par exemple, ont permis de passer de la possible prise de pouvoir du général à la retraite Kouamé Lougué (dont les manifestants scandaient encore le nom lors des émeutes du 30 octobre) au chef d’Etat-Major le général Nabéré Honoré Traoré se déclarant « chef de l’Etat », avant d’être à son tour « évincé » par un “vote unanime” des chefs de l’armée plaçant à la tête de l’Etat l’obscur numéro 2 du régiment de sécurité présidentielle de Blaise Compaoré (le lieutenant-colonel Isaac Zida Yacouba), constituent, à n’en point douter, une entourloupe politique qui cache, au moins, deux cas de figure :

  • a) Le premier cas de figure serait une possible conspiration au sein de l’armée plaçant à leur tête le plus sanguinaire d’entre eux, c’est-à-dire celui qui n’hésiterait pas à tirer sur les foules pour « rétablir l’ordre » ; cet « ordre » à rétablir ne manquerait donc pas d’organiser, par la suite, la protection des intérêts de ceux qui, dans le corps militaire comme au sein de la classe politique, ont été les plus gros complices de la meurtrissure du pays sous Blaise Compaoré.
  • b) Le second cas de figure, potentiellement complémentaire du premier, serait une possible « reprise en main » du Burkina Faso par la Françafrique—comprenez la France—qui opérerait là le retour du Burkina dans le giron françafricain après que le pouvoir aura, le temps d’un léger flottement de 24 heures, failli échapper aux militaires. Il n’est un secret pour personne que la Françafrique n’a jamais mieux fonctionné que dans les contextes où des régimes impopulaires, souvent militaires ou de minorité ethnique, dépendraient du soutien militaire et politique de la France pour se maintenir au pouvoir. Sous cette équation, un régime propulsé au pouvoir de manière inattendue par une insurrection du Peuple (comprenez de manière non préparée, prévue ou sanctionnée par la France françafricaine) est forcément un régime susceptible d’échapper au contrôle de la France. La France, on peut le comprendre, ne saurait laisser des pays aussi stratégiques que le Burkina Faso échapper à son contrôle. Ceci parce que la France, à tort ou à raison, mais certainement plus à tort qu’à raison, a toujours vu toute idée de démocratie en Afrique comme un processus menant forcément à sa perte de contrôle. Dans ce contexte, tout régime qui ne dépendrait pas de la France, mais du Peuple, pour son maintien au pouvoir serait, par essence et automatiquement, un régime que la France ne pourrait directement contrôler. Ce scénario de l’inattendu a déjà été vu en Côte d’Ivoire avec la venue au pouvoir de Laurent Gbagbo. On sait ce qui est advenu de ce régime « inattendu » par la suite : un recadrage militaire a été opéré et avec lui, un contexte de dépendance politique et militaire du nouveau régime ivoirien réaffirmé.

En gros, ce sur quoi l’opposition burkinabè doit insister, dans les toutes prochaines et cruciales 48 heures, c’est :

  • a) La nomination immédiate à la tête de l’Etat, et ce suite à des pourparlers au sein de la classe politique, d’un civil n’ayant aucune attache avec le régime sortant, civil qui devra ainsi présider à une transition constituante qui aura pour mandat de résoudre, une bonne fois pour toutes, la crise démocratique burkinabè de manière permanente et durable ;
  • b) Une fois cette nomination opérée et la nouvelle autorité civile affirmée, le retour immédiat de l’armée aux casernes, mais aussi la reconversion immédiate de l’armée en armée républicaine dont le rôle de neutralité républicaine devra être limité au maintien de l’ordre et à la sauvegarde de la République.

La présence permanente du Peuple burkinabè dans les rues jusqu’à satisfaction totale des ces deux points sera, probablement, le seul acte qui puisse, aujourd’hui, éviter le retour à un régime militaire qui ne manquera point, françafrique aidant, de rétablir l’ordre ancien sous des apparences nouvelles. Pour le Peuple burkinabè, tous ces sacrifices n’auraient, dès lors, servi à rien.

Il s’agira par la suite de tout simplement s’atteler à rassurer la France françafricaine tout en l’enjoignant à changer, pour une fois, de paradigme quant à sa conception rétrograde de la démocratie en Afrique : la démocratie ne saurait continuer à être vue comme un « luxe » pour les Africains ; elle n’est pas non plus automatiquement synonyme de rupture des liens historiques qui unissent la France à l’Afrique. Tout ce que les Africains francophones cherchent aujourd’hui, ce sont, d’une part, des régimes capables de répondre à leurs aspirations fondamentales en matière de démocratie, donc de gestion responsable et de bien-être pour tous, et, d’autre part, des partenariats avec l’ancien maître colonial qui soient garants du bonheur et de la dignité des peuples.

Dr. Daniel Mengara
Président du mouvement « Bongo Doit Partir – Modwoam »
P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél. : 973-447-9763
Site : http://www.bdpmodwoam.org

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