danielmengaraLe Dr. Daniel Mengara, universitaire enseignant aux Etats-Unis et activiste politique, président du mouvement “Bongo Doit Partir – Modwoam”, répond, dans le texte ci-dessous, à la déclaration faite au peuple gabonais le 12 janvier 2015 par son Excellence Cynthia Akuetteh, ambassadeur des États-Unis au Gabon et à Sao Tomé et Principe. Ce texte en français est traduit de la version anglaise. Les liens vers les documents PDF en versions française et anglaise sont en bas de la page.


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Réponse du Dr. Daniel Mengara à Son Excellence Cynthia Akuetteh, Ambassadeur des États-Unis au Gabon et à Sao Tomé et Principe

(Texte traduit de l’anglais, le 16 janvier 2015)

Excellence:

D’abord, permettez-moi, en mon nom personnel et au nom du peuple gabonais, de vous souhaiter la bienvenue en notre pays et vous féliciter pour votre récente nomination en tant que nouvel ambassadeur des États-Unis à la fois en République gabonaise et en République démocratique de Sao Tomé et Principe.

Mais permettez-moi également, Madame l’ambassadeur, d’exprimer non seulement l’outrage de la communauté gabonaise expatriée vivant aux États-Unis, mais aussi l’indignation du peuple gabonais dans son ensemble quant aux remarques très troublantes que vous avez faites dans votre déclaration au peuple gabonais du 12 janvier 2015. En tant qu’intellectuel et professeur enseignant dans une université américaine, mais également en tant qu’activiste président du mouvement en exil « Bongo Doit Partir », un mouvement qui, au cours des 16 dernières années, a été actif dans la lutte contre le régime despotique de la famille Bongo, je considère votre déclaration à la fois comme inacceptable et inquiétante. Votre déclaration, je le crains, sera, au final, perçue par beaucoup comme une mauvaise plaisanterie, et peut-être même comme une insulte vis-à-vis d’un peuple gabonais qui a été, au cours des 47 dernières années, aux prises avec l’infâme dictature de la dynastie des Bongo. Je dois par conséquent exprimer ici, respectueusement, mais aussi de façon véhémente, mon désaccord quant à l’analyse que vous faites de la situation politique au Gabon.

Ainsi :

Lorsque votre Excellence affirme que « les Etats-Unis condamneront fermement toute tentative de changement de gouvernement par des moyens extra-constitutionnels », et que « les appels à une insurrection ou à la violence sont répréhensibles et inacceptables », il est de ma sincère conviction que vous et vos conseillers n’avez pas pleinement pesé l’impact négatif que de telles déclarations peuvent avoir sur les aspirations du peuple gabonais à un système politique à même de défendre et promouvoir les valeurs de démocratie et de droits humains qui lui échappent depuis l’arrivée au pouvoir de la famille Bongo en 1967.

Pire encore, dans votre déclaration, vous niez essentiellement au peuple gabonais un droit fondamental qui, paradoxalement, est inscrit dans la « Déclaration d’indépendance » américaine, une déclaration qui a été le fondement même de l’héritage politique américain depuis 1776 ; autrement dit, une déclaration qui à juste titre affirme le principe universel selon lequel « tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la poursuite du Bonheur. Que, pour garantir ces droits, les Gouvernements sont établis parmi les Hommes, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés, et que toutes les fois où une Forme de Gouvernement devient destructrice de ce but, il est du droit du peuple de le modifier ou de l’abolir, et d’établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l’organisant en la forme, qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la Sûreté et le Bonheur ».

Certes: vous vous opposez aux « moyens extra-constitutionnels » que peut utiliser un peuple comme celui du Gabon pour changer son gouvernement, Madame l’ambassadeur, mais, sûrement, ne devriez-vous pas, au préalable, définir le type de constitution et le type de pays dont vous parlez? Assurément, vous ne croyiez tout de même pas une seule seconde que le Gabon fût une démocratie construite sur la base d’un contrat constitutionnel résultant d’un consensus national, n’est-ce pas? Dès lors, qu’est-ce qui, selon vous, est plus « extra-constitutionnel »: un régime comme celui des Bongo qui change la constitution selon ses humeurs pour assurer sa survie au pouvoir ad vitam aeternam, ou un peuple comme le nôtre qui cherche tout simplement à rétablir ces droits universels et inaliénables à la vie, aux opportunités, à la liberté, à la justice et au bonheur que la Constitution actuelle a restreints, limités, puis, finalement, détruits? Avez-vous jamais vraiment pris le temps de lire la Constitution gabonaise, Madame? Pouvez-vous la lire et puis regarder ensuite le peuple gabonais dans les yeux et affirmer encore que vous, en tant que citoyenne américaine, seriez satisfaite de vivre sous un système juridique/politique qui permet à la même famille, au même clan, de diriger potentiellement votre pays pendant 70 ans ou plus dans un contexte où vous, en tant que citoyenne, n’avez aucune possibilité constitutionnelle ni juridique de changer votre gouvernement par le biais d’élections libres, transparentes et démocratiques?

Je me demande encore, Madame l’ambassadeur, si vous avez effectivement pris un peu de votre temps pour lire les rapports sur les droits humains qui sont publiés chaque année par le Département d’Etat dont relève votre ambassade? Dans ces évaluations, le Département d’Etat a toujours, année après année, exactement comme il le fait dans son plus récent rapport de 2013, décrit le Gabon comme un pays caractérisé par « l’utilisation excessive de la force par la police; un système judiciaire inefficace soumis à l’influence du gouvernement; des restrictions sur la vie privée et la presse; le harcèlement et l’extorsion des immigrants et réfugiés africains; la corruption généralisée du gouvernement; la violence contre les femmes; la discrimination sociétale contre les femmes, les non-citoyens africains, les pygmées et les personnes vivant avec le VIH/SIDA; la traite des personnes, en particulier des enfants; et le travail forcé des enfants ». Le rapport va même jusqu’à affirmer que « la constitution et la loi interdisent les arrestations et détentions arbitraires, mais le gouvernement n’a pas toujours respecté ces interdictions. Les forces de sécurité ont arrêté arbitrairement des étudiants et des immigrants clandestins au cours de l’année » et que « le gouvernement a suspendu plusieurs journaux et stations de télévision » et n’a pas « toujours respecté le droit aux réunions pacifiques ».

Ceci vous semble-t-il être, Madame l’ambassadeur, un pays dans lequel vous aimeriez vivre, un pays dont vous seriez fière de dire que vous êtes ressortissante, un pays auquel vous feriez confiance pour organiser des élections libres et transparentes qui refléteraient le droit du Peuple à choisir et à changer librement son gouvernement? Et, en ce qui concerne le déni du « droit aux réunions pacifiques », dois-je vous faire remarquer que, aussi récemment que ce 20 décembre 2014, le régime Bongo a froidement abattu un étudiant et grièvement blessé un certain nombre d’autres citoyens qui avaient essayé de protester pacifiquement lors d’un rassemblement dans le quartier Rio à Libreville? Comme les médias l’ont pleinement démontré, cette attaque non provoquée du gouvernement sur des manifestants pacifiques et désarmés a été faite de façon préventive, c’est-à-dire que les manifestants ont été violemment dispersés par la police avant même qu’ils n’aient eu la possibilité de s’assembler, et avant même qu’ils n’aient pu se livrer à quelque acte répréhensible que ce soit, conduisant ainsi à des affrontements qui ont abouti à l’assassinat par balle de l’étudiant Bruno Mboulou Beka et à l’arrestation de plusieurs manifestants qui, en conséquence, sont devenus des prisonniers politiques, des prisonniers d’opinion, des prisonniers de conscience. En d’autres termes, ces heurts et ces drames ne sont survenus que suite à la répression et à la provocation gouvernementale, rien d’autre. Et dois-je mentionner les journalistes Jonas Moulenda et Désiré Ename, qui ont dû fuir le pays récemment et rechercher l’asile à l’étranger par crainte de la persécution gouvernementale?

Le peuple gabonais, Madame l’ambassadeur, ricanera certainement suite à votre affirmation selon laquelle « le Gabon a longtemps été un modèle de stabilité dans une région fragile » et « le peuple gabonais est fier de cet héritage ». Vraiment, Madame l’ambassadeur? Qu’il soit dit ici, cependant, que je prends quelque peu confort dans le fait que vous n’ayez point qualifié le Gabon de « modèle de stabilité DEMOCRATIQUE dans la région ». Cela fait une grande différence. Je suis sûr que la Libye, la Syrie, la Tunisie, l’Egypte et le Burkina Faso étaient également des « modèles de stabilité » dans leurs régions, mais les États-Unis ont néanmoins soutenu le renversement des dictateurs qui avaient pris en otage ces pays. On peut se demander pourquoi. Aujourd’hui, la Chine, la Russie, et bien d’autres dictatures tueuses de démocratie sont également des « modèles incontestés de stabilité », mais doit-on supposer, Excellence, que vous vous opposeriez aux tentatives des citoyens de ces pays de renverser les constitutions et institutions qui ont été conçues pour les maintenir sous le joug du despotisme et de l’injustice?

Et lorsque vous ajoutez, plus loin, Madame l’ambassadeur, que « tout changement politique devrait être fait par des voies démocratiques » et que « le Gabon organisera des élections en 2016. Ceux qui aspirent à diriger le Gabon dans la prochaine phase de son histoire devront se concentrer sur le processus électoral et se préparer à la compétition sur la base d’une vision positive pour l’avenir et le respect des lois gabonaises et des normes internationales de transparence », je me demande si vous n’avez point là quelque peu outrepassé votre rôle? Mon humble sentiment est que ce n’est probablement pas votre prérogative de dicter au peuple gabonais quelle procédure ils doivent utiliser pour changer leur gouvernement dictatorial. Une chose est, en effet, de plaider pour la paix et le dialogue comme le commande l’étiquette diplomatique—et personne ne vous le reprochera—une autre est, par contre, de devenir essentiellement un défenseur complice du statu quo en enfonçant avec force dans la gorge du peuple gabonais une ligne propagandiste qui a été utilisée pendant 47 ans par le régime Bongo dans le but de maintenir le statu quo de sa dictature sur la nation!

Il me semble, Madame l’ambassadeur, que la Constitution que vous demandez au peuple gabonais de respecter est la même constitution qui, en fin de compte, forcera inéluctablement le peuple gabonais à rechercher ces « moyens extra-constitutionnels » auxquels vous semblez vous opposer. Lorsque vous prendrez le temps de quitter votre bureau et de parler à l’homme et à la femme gabonaise dans la rue, vous vous rendrez vite compte que personne ne croit au Gabon que le gouvernement puisse être changé par le biais des élections. L’homme et la femme de la rue vous diront qu’ils ne croient pas dans le processus électoral parce que la constitution gabonaise ainsi que l’arsenal électoral mis en place par le clan Bongo sont faits sur mesure pour assurer la permanence du régime des Bongo.

L’histoire politique du Gabon, Madame l’ambassadeur, vous dira encore que de 1968 à 1990, le Gabon a traversé un système de parti unique non démocratique qui, pendant 22 ans, a soutenu la dictature d’Omar Bongo sur le pays. Lorsque, entre 1981 et 1990, des activistes politiques locaux et en exil du MORENA (Mouvement de redressement national) ont courageusement commencé à demander le changement démocratique par l’intermédiaire de manifestations publiques et clandestines, Omar Bongo a violemment réprimé ces aspirations politiques. Ce n’est qu’après que le peuple gabonais était descendu dans les rues en 1990 pour exiger la démocratie et, par conséquent, avait dû agir “extra-constitutionnellement” qu’il a été en mesure de forcer le régime Bongo à accepter une Conférence Nationale qui a ramené le multipartisme au Gabon.

La Constitution qui est née du consensus national de 1990 limitait le nombre de mandats présidentiels à un maximum de deux mandats consécutifs de cinq années chacun et prévoyait le principe d’élections à deux tours, entre autres. Pourtant, entre 1990 et 2005, Omar Bongo avait déjà réussi à éradiquer tous les gains démocratiques issus de la Conférence Nationale de 1990, modifié la Constitution pour revenir à un mandat de sept ans au lieu de cinq, institué des mandats illimités capable d’assurer la présidence à vie, éliminé le principe d’élections à deux tours et, finalement, ouvert la voie non seulement à sa présidence à vie, mais aussi au processus qui, à sa mort, allait faciliter l’accession de son fils adoptif Ali Bongo au pouvoir. Et quand, à sa mort, son fils accéda frauduleusement au pouvoir en 2009, il a une nouvelle fois changé la Constitution et renforcé l’héritage dictatorial de son père. Le Gabon, comme beaucoup d’autres pays d’Afrique, devint ainsi un pays où, paradoxalement, il y avait le multipartisme, mais sans démocratie: dans ce système, les élections se tenaient, certes, mais les chances d’alternance de régimes étaient nulles. Le processus électoral est tellement truqué et corrompu qu’il ne garantit qu’un seul résultat: la « victoire » des Bongo et de leur régime. D’où l’existence au Gabon d’une Assemblée Nationale dominée par le parti au pouvoir selon un ratio de 114 députés contre seulement 6 qui ne sont pas du parti au pouvoir. Et cela laisse le peuple gabonais avec une seule alternative: soit prendre la rue comme ils le firent en 1990 aux fins d’obtenir le changement immédiat qu’ils recherchent ou se résigner tout simplement au statu quo.

Mais je tiens aussi à vous dire ici, Madame l’ambassadeur, que, en tant que femme noire américaine qui, d’ailleurs, est mariée à un Africain ressortissant du grand pays de Kwame Nkrumah qu’est le Ghana, vous devriez être mieux avisée. Votre Excellence est, à mon humble avis, en proie aux anciens paradigmes, à la vieille vision paternaliste des colons, une vision qui, conformément aux mots de l’ancien président français Jacques Chirac, considère la démocratie comme « un luxe pour les Africains », et c’est, au final, une conception de l’Afrique qui exhorte les Africains, comme vous le faites ici, malheureusement, à se satisfaire des parodies de démocraties que leurs dictateurs leur servent depuis les indépendances. Ce point de vue est, au mieux, humiliant et déshumanisant et, au pire, raciste: il encourage les Africains à accepter le type d’arrangements au rabais sous lesquels, paradoxalement, aucun Occidental n’accepterait jamais de vivre.

C’est ce qui explique probablement pourquoi le Département d’État américain a souvent éprouvé de la difficulté à réconcilier la langue et le principe du droit comme on le voit dans son rapport 2013 où il écrit, paradoxalement, que « la constitution et la loi garantissent aux citoyens le droit de changer pacifiquement leur gouvernement, et les citoyens ont PARTIELLEMENT EXERCÉ ce droit par le biais d’élections périodiques généralement justes ». Je me dois de souligner ici qu’il n’y a rien de tel qu’un « exercice partiel » des droits constitutionnels ou humains. Ces caractérisations, qui trouvent acceptables des situations de « citoyens exerçant partiellement » leur droit de changer leur gouvernement, sont une abomination et devraient être exclues de la terminologie du Département d’Etat. C’est soit ces droits sont là ou ils ne sont pas là. Soit ils sont absolus ou ils ne sont pas absolus. Soit ils sont respectés, affirmés et protégés, soit ils ne le sont pas. Lorsque les droits humains sont partiellement exprimés ou partiellement protégés, ces droits, de fait, n’existent pas du tout.

Et, donc, la question fondamentale devient, Madame l’ambassadeur: vous satisferiez-vous, en tant que citoyenne américaine aujourd’hui, d’être gouvernée par le même président pendant 42 ans (Omar Bongo), puis de voir ledit président mourir au pouvoir après avoir laissé derrière lui une constitution qui faciliterait l’accession de son fils (Ali Bongo) au pouvoir, ouvrant ainsi la voie à une situation quasi dynastique par laquelle les enfants succèderaient aux parents pendant une période qui pourrait bien finir par devenir 70 années au moins si Ali Bongo restait au pouvoir pendant 28 ans comme on peut s’y attendre? Seriez-vous, en tant que citoyenne américaine, d’accord avec une telle situation? Si votre réponse à cette question est « non », alors pourquoi vous attendriez-vous à voir le peuple gabonais essentiellement courber l’échine et accepter votre conseil, un conseil qui les encourage à renoncer à leur liberté et à participer à des élections dont le résultat est connu à l’avance? Compte tenu du fait que la constitution gabonaise telle qu’elle existe aujourd’hui est essentiellement le même document « anti-démocratie » qui a permis à la famille Bongo de se maintenir au pouvoir pendant 47 ans, il me semble que les mêmes circonstances qui ont empêché le peuple gabonais de changer librement et pacifiquement de régime politique au cours des 47 dernières années seront les mêmes exactes raisons qui les empêcheront de le faire à nouveau en 2016! Comme on le dit en sciences physiques, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

En fin de compte, Madame l’ambassadeur, je crains que la perception que votre déclaration laissera aux yeux et dans les cœurs et les esprits du peuple gabonais est que vous soutenez le statu quo de la dictature au Gabon. Et cela est hautement regrettable et inquiétant, mais aussi révoltant, à bien des égards.

D’où il me semble, au final, assez clair que:

Si vous aviez été l’ambassadeur des États-Unis au Gabon en 1990, vous auriez probablement découragé les aspirations démocratiques du peuple et vous lui auriez conseillé de respecter la « constitutionnalité » dictatoriale du régime des Bongo Ondimba, et le peuple gabonais serait encore aujourd’hui, s’il vous avait écouté, sous le joug du parti unique. Quelle pensée effrayante, Madame l’ambassadeur!

Si les Africains courageux qui ont combattu pour leurs indépendances dans les années 1950 et 1960 avaient écouté des conseils comme le vôtre, Excellence, aucun pays d’Afrique ne serait indépendant aujourd’hui, les Africains seraient restés sous le joug du colonialisme, le pays nommé Gabon où vous avez été récemment affectée comme ambassadeur n’existerait pas et serait encore partie intégrante d’un territoire régi et administré par un gouverneur français, et le peuple gabonais subirait encore la torture, la discrimination, les travaux forcés et autres inhumanités sous l’infâme « Code de l’indigénat » qui, jadis, perpétua l’esclavage en Afrique française sous le couvert de la mission civilisatrice de l’État colonial! Quelle pensée effrayante, Madame l’ambassadeur!

Si les citoyens du Burkina Faso avaient écouté des conseils comme le vôtre et, donc, avaient attendu que leur dictateur finisse tranquillement et en toute impunité de mutiler, une fois de plus, leur constitution aux fins de prolonger son infâme et « stable » règne de terreur, Blaise Compaoré serait probablement encore le « bien-aimé » camarade dictateur Président du Burkina Faso, et pour des années encore! Quelle pensée effrayante, Madame l’ambassadeur!

Dois-je vous parler de Nelson Mandela, celui-là même que l’on appela jadis « terroriste » aux heures les plus sombres de l’Apartheid, et qui plus tard devint le héro du monde entier? Lui auriez vous conseillé de se tenir tranquille et de laisser son peuple souffrir à tout jamais les indignités de la ségrégation raciale ? Je crois que j’en ai assez dit.

Votre positionnement, Madame l’ambassadeur, hélas, est très différent de celui de l’un de vos prédécesseurs, précisément Eunice Reddick, elle aussi noire américaine, qui, comme les câbles diplomatiques découverts par WikiLeaks en 2011 ont révélé, avait pleinement embrassé les aspirations des Gabonais pour un changement immédiat et poussé à des réformes démocratiques au Gabon. En cela, je reste personnellement déçu de voir une descendante de ceux qui ont subi le pire holocauste que l’humanité n’ait jamais connu, et qui ont dû contre toutes attentes lutter pour leurs libertés, encourager les siens à courber l’échine devant leur bourreau.

Autrement dit, Madame l’ambassadeur, si Martin Luther King et ces autres intrépides héros de races noire et blanche qui animèrent le mouvement des droits civiques aux Etats-Unis avaient écouté des conseils comme le vôtre, il n’y aurait aujourd’hui aucune FEMME NOIRE nommée Cynthia Akuetteh envoyée au Gabon comme ambassadeur des États-Unis d’Amérique et les Noirs américains seraient encore en attente du moment où leurs oppresseurs auraient volontairement décidé de les déségréguer ! Et cela aurait probablement pris un autre siècle d’esclavage, de discriminations et de privations de droits! Quelle pensée effrayante, Madame l’ambassadeur!

Et voilà donc qu’il me semble, Madame l’ambassadeur, que, en exhortant le peuple gabonais à attendre patiemment les élections de 2016, vous vous retrouvez en contradiction directe avec tout le mouvement des droits civiques américain et, en particulier, avec Martin Luther King qui, dans sa « Lettre de la prison de Birmingham » de 1963 écrivait: « J’ai presque atteint la regrettable conclusion que la grande pierre d’achoppement du nègre dans sa foulée vers la liberté n’est pas le Conseiller du Citoyen Blanc ou le membre du Ku Klux Klan, mais le blanc modéré, qui est plus dévoué à la notion d’« ordre » qu’à celle de la justice; qui préfère une paix négative qui est l’absence de tension à une paix positive qui est la présence de la justice; qui dit constamment: « Je suis d’accord avec vous dans le but que vous cherchez, mais je ne peux être d’accord avec vos méthodes d’action directe »; qui croit de façon paternaliste qu’il peut fixer le calendrier pour la liberté d’un autre homme; qui vit par un concept mythique du temps et qui conseille en permanence au Nègre d’attendre une “saison plus commode” ».

Etes-vous, Madame l’ambassadeur, ce « modéré blanc » (même si de peau noire) auquel King fait allusion dans sa lettre, celui qui croit pouvoir « fixer le calendrier pour la libération d’un autre homme », celui qui cherche à retarder l’inévitable, celui qui cherche à compromettre l’humanité de toute une race, de toute une nation, celui qui préfère l ‘« ordre » et la « stabilité » injustes d’un gouvernement injuste à l’affirmation sans entraves de la justice pour tous, quel qu’en soit le coût ?

Mais il y a plus. Le Dr King, dans la même lettre, ajoute ce qui suit, Madame l’ambassadeur: « Nous ne devons jamais oublier que tout ce qu’Adolf Hitler a fait en Allemagne était « légal » et tout ce que les combattants de la liberté hongrois ont fait en Hongrie était « illégal ». Il était “illégal” d’aider et de conforter un Juif au sein de l’Allemagne hitlérienne. Malgré cela, je suis sûr que, si j’avais vécu en Allemagne à l’époque, j’aurais aidé et réconforté mes frères juifs. SI AUJOURD’HUI, JE VIVAIS DANS UN PAYS COMMUNISTE OU CERTAINS PRINCIPES CHERS A LA FOI CHRÉTIENNE SONT SUPPRIMÉS, JE PLAIDERAIS OUVERTEMENT POUR LA DÉSOBÉÏSSANCE AUX LOIS ANTIRELIGIEUSES DE CE PAYS ».

Quel, donc, sera votre rôle, Madame l’ambassadeur, dans le contexte de la quête de justice et de dignité du peuple gabonais? Allez-vous vous joindre au Dr King et au peuple gabonais pour vous opposer à la trompeuse « légalité » d’un gouvernement injuste qui a pris sa population en otage au cours des 47 dernières années (près de la moitié d’un siècle!), et donc « plaider ouvertement pour la désobéissance » aux lois injustes de ce pays, ou allez-vous, plutôt, vous allier aux oppresseurs qui se sont fixés pour objectif de déshumaniser toute une nation?

Excellence, je dois vous laisser avec une dernière pensée du Dr Martin Luther King. Dans sa “Lettre de la prison de Birmingham », dit-il, « nous savons par une douloureuse expérience que la liberté n’est jamais donnée volontairement par l’oppresseur; elle doit être exigée par l’opprimé ». Au moment où le peuple gabonais s’apprête à briser les chaînes de l’oppression, pourquoi voulez-vous vous opposer à cette aspiration, Madame l’ambassadeur? Pourquoi voudriez-vous vous y opposer alors que vous savez très bien, du point de vue de l’histoire, que ce principe de résistance à l’oppression avait été entériné par le Conseil exécutif de la NAACP en 1965 au moment où l’organisation avertissait que « si les troupes fédérales ne sont pas rendues disponibles pour protéger les droits des Nègres, alors les Américains seront confrontés à de terribles alternatives. Comme les citoyens de la France occupée par les Nazis, les Nègres doivent soit se soumettre aux talons de leurs oppresseurs soit s’organiser dans la clandestinité dans le but de se protéger de l’oppression du gouverneur Wallace et de ses troupes d’assaut »?

Cet avertissement, je suis sûr que vous le savez, était venu au lendemain de la violente répression qui avait mis fin à la première marche qui avait voulu conduire les manifestants noirs de Selma à Montgomery, menant ainsi à aux événements qui devinrent tragiquement connus sous le nom de « Bloody Sunday » (dimanche sanglant). Mais cette répression sanglante, avec ses jets d’eau, ses tirs à balles réelles, ses chiens d’attaque, ses gaz lacrymogènes, ses matraques, ses humiliations, etc., n’arrêta point le « mouvement insurrectionnel » qu’était devenu, à cette époque, le mouvement des droits civiques américain. Bien au contraire. Et c’est probablement parce que l’établissement blanc de l’époque avait trouvé trop dangereux pour le statu quo ce moteur de l’« insurrection des Noirs » qu’était devenu Martin Luther King qu’on l’assassina. Pour mettre fin à la « menace » de la liberté, la menace de la liberté pour tous, celle-là même que visaient les Noirs.

Madame l’ambassadeur, le Gabon passe par ses « dimanches sanglants » depuis maintenant 47 ans! D’où le besoin de vous demander, encore une fois, Madame l’ambassadeur, ce que vous feriez, en tant que citoyenne américaine, si vous saviez que le processus électoral dans votre pays, jamais au grand jamais, ne vous permettrait à vous et à votre peuple de changer pacifiquement votre gouvernement en raison de la « constitutionnalité » de lois pourtant cousues sur mesure aux fins de vous opprimer et de vous priver, justement, du droit de changer librement et pacifiquement votre gouvernement? Ne serait-ce pas là une raison légitime de tenter de passer par des « moyens extra-constitutionnels » si de tels moyens, comme le mouvement des droits civiques américain l’a démontré, vont dans le sens de réparer et réhabiliter le contrat social qui doit unir les citoyens autour d’un objectif commun, d’une vision commune pour le bien de la cité?

Et alors je dis, Madame l’ambassadeur, que le peuple gabonais est fondamentalement en désaccord avec vous. A l’instar du mouvement des droits civiques américain—celui-là même qui, de Selma à Washington, força jadis le président Johnson à faire voter, en 1965, une loi fédérale revigorée (la Voting Rights Act) en vue de l’affirmation du droit de vote des Noirs, ouvrant ainsi la voie à une humanité plus digne pour les millions de Noirs désaffranchis qui avaient été jusque-là arbitrairement privés non seulement de leur droit à la dignité humaine, mais aussi de leur droit de voter dans une Amérique encore ségréguée racialement—le peuple gabonais s’avancera.

Oui, Madame l’ambassadeur, le peuple s’avancera. Il n’attendra plus. Il ne peut plus attendre. Il est, ce peuple, d’accord avec Martin Luther King et le président Barack Obama qu’il doit lui-même être le changement qu’il recherche, que la dignité n’est pas quelque chose que l’on peut retarder, que ce peuple ne peut plus attendre la « plus commode des saisons » que vous lui demandez d’attendre. Il a attendu 47 années déjà. Il n’en peut plus d’attendre.

Et à cause de sa foi inébranlable dans les principes fondateurs de la nation américaine—mais aussi de la foi qu’il a placée en 2009 dans le discours d’Accra du président Barack Obama qui à l’époque déclarait que nous « devons partir du principe simple que l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains » ; que « pour bâtir un avenir prospère, l’Afrique doit se défaire de la corruption et de la tyrannie et s’attaquer à la pauvreté et à la maladie » ; que « ces choses ne peuvent se faire que si vous prenez la responsabilité de votre avenir » ; que « ce ne sera pas facile. Il faudra du temps et des efforts. Il y aura des souffrances et des revers », mais « l’Amérique sera avec vous à chaque étape du chemin, en tant que partenaire, comme un ami ».—le peuple gabonais s’avancera.

Et voilà pourquoi nous, peuple gabonais, continuons de croire, Madame l’ambassadeur, que l’Amérique est l’amie, non pas du régime des Bongo Ondimba, mais du peuple gabonais. Et donc, tout comme les grands héros noirs américains du mouvement des droits civiques l’ont fait quand ils ont conquis, dans les rues de l’Amérique, leur dignité, le peuple gabonais s’avancera.

Oui, il s’avancera pieds nus et mains nues, avec comme seule arme sa conviction pour la liberté immédiate. Il ne tombera pas. Pas devant la force policière et militaire que le régime oppressif de la famille Bongo s’apprête à lâcher sur eux dans sa vaine tentative de réprimer les aspirations les plus fondamentales du peuple. Pas devant le mur érigé devant eux par ceux qui les exhortent à accepter des parodies de démocratie, c’est-à-dire, en fin de compte, l’abâtardissement politique et humain du continent africain.

Comme les marcheurs de Selma qui ont conquis le droit de vote du Nègre, nous nous avancerons…

Nous avancerons parce que nous savons que le président américain, Barack Obama lui-même, en tant qu’homme noir, sait les sacrifices consentis par ceux qui ont lutté avant lui ; qu’il sait que lui, premier président noir des Etats-Unis, n’a été rendu possible que parce que ceux qui ont marché avant lui avaient ignoré les appels de ceux qui les exhortaient à ne pas défier l’autorité de l’établissement raciste blanc, à se conformer aux lois injustes et déshumanisantes du système de ségrégation raciale américain.

Nous avancerons parce que nous savons que le président Obama a promis être aux côtés des peuples africains qui lui montreront qu’ils veulent vraiment le changement. Et c’est exactement ce que les peuples africains ont fait en Libye, c’est ce qu’ils ont fait en Tunisie, c’est ce qu’ils ont fait au Burkina Faso et, dans tous ces cas, l’Amérique s’est tenue aux côtés des Africains et a soutenu leur droit de décider et de définir leur propre destinée, leur droit de changer leur gouvernement via des « moyens extra-constitutionnels ». Et l’Amérique, nous en sommes convaincus, se tiendra également aux côtés du peuple gabonais au moment où ce peuple décidera, comme les Noirs le firent aux Etats-Unis, d’utiliser des « moyens extra-constitutionnels » pour se défaire des lois injustes du gouvernement injuste des Bongo, celui-là même qui a, pendant 47 ans, assassiné, traumatisé et appauvri son peuple depuis maintenant un demi-siècle.

Voilà pourquoi le peuple gabonais va continuer à s’avancer, Madame l’ambassadeur… car nous ne pouvons plus attendre.

Et nous vaincrons!

Vous souhaitant une Bonne et Heureuse Année, à vous et à tous ceux qui vous sont chers, je vous prie d’agréer, Excellence, mes très respectueuses et sincères salutations.

Dr. Daniel Mengara
President, Bongo Doit Partir – Modwoam

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél: 973-447-9763

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VERSION ANGLAISE


Dr. Daniel Mengara, a scholar teaching in the United States and a political activist, president of the “Bongo Doit Partir” mouvement (Bongo Must Go), in the text below, responds to the declaration made to the Gabonese people on January 12, 2015 by Her Excellency Cynthia Akuetteh, Ambassador of the United States to Gabon and Sao Tome et Principe. 


A Response from Dr. Daniel Mengara to Her Excellency Cynthia Akuetteh, Ambassador of the United States to Gabon and Sao Tome and Principe

January 16, 2015

Excellency:

First allow me, on my personal behalf and on the behalf of the Gabonese people, to extend to you the welcome of our nation and congratulate you on your recent appointment as the new Ambassador of the United States to both the Republic of Gabon and the Democratic Republic of Sao Tome and Principe.

But allow me also, Madam Ambassador, to express not only the outrage of the Gabonese expatriate community living in the United States, but also the indignation of the Gabonese people as a whole at the very troubling remarks you made in your January 12, 2015 statement to the people of Gabon. As both a scholar and professor who teaches at an American university and an activist who is the President of the exiled “Bongo Doit Partir” (Bongo Must Go) movement, a movement that, for the past 16 years, has been active combatting the despotic regime of the Bongo family, I see your declaration as both unacceptable and worrisome. Ultimately, your statement, I fear, will be perceived by many as a bad joke, and perhaps even as an insult to the Gabonese people who have been, for the past 47 years, grappling with the infamous dictatorship of the Bongo dynasty. And so I must respectfully, but also very vehemently, disagree with your assessment of the political situation in Gabon.

Thus:

When your Excellency asserts that “the United States will firmly condemn any attempt to change the government via extra-constitutional means,” and that “calls for insurrection or violence are reprehensible and unacceptable,” it is my sincere belief that you and your advisors did not fully weigh the negative impact that such statements may have on the Gabonese people’s aspirations for a political system that will champion and promote the values of democracy and human rights that have eluded them ever since the Bongo family came to power in 1967.

Worse still, in your statement you are basically denying the Gabonese people a fundamental right that, paradoxically, is enshrined in the American “Declaration of Independence,” a declaration that has been the bedrock of America’s political heritage since 1776; in other words, a declaration that rightly champions the universal principle that “all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. That to secure these rights, Governments are instituted among Men, deriving their just powers from the consent of the governed, That whenever any Form of Government becomes destructive of these ends, it is the Right of the People to alter or to abolish it, and to institute new Government, laying its foundation on such principles and organizing its powers in such form, as to them shall seem most likely to effect their Safety and Happiness.”

Granted: you oppose the “extra-constitutional means” that a people such as Gabon’s might use to change its government, Madam Ambassador, but, surely, should you not, beforehand, define what type of constitution and what type of country you are talking about? Surely, you do not believe for a single second that Gabon is a democracy built upon a constitutional covenant resulting from a national consensus, do you? What therefore, according to you, is more “extra-constitutional”: a regime such as that of the Bongos that changes the constitution at will to ensure its survival in power ad infinitum, or a people such as ours that is simply seeking to restore the very universal, unalienable rights to life, opportunity, liberty, justice and happiness that the existing Constitution has restricted, limited and, ultimately, destroyed? Have you even really taken the time to read the Gabonese Constitution, Madam? Can you read it and then look the Gabonese people in the eye and still assert that you, an American citizen, would be satisfied living under a legal/political system that allows the same family, the same clan, to rule your country potentially for 70 years or more in a context where you, as a citizen, have no constitutional or legal ability to change your government via free, fair and democratic elections?

I further wonder, Madam Ambassador, whether you have actually also taken some time yet to look at the human rights reports that are published annually by the very State Department that your Embassy reports to? In these assessments, the State Department has consistently, year after year, just as it does in its very latest 2013 report, described Gabon as a country characterized by “use of excessive force by police; an inefficient judiciary subject to government influence; restrictions on privacy and the press; harassment and extortion of African immigrants and refugees; widespread government corruption; violence against women; societal discrimination against women, noncitizen Africans, Pygmies, and persons with HIV/AIDS; trafficking in persons, particularly children; and forced child labor.” The report even goes so far as to assert that “the constitution and law prohibit arbitrary arrest and detention, but the government did not always observe these prohibitions. Security forces arbitrarily arrested university students and irregular immigrants during the year,” and that “the government suspended several newspapers and television stations” and did not “always respect the right of peaceful assembly.

Does this sound to you, Madam Ambassador, as a country in which you would like to live, a country which you would be proud to say you are a citizen of, a country that you would trust to organize free and fair elections that would reflect the right of the people to freely chose and change their government? And, with regards to the denial of the “right to peaceful assembly,” should I point out to you that, as recently as December 20th, 2014, the Bongo regime coldly shot one student to death and seriously injured a number of other citizens who had tried to protest peacefully at a rally in the Rio neighborhood in Libreville? As the media have fully shown, this unprovoked attack by the government on peaceful and unarmed demonstrators was done preemptively, meaning that the demonstrators were violently dispersed by the police before they were even given a chance to gather, and before they had engaged in any sort of reprehensible acts, thus leading to the clashes that resulted in the shooting murder of student Bruno Mboulou Beka and the arrest of several demonstrators who, as a consequence, became political prisoners, prisoners of opinion, prisoners of conscience. In other words, these clashes and tragedies occurred only as a result of government repression and provocation, nothing else. And should I mention journalists Jonas Moulenda and Désiré Ename who have had to flee the country recently and seek asylum abroad for fear of government persecution?

The Gabonese people, Madam Ambassador, will certainly scoff at your statement that “Gabon has long been a model of stability in a fragile region,” and that “the Gabonese people are proud of this legacy.” Really, Madam Ambassador? Let it be said, however, that I do somewhat take solace from the fact that you failed to qualify Gabon as a “model of DEMOCRATIC stability in the region.” This makes a big difference. I am sure Libya, Syria, Tunisia, Egypt, and Burkina Faso were also “models of stability” in their regions, yet the United States supported the overthrow of dictators who had taken these countries hostage. I wonder why. Today China, Russia, and many other democracy-averse dictatorships are also undisputed “models of stability,” but does that mean, Excellency, that you would oppose attempts by citizens of these countries to overthrow constitutions and institutions that were designed to keep them under the yoke of despotism and injustice.

And when you add, further, Madam Ambassador, that “any political change must occur via democratic means” and that “Gabon will organize elections in 2016. Those who aspire to rule Gabon in the next phase of its history will have to focus on the electoral process and prepare for competition on the basis of a positive vision for the future and adherence to the Gabonese laws and the international norms of transparency,” I wonder whether you may not have overstepped your role a little bit? My humble sentiment is that it is probably not your prerogative to dictate to the Gabonese people what process they should use to change their dictatorial government. One thing is, indeed, to advocate for peace and dialogue as diplomatic etiquette dictates—and no one will fault you for that—but another is to basically become a complicit advocate of the status quo by forcefully ramming down the throats of the Gabonese people a propagandist line that has been used for the past 47 years by the Bongo regime to maintain the status quo of their dictatorship over the nation!

It would seem to me, Madam Ambassador, that the Constitution you are asking the Gabonese people to adhere to is the very same constitution that, ultimately, will inevitably force the Gabonese people to seek those very “extra-constitutional means” that you seem to oppose. When you do take the time to leave your office and talk to the Gabonese man and woman in the street, you will quickly realize that no one believes in Gabon that the government can be changed via elections. The man and woman in the street will tell you that they do not believe in the electoral process because the Gabonese constitution as well as the electoral arsenal put in place by the Bongo clan are custom-made to ensure the permanency of the Bongo regime.

The political history of Gabon, Madam Ambassador, will further tell you that from 1968 to 1990, Gabon went through an undemocratic one-party system that for 22 years sustained the dictatorship of Omar Bongo over the country. When, between 1981 and 1990, exiled and local political activists of the Mouvement de Redressement National (MORENA) began to courageously ask for democratic change via a combination of clandestine and public demonstrations, Omar Bongo violently repressed these political aspirations. It is only after the Gabonese people took to the streets in 1990 to demand democracy and, therefore, had to act “extra-constitutionally” that they were able to force the Bongo regime to agree to a National Conference that brought back multi-party politics to Gabon.

The Constitution that was born out of the national consensus of 1990 limited the presidential terms of office to a maximum of two consecutive terms of 5 years each and provided for the principle of run-off elections, among others. Yet, between 1990 and 2005, Omar Bongo had already managed to undo all the democratic gains of the 1990 National Conference, changed the constitution back to a seven-year term of office instead of five, instituted unlimited terms to ensure his life presidency, eliminated the principle of run-off elections and, ultimately, paved the way not only for his life presidency, but also for the easing of his adopted son into power upon his death. And when, upon his death, his son fraudulently came to power in 2009, he changed the Constitution again and further reinforced the dictatorial legacy of his father. Gabon, like many other countries in Africa, became a country where, paradoxically, there was multiparty-politics, but without democracy: therein, elections are held indeed, but the chances of alternation of power are nil. The electoral process is so rigged and corrupt that it guarantees only one outcome: the “victory” of the Bongos and their regime. Hence a National Assembly in Gabon that is dominated by the ruling party by a ratio of 114 members against only 6 who are not from the ruling party. And this leaves the Gabonese people with only one alternative: either take to the streets as they did in 1990 in order to obtain the immediate change they seek or simply resign themselves to the status quo.

But I also wish to say to you here, Madam Ambassador, that as a Black American woman who, moreover, is married to an African man from Kwame Nkrumah’s great nation of Ghana, you should know better. Your Excellency is, in my humble opinion, falling prey to the old paradigms, the old paternalistic view of the colonialists, a view that, in the words of former French President Jacques Chirac, considers democracy to be “a luxury for Africans,” a view of Africa that, ultimately, urges the Africans, as you do here unfortunately, to satisfy themselves with the parodies of democracies that their dictators have been serving them since the independence period. That view is, at best, demeaning and dehumanizing, and, at worst, racist: it encourages the Africans to agree to the types of cheap arrangements that no Westerner would ever consider living under.

This is probably why the United States’ State Department often has a hard time reconciling the language and principle of law, as is apparent in its 2013 human rights report where it paradoxically writes that “the constitution and law provide citizens the right to change their government peacefully, and citizens PARTIALLY EXERCISED this right through periodic and generally fair elections.” I must point out here that there is no such thing as a “partial exercise” of constitutional or human rights. Such characterizations, which find acceptable such situations as “citizens partially exercising” their right to change their government, are an abomination and should be barred from State Department terminology. Either those rights are there or they are not. Either they are absolute or they are not. Either they are respected, asserted and protected or they are not. Where human rights are partially expressed or partially protected, they do not, de facto, exist at all.

And so the fundamental question becomes, Madam Ambassador: would you, as an American citizen today, be satisfied with being ruled by the same president for 42 years (Omar Bongo), then see that president die in power after leaving behind a constitution that would ease his son (Ali Bongo) into power, thus paving the way for a quasi dynastic rule whereby power is passed on from parents to children for what could well end up becoming 70 years at least if Ali Bongo holds power for 28 years as can be expected? Would you, as an American citizen, agree to that? If your answer to this question is “no,” then why would you expect the Gabonese people to basically bend over and agree to your advice, an advice that encourages them to renounce their freedom and to participate submissively in elections whose outcome is known in advance? Considering the fact that the Gabonese constitution as it stands today is basically the very same “anti-democracy” document that has allowed the Bongo family to stay in power for the past 47 years, it seems to me that the same circumstances that made it impossible for the Gabonese people to change their government peacefully and freely over the past 47 years will be the exact same circumstances that will prevent them from doing so again in 2016! As they say in physics, the same causes always produce the same effects.

In the end, Madam Ambassador, I fear that the perception that your statement will leave in the eyes, hearts and minds of the Gabonese people is that you support the status quo of dictatorship in Gabon. And this is highly regrettable and scary, but also revolting, in so many ways.

And so, ultimately, it seems to me utterly clear that:

Had you been the Ambassador of the United States to Gabon in 1990, you would have probably discouraged the aspirations for democracy of the Gabonese people and advised them to abide by the dictatorial “constitutionality” of the Bongo Ondimba regime, and the Gabonese people today would still be under the yoke of the one-party system if they had listened to you. What a scary thought, Madam Ambassador!

Had the courageous Africans who fought for their independences in the 1950s and 1960s listened to an advice such as yours, Excellency, no African nation would be independent today, Africans would have remained under the yoke of colonialism, the very country named Gabon where you were recently sent to as a U.S. Ambassador would not exist and would still be a part of a French territory governed and administered by a French governor, and the Gabonese people would still be suffering torture, discrimination, forced labor and other inhumanities under the infamous “Code de l’indigénat” that perpetuated slavery in Francophone Africa under the guise of the civilizing mission of the colonial state! What a scary thought, Madam Ambassador!

Had the citizens of Burkina Faso heeded an advice such as yours and, thus, waited until their dictator was quietly done once again mutilating their constitution with impunity in order to prolong his infamous and “stable” reign of terror, Blaise Compaoré would probably still be the “beloved” Comrade Dictator President of Burkina Faso, and for years to come! What a scary thought, Madam Ambassador!

And should I mention Nelson Mandela, the very Mandela who was once called a “terrorist” at the darkest hour of the Apartheid system, and who later became the world’s hero? Would you have told him to be quiet and let his people suffer the indignities of racial segregation forever? I think I have said enough.

Your position, Madam Ambassador, alas, is very much unlike one of your predecessors’, namely Eunice Reddick, herself another female African American ambassador who, as the diplomatic cables uncovered by Wikileaks in 2011 revealed, fully embraced the Gabonese aspirations for an immediate change and pushed for democratic reforms in Gabon. In this I stand rather personally disappointed to see a descendant of those who suffered the worst holocaust that has ever befallen humankind, and who fought for their freedoms against all odds, encourage her people to bow their heads before their oppressor.

In other words, Madam Ambassador, had Martin Luther King and those other dauntless black and white heroes of the American Civil Rights Movement listened to an advice such as yours, there would be today no BLACK WOMAN named Cynthia Akuetteh being sent to Gabon as an Ambassador of the United States of America and Black Americans would still be waiting for the time when their oppressors would willingly decide to desegregate them. And this could have probably taken another century of slavery, discrimination and disenfranchisement! What a scary thought, Madam Ambassador!

And so it seems to me, Madam Ambassador, that, in urging the Gabonese people to patiently wait for the 2016 elections, you are in direct contradiction with the whole American Civil Rights Movement and, in particular, with Martin Luther King who, in his « Letter from Birmingham Jail » in 1963 wrote: “I have almost reached the regrettable conclusion that the Negro’s great stumbling block in his stride toward freedom is not the White Citizen’s Councilor or the Ku Klux Klanner, but the white moderate, who is more devoted to “order” than to justice; who prefers a negative peace which is the absence of tension to a positive peace which is the presence of justice; who constantly says: “I agree with you in the goal you seek, but I cannot agree with your methods of direct action”; who paternalistically believes he can set the timetable for another man’s freedom; who lives by a mythical concept of time and who constantly advises the Negro to wait for a “more convenient season

Are you, Madam Ambassador, this “white moderate” (even if in black skin) whom King is alluding to in his letter, the one who thinks himself capable of setting “the timetable of another man’s freedom,” the one seeking to delay the inevitable, the one seeking to compromise the humanity of a whole race, a whole nation, the one who prefers the unjust “order” and “stability” of an unjust government to the unfettered affirmation of justice for all at all costs?

But there is more. Dr. King, in the same letter, adds the following, Madam Ambassador: “We should never forget that everything Adolf Hitler did in Germany was “legal” and everything the Hungarian freedom fighters did in Hungary was “illegal.” It was “illegal” to aid and comfort a Jew in Hitler’s Germany. Even so, I am sure that, had I lived in Germany at the time, I would have aided and comforted my Jewish brothers. IF TODAY I LIVED IN A COMMUNIST COUNTRY WHERE CERTAIN PRINCIPLES DEAR TO THE CHRISTIAN FAITH ARE SUPPRESSED, I WOULD OPENLY ADVOCATE DISOBEYING THAT COUNTRY’S ANTIRELIGIOUS LAWS.

What, thus, is your role going to be, Madam Ambassador, in the context of the Gabonese people’s quest for justice and dignity? Are you going to side with Dr. King and the Gabonese people in order to oppose the misleading “legality” of an unjust government that has taken its people hostage for the past 47 years (almost half a century!), and thus “openly advocate disobeying” that country’s unjust laws, or are you, rather, going to side with the oppressors who have made it their goal to dehumanize a whole nation?

Excellency, I must leave you with one last thought from Dr. Martin Luther King. In his “Letter from Birmingham Jail,” he says, “we know through painful experience that freedom is never voluntarily given by the oppressor; it must be demanded by the oppressed.” At a time when the Gabonese people are getting ready to break the chains of oppression, why would you want to oppose this longing, Madam Ambassador? Why would you oppose this when you know very well from the point of view of history that the Executive Board of the NAACP confirmed the principle of resistance to oppression in 1965 when it warned that “If Federal troops are not made available to protect the rights of Negroes, then the American people are faced with terrible alternatives. Like the citizens of Nazi-occupied France, Negroes must either submit to the heels of their oppressors or they must organize underground to protect themselves from the oppression of Governor Wallace and his storm troopers”?

This warning, I am sure you are aware, had come the day after the first Selma-to-Montgomery march had been violently repressed, thus leading to the events that tragically came to be known as “Bloody Sunday.” Yet, this bloody repression, with its water hoses, its live ammunitions, its attack dogs, its batons, its humiliations, etc., did not stop the “insurrectional movement” that the American Civil Rights Movement had become. On the contrary. And it is probably because the white establishment of the time had found too dangerous for the status quo the engine of the “black insurrection” that Martin Luther King had become that he was assassinated. To put an end to the “menace” of liberty, the menace of liberty for all, the very liberty that the American Negro sought to attain.

Madam Ambassador, Gabon has been going through its own “bloody Sundays” for the past 47 years! And so I ask you again, Excellency: what would you, as an American citizen, do if you knew that the electoral process in your country would never, ever, allow you and your people to peacefully and freely change your government because of the “constitutionality” of laws obviously tailor-made to oppress and deprive you of the right to, precisely, change your government? Would that not be cause for a legitimate attempt to use “extra-constitutional means” if such means, as the American Civil Rights Movement demonstrated, are for the purpose of repairing and rehabilitate the social contract that must unite the citizens around a common goal, a common vision for the good of the nation?

And so I say, Madam Ambassador, that the Gabonese people fundamentally disagree with you. Just as the members of the American Civil Rights Movement did—that is, those very people who, from Selma to Washington, they forced president Johnson to push for a refurbished federal Voting Rights Act that, beginning in 1965, paved the way for a more dignified humanity for the millions of disenfranchised Negroes who were being arbitrarily deprived not only of their human dignity, but also of their right to vote in a still racially segregated America—the Gabonese people will march on.

Yes, Madam Ambassador, the Gabonese people will march on. They will no wait longer wait. They can’t wait anymore. They agree with Martin Luther King and President Barack Obama that they must be the change they seek, that dignity is not something that can be delayed, that they can no longer wait for the “more convenient season” you are asking them to wait for. They waited 47 years already. They are tired of waiting.

And because of their staunch belief in the founding principles of the American nation—but also the faith they have placed in President Barack Obama’s 2009 Accra speech where at the time he said that we “must start from the simple premise that Africa’s future is up to Africans;” that “to build a prosperous future, Africa needs to shed corruption and tyranny and take on poverty and disease;” that “These things can only be done if you take responsibility for your future;” that “it won’t be easy. It will take time and effort. There will be suffering and setbacks,” but “America will be with you every step of the way, as a partner, as a friend.”—the Gabonese people will march on.

And this is why we, the Gabonese people, continue to believe, Madam Ambassador, that America is the friend, not of the Bongo Ondimba regime, but of the Gabonese people. And so, just as the great heroic Negro Americans of the Civil Rights Movement did when they conquered, in the streets of America, their dignity, the Gabonese people will march on.

They will march on empty-handed and bare feet, armed only with their conviction for immediate freedom as their only weapon. They will not stumble. Not before the police and military force that the oppressive regime of the Bongo family is poised to unleash upon them in its vain attempt to suppress the most fundamental aspirations of the people. Not before the wall erected before them by those who urge them to accept parodies of democracy, that is, ultimately, the political and human bastardization of the African continent.

Like the Selma marchers who conquered the rights of the Negro to vote, we will march on… We will march on because we know that the American president, Barack Obama himself, as a black man, knows the sacrifices of those who had struggled before him; that he knows that he, as the first black president of the United States, was made possible only because those who had marched on before him had ignored the calls of those who urged them not to defy the authority of the white racialist establishment, to abide by the unjust and dehumanizing laws of America’s racial segregation system.

We will march on because we know President Obama promised he would be on the side of the African peoples whenever they showed him they really wanted change. This is what they did in Libya, this is what they did in Tunisia, this is what they did in Burkina Faso, and in all those instances America stood by the Africans and supported their right to decide and define their own destiny, the right to change their government via “extra-constitutional means.” And so we are convinced America will also stand by the Gabonese people when they decide, just as Black Americans did in the United States, to use “extra-constitutional means” to undo the unjust laws of the unjust government of the Bongos, that very government that has, for 47 years, murdered, traumatized and impoverished its people for half a century now.

This is why the Gabonese people will continue to march on, Madam Ambassador… for we can’t wait anymore.

And we shall overcome!

Happy New Year to you and to all those who are dear to you, Excellency.

Sincerely,

Dr. Daniel Mengara
President, Bongo Doit Partir (Bongo Must Go)

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél: 973-447-9763

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