omar_bongoLes juges chargés de l’affaire des Biens mal acquis ont été saisis par le parquet national financier de soupçons de « blanchiment de détournement de fonds publics » liés à l’héritage de l’ancien président du Gabon. En cause : trois comptes offshore ouverts à Monaco, créditeurs de plus de 34 millions d’euros. Ali Bongo, actuel chef de l’État gabonais, est l’un des deux légataires universels de son père.

Un fantôme aux poches pleines rôde au palais de justice de Paris. Les juges chargés de l’affaire des Biens mal acquis ont été saisis, fin 2014, par le parquet national financier, de faits de « blanchiment de détournement de fonds publics » liés à l’héritage d’Omar Bongo, l’ancien tout-puissant président du Gabon décédé en juin 2009 à Barcelone.

Les investigations, qui portent sur des comptes bancaires ouverts secrètement il y a une quinzaine d’années à Monaco, sont aujourd’hui susceptibles d’embarrasser Ali Bongo, actuel chef de l’État gabonais. Il est en effet avec sa sœur aînée Pascaline – désignée mandataire exclusif de la succession – le légataire universel de son père, malgré la cinquantaine d’héritiers répertoriés. Les sommes en jeu sur ces comptes n’ont rien d’anecdotique : 31 743 090 €, d’après les évaluations bancaires arrêtées à la date du décès d’Omar Bongo.

L’origine de cette offensive judiciaire se trouve dans une dénonciation officielle des autorités de Monaco, adressée le 27 octobre 2014 à la procureure nationale financière, Éliane Houlette. Un rapport « confidentiel » du Service d’information et de contrôle sur les circuits financiers (Siccfin), l’équivalent monégasque du Tracfin français, fait ainsi état de « nombreux comptes bancaires » détenus « par la famille Bongo » et ouverts au sein de trois banques domiciliées sur le Rocher : la Banque Martin Maurel (BMM), la Martin Maurel Sella (MMS) et la BNP Wealth Management.

Comme c’est souvent l’usage dans l’univers de la dissimulation offshore, les comptes ont été affublés de noms de code plus ou moins ridicules. Pour le clan Bongo à Monaco, il y a par exemple le compte “Sphynx” (à la BMM) ou le compte “Plexus”(à la MMS). Les deux comptes ont été ouverts au printemps 2000 par Omar Bongo. Mais d’après les éléments bancaires consultés par Mediapart, sa fille Pascaline, qui fut sa directrice de cabinet à la présidence du Gabon du temps de son règne autocratique, est également mandataire desdits comptes.

Fin 2009, année de la mort du dictateur gabonais, le compte “Sphynx” affichait un solde positif de 10 671 709 €. “Plexus” était crédité de 21 864 235 $ (soit 19 millions d’euros). Les actifs d’un troisième compte, ouvert en 1998 à la BNP de Monaco, s’élevaient quant à eux à 1,9 million d’euros.

Pour chacun des trois comptes, un homme de l’ombre apparaît également comme mandataire, en plus des ayants droit. Il s’agit de Henri-Claude Oyima. Ce n’est pas n’importe qui au Gabon. Ancien conseiller de Pascaline Bongo, il est aujourd’hui le président du groupe gabonais BGFI Bank, où une partie des sommes de la succession Bongo a justement été rapatriée à l’été 2013.

Sitôt l’alerte monégasque reçue, le parquet national financier a fait état, le 3 novembre 2014, dans sa demande d’élargissement de l’enquête des Biens mal acquis, de « faits de blanchiment de détournement de fonds publics susceptibles d’avoir été commis dans le cadre des opérations de règlement de la succession de M. Omar Bongo ». Avec la Guinée équatoriale (et le clan Obiang), le Congo-Brazzaville (et le clan Sassou Nguesso), le Gabon est le troisième pays africain dans la ligne de mire des juges Roger Le Loire et René Grouman.

Depuis 2010, les deux magistrats anticorruption, épaulés par les policiers de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), pistent, en France, les acquisitions en tout genre – immeubles, hôtels particuliers, voitures de luxe, œuvres d’art, bijoux… – des dignitaires de ces trois pays. Les montants en jeu dépassent l’entendement : plusieurs centaines de millions d’euros, qui ne correspondent guère aux émoluments officiels de chacune des personnes concernées. D’où le soupçon récurrent d’opérations de blanchiment de détournement de fonds, voire de corruption, opérées au détriment des populations.

En ce qui concerne Ali et Pascaline Bongo, les policiers avaient déjà identifié il y a plusieurs années l’achat en France, pour plusieurs centaines de milliers d’euros, de nombreux véhicules de luxe (Mercedes ou Ferrari), qui ont fait l’objet d’importants versements en espèces. L’enquête avait également identifié deux appartements d’Ali Bongo situés dans le XVIe arrondissement de Paris, dont l’un avait été vendu par l’intéressé en 2005 pour plus de 1,3 million d’euros.

Contactée, la présidence du Gabon n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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