Barro-chambrier-11A la manière d’un Christian Paul, député socialiste français, présenté comme le coordonnateur des frondeurs du PS, refusant d’user de la langue de bois lorsqu’il s’agit d’analyser l’action du gouvernement conduit par Manuel Valls, le Professeur agrégé d’économie a une liberté de ton qui ne peut manquer de surprendre au sein du parti au pouvoir où certains responsables font du rétropédalage lorsqu’ils s’essaient à la critique.

A la différence d’Idriss Ngari, deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, membre du Conseil consultatif des Sages du PDG et surtout général d’armée (bien qu’à la retraite), qui peut, soixante-douze heures plus tard, «ravaler» ses propos du 5 mai, le Pr. Hugues Alexandre Barro Chambrier a, de l’avis de plusieurs observateurs, une démarche intellectuelle rafraîchissante ! Pas de langue de bois, mais un «parler vrai» façon Michel Rocard.

En fait, cela ne devrait pas surprendre de la part d’un homme qui a servi pendant six années comme administrateur du Fonds monétaire international. Il connaît trop bien la situation réelle des économies des pays africains pour accepter les «bilans, chiffres et annonces» que font certains membres du gouvernement. Bien que membre du Comité permanent du Bureau politique du PDG, Alexandre Barro Chambrier a un parler vrai qui peut déconcerter ceux qui ne le connaissent pas. «Nous devons la vérité au peuple», aime-t-il à répéter en privé.

Déjà, il y a quelques mois, au moment où les conseillers municipaux de Libreville faisaient le bilan du maire sortant de la commune (Jean-François Ntoutoume Emane), il n’avait pas manqué de dire ce qu’il pensait de la gestion de celui-ci. De même, au début de cette année, Barro Chambrier avait estimé que «la situation politique et socio-économique du Gabon est plongée dans une déliquescence», avant d’appeler à un dialogue politique national.

Le samedi 16 mai dernier, lors de la célébration en différé du 47ème anniversaire du Parti démocratique gabonais dans son fief du 4ème arrondissement de Libreville, l’ancien ministre du Pétrole a rappelé à ses amis politiques qu’être PDGiste, «c’est ne pas tricher avec les réalités, se concentrer sur la résolution des préoccupations des populations, et ne pas dire tout va bien, alors que les difficultés s’annoncent à l’horizon».

Auparavant, le 5 mai 2015, à l’occasion de l’interpellation du Premier ministre à l’Assemblée nationale, il n’a pas hésité à rappeler à Ona Ondo «l’accumulation d’arriérés de paiement intérieur, des arriérés de reversement de TVA, une baisse rapide du niveau des dépôts à la banque centrale, un niveau de dépenses extrabudgétaires qui pose problème», avant de faire observer qu’«en dépit du niveau d’investissement important qui a été mis en œuvre, un problème avec la qualité de celui-ci demeure.» Résolument réaliste, Barro Chambrier a demandé au Premier ministre : «comment comptons-nous réduire ces arriérés ? Parce qu’il va de soi que s’il n’y a pas de solution durable à ce problème, nous risquons de voir le chômage encore augmenter et c’est une vraie question. D’autant plus que nous devons avoir en perspective les élections qui vont arriver et qui traditionnellement, donnent lieu à des dépenses supplémentaires. Nous devons avoir en tête l’organisation de la CAN 2017 qui nous a été octroyée.»

Cet adepte du parler vrai, ce «brillant intellectuel», comme l’appelait Alassane Ouattara au FMI, est très apprécié dans les quartiers de son arrondissement – le 4ème – qu’il arpente chaque semaine pour apporter aux populations victimes d’intempéries ou de deuil le soutien moral, le secours financier, ou toute aide matérielle. Un militant PDG de ces quartiers affirme : «nous savons qu’il n’y aura pas de primaire au sein du parti pour choisir un candidat pour la présidentielle, mais si cela devait se faire, nous lui demanderions de se porter candidat à la candidature ; il sait donner des coups à l’opposition et il sait tenir un langage de vérité au sein du parti».

Il y a quelques semaines, GabonReview publiait un article affirmant en substance que le PDG comptait en son sein des députés frondeurs. Alexandre Barro Chambrier fait partie de ceux-ci. Ils n’usent pas de la langue de bois et pensent qu’on peut faire de la politique, être membre d’un camp et continuer d’user de sa liberté de pensée.

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