Face aux railleries et à la polémique relatifs à l’arrêt du projet du Champ triomphal, Léandre E. Bouloubou, Administrateur économique et financier, diplômé de l’Institut d’Economie et des Finances (IEF) de Libreville et de l’ENA de Paris, apporte, dans une tribune libre envoyé à Gabonreview, ses éléments de réponses. Il explique les contingences n’ayant pas permis de mener le projet à terme.

J’observe, en consultant les réseaux sociaux et de nombreux journaux, que le projet du Champ triomphal de Libreville soulève toujours autant de passions et fait l’objet d’une polémique exacerbée dans notre pays.

Dans le dernier numéro du journal Jeune Afrique, M. Jean de Dieu Moukagni Iwangou, président de l’UPG (Union du peuple gabonais, opposition, Ndlr) et d’autres acteurs politiques de l’opposition ou en rupture de ban dans la majorité présidentielle, présentent le projet du Champ triomphal comme un exemple de l’échec cuisant du septennat du président Ali Bongo Ondimba et des choix hasardeux qui ont marqué sa gouvernance depuis 2009.

De même, dans une tribune libre au journal français le Monde, M. Emmanuel Ntoutoume Ndong, un des maîtres à penser de l’Union Nationale (UN), diplômé de l’ENA (Ecole nationale d’administration, Ndlr) de Paris, a décrit ce projet comme un simple caprice du président de la République, sorti tout droit de son imagination, donc sans intérêt.

D’autres opposants ou détracteurs même issus du camp de la majorité déclarent de manière visible ou à couvert que ce projet est éloigné des besoins essentiels des populations et destiné uniquement à faire plaisir à une bourgeoisie de type compradore, donc sans objet. Certes et c’est l’avis de nombreux Gabonais, nous pouvons admettre que dans le portefeuille de projets, le Champ triomphal n’était pas un projet prioritaire et sa structuration n’était pas adaptée au mode de financement d’un projet d’une telle envergure.

En effet, les priorités du premier septennat du Président Ali Bongo Ondimba sont clairement décrites dans le PSGE sur la période 2009-2016. Elles visent à bâtir les fondements de l’émergence, en particulier sur deux volets à savoir : le capital humain (éducation, formation et santé) et les infrastructures (énergie, eau, routes, ports, aéroports, chemins de fer, TIC, etc.).

Dans la structuration du financement du projet du Champ triomphal, là aussi, on peut admettre que le choix du Gouvernement de financer la première phase de ce projet par ressources propres n’a pas été une heureuse décision, compte tenu du caractère volatile du budget de l’Etat lié aux fluctuations des recettes pétrolières. En effet, le retournement de conjoncture consécutif à la chute du prix du baril du pétrole n’a pas facilité les choses.

Non seulement l’ajustement budgétaire a perturbé le financement de ce projet, et ce financement même intermittent, compte tenu des sommes engagées, a exercé un effet d’éviction sur d’autres projets considérés comme des préalables au décollage économique de notre pays. Ce que les économistes appellent le take-off.

Pour autant, faut-il enterrer définitivement ce projet ?

Sans faire un plaidoyer pro domo, en toute objectivité, en essayant d’analyser ce projet froidement, je pense pour ma part, que nous ne pouvons pas reprocher au président de la République Ali Bongo Ondimba d’avoir une grande ambition pour son pays. «La marque d’un grand homme est de voir plus loin que son peuple», disait le Général de Gaulle.

Le projet du Champ triomphal tient une place importante dans la réalisation de la vision du Gabon émergent. Même si on peut comprendre l’avis de certains compatriotes en raison de leur positionnement politique, mais par honnêteté intellectuelle, nous ne pouvons pas affirmer que ce projet est sans objet ou sans intérêt pour notre pays. Sur le plan culturel, le Champ triomphal est un projet qui permettra d’affirmer notre identité nationale, notre exception culturelle, il mettra en valeur la culture florissante du Gabon et permettra d’identifier Libreville sur la carte touristique du monde.

Aujourd’hui, chaque grande métropole dispose d’un symbole qui la caractérise et contribue à l’identification du pays. En France, toute une industrie touristique s’est développée à partir du projet à l’origine très controversé de la Tour-Eiffel à Paris et qui est devenu aujourd’hui la première attraction touristique au monde. Par son allure architecturale, le Champ triomphal est également un outil d’identification internationale et de fierté nationale, comme c’est le cas de la statue de la Liberté aux Etats-Unis ou la grande muraille de Chine.

Plus près de nous, au Sénégal le président Abdoulaye Wade, a érigé, contre vents et marées, le monument de la Renaissance africaine à Dakar, qui est aujourd’hui une fierté nationale, voire continentale, à côté du site historique de l’Ile de Gorée. De même, les Gabonais et de nombreux ressortissants d’autres pays visitent Dubaï alors que les projets architecturaux de l’émir Mohammed ben Rachid al-Maktoum, artisan de l’essor économique du pays, étaient décriés et traités de folie par ses contemporains. Aujourd’hui, le monde entier admire son génie et sa perspicacité.

Au plan macroéconomique, le Champ Triomphal est un investissement stratégique de diversification de l’économie nationale et de sa transformation structurelle en vue d’accroître sa résilience aux chocs exogènes. D’après le World Travel & Tourism Council, le projet du Champ triomphal devrait permettre d’accroître la contribution du secteur touristique au PIB pour atteindre une croissance de 4,4% par an. Le nombre d’emplois directs et indirects devrait augmenter respectivement de 4,3% et 4,5% pour atteindre 6 000 et 10 000 emplois en 2021, notamment dans les métiers accessibles aux jeunes.

La construction d’infrastructures touristiques de haut standing en visant le très lucratif secteur de l’événementiel pour favoriser l’essor d’un tourisme d’affaires de rang international, tiré par l’organisation des conférences et des visites de grosses fortunes devrait également favoriser l’entrée d’importantes devises dans le pays et améliorer la balance de paiements.

Sur le plan de l’urbanisation et de la qualité de la vie, le projet du Champ triomphal va améliorer l’image de Libreville et donner une identité forte à notre capitale. Grâce au plan d’aménagement et de rénovation du secteur urbain riverain, notamment le Boulevard Triomphal et le Bord de mer, ce projet va incontestablement transfigurer l’aspect esthétique de notre capitale et améliorer la qualité de vie des Librevillois.

L’aménagement du Port-môle pour qu’il devienne le centre symbolique de Libreville et du Gabon va constituer un point d’encrage privilégié pour les habitants de la capitale, en particulier pour la jeunesse, en leur offrant un large éventail d’activités.

C’est pourquoi, après avoir engagé des consultations et pris en compte la critique constructive et objective, le Président de la République Ali Bongo Ondimba, en homme d’Etat a décidé de suspendre le financement de ce projet dans sa structuration financière initiale et d’orienter les marges de manœuvres budgétaires ainsi dégagées au financement des projets sociaux issus de la stratégie d’investissement humain du Gabon (SIHG) et au lancement d’un projet économique innovant : le programme GRAINE (Gabonaise des réalisations agricoles et des initiatives des nationaux engagés, Ndlr).

«Il n’y a pas de honte à tomber, mais il y a honte à ne pas se relever», a souvent martelé avec constance, le Chef de l’Etat à ses compatriotes. Ce fut encore le cas lors de son adresse à la Nation à l’occasion des vœux du nouvel an 2016. Ainsi, dans cette clairvoyance, le président de la République a-t-il instruit le gouvernement, notamment le ministre de l’Economie, Régis Immongault, à redéfinir la structuration de ce méga projet en adoptant une nouvelle stratégie de financement consistant à partager le risque avec le secteur privé.

Le Ministre de l’Economie, également chargé de la promotion des investissements, a opté pour un partenariat public-privé susceptible d’optimiser le bénéfice socio-économique de ce projet pour l’Etat tout en garantissant une rentabilité financière pour les partenaires privés extérieurs et les promoteurs économiques locaux intéressés par ce projet.

D’après le Ministre de l’Economie et l’ANGTI (Agence nationale des grands travaux et des infrastructures, Ndlr) maître d’ouvrage délégué du projet, c’est cette phase de discussions entre le Gouvernement et plusieurs partenaires extérieurs, qui explique le ralentissement du chantier observé depuis plusieurs mois. Contrairement à ce qu’affirment certains medias et détracteurs de tout bord, il n’a jamais été question d’un arrêt définitif de ce projet. Ainsi, à la question de savoir que faire du projet du Champ Triomphal ? La réponse est évidente.

Même si l’on considère que ce projet n’était pas prioritaire dans l’agenda 2009-2016, nous pouvons convenir de ce que le projet du Champ Triomphal est un projet porteur pour notre pays. C’est pourquoi, malgré de nombreux défis, le gouvernement s’emploie à faire aboutir ce projet dans une nouvelle configuration financière et en tenant compte des impératifs environnementaux, réaffirmés lors de la Cop 21 à Paris.

Cette détermination du gouvernement se traduit aujourd’hui par un frémissement sur le chantier qui augure certainement de la reprise effective des travaux. Et on ne peut que s’en réjouir. Par conséquent, au vu de ce qui précède, toutes les critiques acerbes et les attaques multiformes dirigées contre le président de la République concernant ce projet du Champ triomphal de Libreville, sont techniquement infondées.

Auteur : Léandre E. Bouloubou, Administrateur économique et financier, diplômé de l’Institut d’Economie et des Finances (IEF) de Libreville et de l’ENA de Paris

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