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Tribune libre: «Il n’y aura pas d’élections en 2016, Ali Bongo n’est pas prêt»

Ex-scrétaire exécutif de l’Union républicaine pour la démocratie et le progrès (URDP), parti d’opposition, Guilou Bitsutsu-Gielessen a fait parvenir à Gabonreview le libre propos ci-après. Commentant la perspective du dialogue national, il soupçonne le pouvoir de chercher à gagner du temps.

Déjà en 2012, j’avais attiré votre attention sur la non-organisation des élections présidentielles en 2016. Je persiste, il n’y aura pas d’élection présidentielle en 2016. Ali Bongo n’est pas candidat à cette élection. Il est plutôt candidat à l’élection présidentielle qu’il compte organiser fin 2017 voire début 2018. Aussi, en plus des raisons que j’invoquais en 2012 (Can 2017, les socialistes au pouvoir…), il faut ajouter le contexte national qui est perdant pour Ali Bongo (acte de naissance, dynamique Ping, Front de l’opposition, fronde PDGiste…)

Gouverner c’est prévoir, la révision constitutionnelle adoptée le 28 décembre 2010 et taillée sur mesure devait anticiper des mesures exceptionnelles pour le maintien au pouvoir d’Ali Bongo.

Cette Constitution permet à l’exécutif de régner en maître absolu. L’article 4 offre notamment, la possibilité au gouvernement de surseoir à la convocation du collège électoral en cas de force majeure dûment constatée par la Cour constitutionnelle. Les dispositions de la Constitution, consacrent plus de droits au président de la République, notamment en matière de Défense nationale et dans les cas de troubles graves susceptibles de menacer l’Indépendance…

Ali Bongo tient dans une main le bâton et dans l’autre un dialogue inclusif qui, tout comme la Constitution, doit lui être taillé sur mesure.

Un dialogue inclusif aux enjeux multiples

Pourquoi à 5 mois de la fin d’un mandat de 7 ans, Ali Bongo est disposé au dialogue ?

Ali Bongo déroule son plan B

Pendant les 7 années de la présidence d’Ali Bongo, l’émergence aura été une jouissance.

Les échéances électorales à sa porte, Ali Bongo a besoin d’oxygéner la vie politique en essayant «de rassembler» autour de lui. La pièce maîtresse de ce scénario n’est rien d’autre que le dialogue inclusif initié par le CND (Conseil National de la Démocratie).

L’objectif est d’organiser toutes les conditions de la non tenue de l’élection présidentielle, en créant des cas de force majeure. Dans quel but ? Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, Ali Bongo a besoin de temps.

Du temps pour désosser l’opposition dans un gouvernement d’ouverture ;

Du temps pour vider de sa substance tous les soutiens de Ping ;

Du temps pour étouffer la polémique sur ses origines et ses vrais-faux actes de naissance ;

Du temps pour avoir la classe politique à l’usure, sachant que la majorité d’entre eux émargeant dans le 3ème âge ;

Du temps, enfin, pour couper toutes les têtes qui dépassent au PDG (Parti au pouvoir).

LA tournée de Faustin Boukoubi, les sorties de Hervé Opiangah c’est du leurre. Ali Bongo, n’a qu’une seule motivation : s’éterniser au pouvoir.

Et au cas où ce scénario ne marcherait pas, il utilisera la force pour se maintenir.

Une assemblée constituante sous le boisseau

Le dialogue inclusif est une demande réitérée d’une frange de l’opposition conduite par Zacharie Myboto, Divungui avec le Front version Kombila. Pour ces derniers, le dialogue inclusif doit remettre à plat le cadre institutionnel. Le point déterminant reste celui du cadrage institutionnel, administratif et opérationnel des futures élections au Gabon. L’objectif, c’est de donner aux Gabonais en 56 ans d’indépendance, la possibilité de choisir librement leur président.

Ce point des élections résolu, «les autres points», notamment la situation administrative d’Ali Bongo, deviendraient à la limite «secondaire». Mais… mais, le rapport de force l’exige, la situation administrative d’Ali Bongo ne peut passer à la trappe…

Le risque pour Ali Bongo est que la détermination de Myboto et Divungui, ne transforme ce dialogue inclusif en Conférence nationale souveraine voire en Constituante. L’histoire est là pour nous instruire avec les Etats Généraux convoqués par Louis XVI qui, dans la salle du jeu de Paume se transformèrent en Assemblée nationale constituante.

Précaution prise, pour donner l’impression d’être au-dessus des partis, d’être absent des délibérations, Ali Bongo va utiliser des sous-traitants piochés parmi des hommes sûrs. Léon Nzouba, en est la parfaite illustration. Avec son visage qui fait pitié, il rassure, il donne l’impression d’être sincère…

Qui gagne perd, et Ping dans tout ça ?

Ping n’est pas favorable au dialogue inclusif. Si ça ne tenait qu’à lui, la présidentielle se tiendrait demain. Il se sent apte à battre Ali Bongo même avec l’encadrement du processus électoral par les partisans du pouvoir. Auréolé par sa désignation comme candidat du Front de l’opposition, Jean Ping surfe sur un nuage. Le désir d’aller coûte que coûte aux élections l’éloigne un peu plus de la vigilance requise. Oui, il peut battre Ali Bongo, mais le chemin vers les élections est truffé d’embuscades. En plus de sa dynamique électoraliste, il doit installer un rapport de force sur le plan politique. Il faut empêcher Ali Bongo de bloquer la démocratie.

Jean Ping a la possibilité, aujourd’hui, de peser lourdement sur le débat politique. Il doit pouvoir émettre des exigences, des désirata, qui s’imposent vis-à-vis de ce pouvoir. Les enjeux sont énormes, il s’agit tout de même du Gabon… Mal à lui, au cas où les choses ne se passeraient pas comme prévu.

Si le scénario décrit plus haut du dialogue inclusif se met en place, Jean Ping et toute son équipe et le Front de l’opposition version Andzembe, en seront les grands perdants. Que vont-ils faire ? Saboter le dialogue inclusif, c’est sûr. En ont-ils les moyens ? Ce n’est pas si sûr.

Une équation à une inconnue

Que va être la réaction du peuple ? Au Gabon, toute la classe politique se tient par la barbichette. La majorité des Gabonais désavoue les politiques et ne se reconnait plus dans leurs leaders. Vont-ils toujours se considérer comme des faire valoir ? L’affaire très médiatisée du refus de la nomination de Moukagni Iwangou au gouvernement par l’intéressé sous la pression de l’opinion publique, démontre à suffisance que le peuple n’est plus un spectateur. Malgré les difficultés de survivre, les chômeurs (40% de la population active), ont pris conscience de leur poids démographique et de l’importance de leurs votes.

Les jeunes de moins de 25 ans constituent 60% de la population. La moitié d’entre eux est en âge de voter. Connectés aux réseaux sociaux et conscientisés par des échanges libres favorisés par la société civile, ils ne seront plus du «bétail électoral». Ils suivent de près le film, ils savent que c’est leur avenir qui se joue. Gare à l’homme politique qui ne tiendra pas compte de ce cocktail explosif.

La nécessité d’alternance

Malgré un pétrole qui caracolait à 120$/baril et des budgets annuels de l’État à 3000 milliards de francs Cfa, Ali Bongo a enfoncé le Gabon. En 6 ans, tous les agrégats d’appréciation des statistiques financiers du Gabon sont au rouge. Un endettement de 2250 milliards de francs Cfa, en 6 ans et qui n’est justifié par aucun investissement structurel. Où est passé l’argent des Gabonais ?

Le Gabon a besoin d’alternance, un point c’est tout. Cet impératif de changement passe nécessairement par les efforts de tous. Par la conjugaison de tous ceux qui placent le Gabon au-dessus de leur MOI.

Auteur : Guilou Bitsutsu-Gielessen

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