Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

Poursuivant son oeuvre de sensibilisation en direction non seulement du peuple gabonais mais aussi des forces du changement au Gabon, le Dr. Daniel Mengara a écrit la lettre suivante, la troisième du genre, au Pr. Alexandre Barro Chambrier. Il y évoque des pistes de réflexions pouvant inspirer un contexte de changement immédiate au Gabon.

Voici la lettre, in extenso.


(TROISIÈME) LETTRE DU DR. DANIEL MENGARA À L’HONORABLE ALEXANDRE BARRO CHAMBRIER 

ET PAR EXTENSION AUX DÉPUTÉS ET SÉNATEURS PROGRESSISTES DU PDG ET AU PEUPLE GABONNAIS

Cher grand frère et Honorable Alexandre Barro Chambrier,

Dans cette troisième lettre à vous adressée, après celles du 5 septembre 2015 (http://www.bdpmodwoam.org/articles/2015/09/05/lettre-dencouragement-du-dr-daniel-mengara-au-dr-alexandre-barro-chambrier/) et du 9 mars 2016 (http://www.bdpmodwoam.org/articles/2016/03/09/deuxieme-lettre-du-dr-daniel-mengara-a-lhonorable-pr-alexandre-barro-chambrier/), je voudrais engager rapidement, avec vous, mais aussi publiquement avec le peuple gabonais pris à témoin, la discussion qui s’impose suite à votre acte ô combien courageux et bénéfique pour l’avenir politique de notre pays, aux fins de voir comment battre ensemble ce fer encore tout chaud que vous avez forgé, avant qu’il ne se refroidisse.

Si telle est, évidemment, votre intention.

Et je le fais en toute modestie et tout patriotiquement, sans prétention de donner de leçons à qui que ce soit, surtout au vu de mon présent éloignement du terrain politique national. Ce que j’offre ici, ce sont de simples pistes d’analyses sur des questions pressantes que j’espère, pourront inspirer la démarche de ceux qui sont sur le terrain. C’est ma manière de contribuer ma petite part à la construction d’une pensée politique qui fût libératrice et, donc, salutaire pour l’avenir de notre pays. Considérez également cette assez longue lettre comme une proposition de PLAN de libération nationale dont la faisabilité dépendra entièrement de vous et de l’orientation que vous donnerez à votre combat qui, si je ne m’abuse, reste celui de tous les Gabonais. Et je le fais publiquement pour y préparer la portion du peuple qui lira ce message, et ce au cas où vous opteriez pour les recommandations et suggestions que je fais tout au long de cette lettre.

Nombreux sont, je crois, les Gabonais qui vous reconnaîtront l’exploit d’avoir, pour une fois, causé scission au sein du Parti Démocratique Gabonais (PDG), amenant ainsi à une fragilisation de la frange bongoïste irrémédiablement fossilisée autour des pires valeurs animalières que nous combattons depuis 1967, celle-là même qui croit à un Gabon qui ne peut être dirigé que par un Bongo. Il ne me fait aucun doute que la portion progressiste que vous semblez représenter est probablement majoritaire au sein du PDG, et je voudrais ici explorer avec vous, mais aussi avec le peuple gabonais, le rôle que vous comptez jouer, le rôle que vous pouvez jouer, si votre intention est d’aller au bout d’une certaine logique, une logique qui voudrait que vous vous engagiez sans tarder dans un processus visant à faire basculer le rapport de force qui existe aujourd’hui entre votre tendance, progressiste, et celle, rétrograde, contrôlée par Ali Bongo.

I. ETAT DES LIEUX

I.1. ALI BONGO ET LE PDG-FAMILLE

En déclarant précipitamment sa candidature le 29 février 2016 à Port-Gentil, Ali Bongo avait voulu vous prendre de vitesse en amont d’un congrès qu’il voulait, dès lors, confiner dans l’obligation de le soutenir en candidat unique, lui évitant ainsi l’humiliation de possibles primaires au sein du PDG qu’il n’était pas sûr de gagner. Votre exclusion du 5 mars participe d’ailleurs de ce désir d’écarter, avant le congrès du PDG, tout ceux qui auraient pu remettre en question sa candidature unique. Mais cette précipitation fut, de sa part, une erreur politique monumentale. Il n’a pas compté avec le degré de rejet et de mécontentements larvés qui existent jusque dans les tréfonds les plus discrets de la matrice pédégiste. Il n’a pas compté non plus avec votre détermination à aller au bout de votre logique réformatrice.

Autrement dit, en décidant, comme vous l’avez fait, de remettre en cause la mainmise familiale et absolutiste des Bongo non seulement sur la destinée nationale, mais aussi sur le Parti Démocratique Gabonais, vous avez fait ce que vos prédécesseurs sortis du PDG avant vous n’ont jamais su PENSER : ils n’avaient jamais compris qu’il était plus efficace, pour tout pédégiste réformateur qui se respecte, de remettre en cause l’autorité d’Ali Bongo de l’intérieur plutôt que de l’extérieur. Il suffit, pour le comprendre, d’imaginer une situation où tous les mastodontes du PDG, ceux-là mêmes qui s’étaient malencontreusement et INUTILEMENT déversés dans l’opposition, se seraient plutôt entendus pour mettre Ali Bongo en minorité de l’intérieur du PDG : je crois qu’Ali Bongo serait une vieille histoire aujourd’hui. Il va de soi que quand on sort du PDG par la démission, ce qu’on fait c’est, en fait, débarrasser Ali Bongo d’un réfractaire encombrant, ce qui lui permet de simplement remplacer ce réfractaire par un membre plus docile et garder la mainmise sur le parti, et par extension, la nation. Votre innovation a consisté à simplement décider, tel que je l’ai par ailleurs écrit et suggéré de par le passé, de ne laisser aucun terrain libre à Ali Bongo au sein du parti, de le gêner de l’intérieur et, ensuite, de donner ce coup fatal qui a consisté à le priver du monopole que la famille Bongo avait réussi à établir sur le parti. En somme, vous avez bien fait de ne point lui laisser le monopole du PDG, et vous avez bien fait de continuer à revendiquer cet héritage PDG comme un héritage appartenant à tous les militants et non pas au seul clan des Bongo Ondimba. La scission que vous avez initiée a donc créé une situation qui fera progressivement comprendre aux militants que ce parti n’est plus juste celui de la famille Bongo, mais celui de tous ceux qui y militent et que les Bongo, par leur incompétence, leurs vols, leurs arbitraires, leur arrogance, ont affamé comme ils ont affamé le reste des Gabonais.

I.2. PDG-HM

Dans ses contours idéologiques, la tendance PDG-Héritage & Modernité que vous venez de formaliser en quasi structure dissidente du PDG-Ali semble se préoccuper des mêmes idéaux que nos oppositions défendent depuis, au moins, la sortie du MORENA dans les années 1980, idéaux qui se résument à des choses pourtant bien simples : Les Gabonais veulent la dignité, une dignité hautement tributaire de leur capacité à choisir librement leurs dirigeants et à leur demander des comptes, à manger à leur faim, à jouir d’un emploi stable sans avoir besoin de donner leurs fesses ou celles de leurs enfants, à se soigner dans des hôpitaux dignes de ce nom, à se loger à l’abri des rats, des moustiques et des inondations, à éduquer valablement leurs enfants, à se lancer, sans entraves, dans la libre poursuite du bonheur et du bien-être tant mental que matériel. A la place de ces idéaux, le parti-Etat a institué les arbitraires qui ont conduit aux misères et aux meurtrissures qui traumatisent notre pays depuis près de 50 ans. Or, ce sont là des misères et des meurtrissures qui n’épargnent personne : les pédégistes lambda les subissent tout autant que les Gabonais qui ont refusé de faire allégeance aux familles bongoïsées qui ont ruiné notre pays.

Tout comme nous, donc, vous semblez choisir de ne plus vivre dans un pays où l’on distribue des logements par tirage au sort comme à la tombola—quelle honte !

Mais ce choix que vous faites aujourd’hui a des exigences, et c’est de ces exigences que je voudrais ici discuter avec vous, à commencer par la mathématique de l’électoralisme au Gabon, cet électoralisme que j’ai, de par le passé, considéré comme un fléau.

I.3. LE VIRUS DE L’ELECTORALISME

L’électoralisme qui sévit chez nous est une véritable malédiction. Il a tendance à éloigner non seulement les candidats eux-mêmes, mais aussi le peuple, de l’essentiel. Cet ESSENTIEL, c’est quoi ? Assez simple : si on dit à quelqu’un qu’il ne peut gagner par les urnes, que le système électoral actuel est si pipé et taillé sur mesure en faveur des Bongo qu’il serait, sans réforme préalable et sans revenir au système à deux tours, impossible de gagner le pouvoir par les urnes ; que quoi que l’opposition fasse, avec un candidat unique ou pas, elle ne peut logiquement choisir la voie des urnes car cette voie résultera, AUTOMATIQUEMENT, à la reconduction du dictateur ; que la seule manière d’y arriver consiste à passer par le pouvoir démocratique de la RUE, c’est-à-dire le pouvoir démocratique du PEUPLE—si l’on dit tout cela à quelqu’un et que ce quelqu’un continue à s’entêter à vouloir participer à des élections perdues d’avance, n’est-on pas en droit de penser, alors, que ce fameux candidat participe pour, justement, reconduire Ali Bongo ?

Chez nous, tout le monde se voit président du Gabon. Chez nous, tout le monde veut devenir président. Cet attachement quasi névrotique de tous aux fantasmes de la fonction présidentielle—probable résultat du conditionnement bongoïste subi par tous depuis 1967—est si fort que très peu se sont posés la question de savoir s’ils sont capables de gagner dans un pays avec un système électoral formaté sur mesure pour garantir le maintien au pouvoir d’une seule famille, d’un seul clan. Cette maladie mentale—c’est bien le mot !—est si profonde chez certains que l’on voit ici et là des gens mettre la charrue avant les bœufs, se voyant déjà président sans pour autant expliquer aux Gabonais comment ils allaient faire pour triompher du système électoral actuel, un système ne permettant à aucun opposant de pouvoir gagner par les urnes. Il y en a qui se présentent alors qu’ils savent très bien que même les cabris de leurs propres villages ne voteront jamais pour eux. C’est à croire que nous prenons, depuis 1993, un plaisir quasi masochiste à nous déclarer vainqueurs d’élections pourtant perdues d’avance, pour ensuite aller pleurnicher auprès de la communauté internationale et nous plaindre des fraudes pourtant récurrentes qui ont toujours garanti des victoires volées au PDG ! A quoi cela sert-il de déclarer des victoires si l’on n’a aucune chance de prendre le pouvoir ? Et à quoi servent des gouvernements du PNUD post-électoraux, sinon à prouver ce que j’ai toujours affirmé dans le contexte de ma modeste opposition aux Bongo : Ce n’est pas par les urnes que le combat contre les Bongo se gagnera.

Au moment donc, où, je crois entendre que PDG-HM compte aussi aligner un candidat, je me retrouve à me demander si vous aussi tomberez dans le piège de cet électoralisme béat, ou si vous conviendrez avec moi que sans réforme préalable et sans évincer Ali Bongo non seulement du pouvoir, mais aussi de toute prétention à la candidature, personne ne pourra gagner par les urnes contre Ali Bongo. Si, comme je l’ai écrit précédemment, notre pays permet à Ali Bongo d’être candidat et au système Bongo-PDG sous le contrôle d’Ali de contrôler unilatéralement le processus électoral, alors 2016 sera comme 1993, comme 1998, comme 2005, comme 2009.

Mon opinion est qu’il faut BRISER Ali Bongo avant l’élection et le disqualifier. Le rapport de force que vous venez de créer est favorable à une telle éventualité, pourvu que vous et tous ceux qui prétendent se battre pour un Gabon nouveau puissiez vous accorder sur le minimum que j’ai évoqué précédemment, c’est-à-dire travailler à une unité de l’opposition basée non pas sur les personnes et les adoubements de candidats uniques, mais sur les seuls objectifs insurrectionnels à même de donner à notre pays la chance d’une alternance véritablement démocratique. Les candidatures viendront après. Contrairement à ce que les électoralistes clament et arguent par-ci par-là, il n’y aura pas d’autres événements déclencheurs au Gabon en dehors de la panoplie dont nous disposons déjà depuis 1990. Ici, il ne s’agit pas d’attendre un hypothétique événement déclencheur ; ce ne sont pas les prétextes à l’insurrection qui manquent au Gabon.

I.4. ÉVÉNEMENT DÉCLENCHEUR

Au Gabon, j’ai constaté, par exemple, que les électoralistes qui nous vendent aujourd’hui les candidatures uniques comme au temps du parti unique confinent dangereusement leurs arguments à la seule question du déclic insurrectionnel qui pourrait subvenir en août 2016 si Ali Bongo se déclarait vainqueur. Ils restent ainsi prostrés dans l’attente illusoire de ce qu’ils appellent l’ « événement déclencheur » que constituerait, à leur yeux, l’élection de 2016, oubliant que, au Gabon, nous avons déjà eu 1993, 1998, 2005 et 2009, sans résultats, mais qu’au Burkina Faso, les citoyens n’ont pas eu besoin d’attendre les élections pour trouver leur « événement déclencheur ». Au Burkina, il avait suffit que le dictateur annonce son intention de modifier un article de la Constitution qui l’aurait fait despote à vie pour que le peuple se déverse dans les rues pour forcer le mécréant à la chute. Au Gabon, ce ne sont pourtant pas les « événements déclencheurs » qui manquent : La mort de Mboulou Beka était un événement déclencheur ; le retour du corps funèbre d’André Mba Obame au Gabon était un événement déclencheur ; l’acte de naissance d’Ali Bongo est un événement déclencheur ; l’annonce de candidature d’Ali Bongo est un événement déclencheur ; l’exclusion de Barro Chambrier du PDG est un événement déclencheur.

A un moment, il faut arrêter de tourner en rond dans les fantasmes électoralistes. La seule réalité qui nous regarde en face aujourd’hui au Gabon est que le Gabon ne changera pas sans une insurrection du Peuple en bonne et due forme.

I.5. INSURRECTION

C’est le lieu de lever l’équivoque qui est souvent faite sur le mot « insurrection ». Comme je l’ai maintes fois écrit et répété, l’insurrection, c’est-à-dire cet acte suprême des Peuples en quête de liberté durable, n’est pas, a priori, un acte violent. C’est un état d’esprit. L’insurrection, c’est aussi simple qu’un peuple décidant de rester à la maison, refusant ainsi d’aller travailler tant que le dictateur qui le traumatise restera au pouvoir. L’on ne me dira pas que rester à la maison est un acte de violence, tout de même ! Rester à la maison est un acte de protestation non violent, mais un acte de libre arbitre tout de même qui a pour effet d’acculer le régime en place à la chute ! L’insurrection, ce n’est rien d’autre que la décision d’un peuple de ne plus avoir peur et de descendre, sans violences, dans les rues dans l’unique but de réaffirmer sa souveraineté volée et violée par le régime en place. Cet acte n’est pas non plus un acte violent; c’est un acte de libre arbitre. L’insurrection, ce n’est rien d’autre que des députés qui décident, comme vous et d’autres qui ne manqueront pas de vous suivre demain, de ne plus plier sous les arbitraires d’un despote et de rétablir, sans violence, la République dans sa dignité en utilisant les leviers républicains à leur disposition, dont l’acte de DESTITUTION. Quelle violence y aurait-il pour les députés gabonais de voter la destitution d’Ali Bongo en allant simplement siéger à l’Assemblée ? Ce serait pourtant là un acte insurrectionnel des élus du Peuple ! (J’y reviens plus bas…).

Autrement dit : Un peuple qui se soulève, comme on l’a vu au Burkina Faso et en Tunisie, le fait généralement par la non violence. L’insurrection populaire, telle que je l’ai souvent entendue et théorisée, est un acte fondamentalement non violent car les peuples qui se soulèvent descendent généralement dans la rue armés uniquement de leurs mains nues et de leurs pancartes et banderoles : La violence, quand elle se produit, ne vient généralement alors que du régime en place qui, pour se maintenir, voudra mater cette libre expression. Il appartient alors au Peuple de décider soit de SUBIR (et maintenir le dictateur au pouvoir) soit de RÉSISTER (et chasser le dictateur du pouvoir). RÉSISTER, c’est ne laisser aucune marge de manœuvre au régime en place ; résister, c’est décider que l’on ne se laissera pas bastonner en toute impunité par la police si l’on est attaqué alors que l’on est en plein exercice de son droit constitutionnel à la manifestation et à la protestation. Les Peuples qui échouent par manque de détermination acceptent de SUBIR. Ceux qui refusent de subir font le choix de la RÉSISTANCE et finissent souvent par se libérer. Comme au Burkina. Comme en Tunisie.

Les principes de cette insurrection non violente qui, dans le cas du Gabon, commencerait avec les députés pour finir avec le Peuple, dépendent fondamentalement de l’adoption par tous les partisans du changement, qu’ils soient pédégistes réformateurs ou opposants, de trois objectifs simples :

– OBJECTIF 1 : Isoler Ali Bongo Ondimba et le priver du droit de candidature ; toute l’opposition et tous les pédégistes réformateurs se doivent de s’organiser autour de cette idée simple et l’imposer ;

– OBJECTIF 2 : Isoler Ali Bongo et le pousser à la démission, ou alors, en cas de résistance, organiser sa destitution par les députés réfractaires; toute l’opposition et tous les pédégistes réformateurs se doivent de s’organiser autour de cette idée simple et l’imposer ;

– OBJECTIF 3 : Remettre à plat nos institutions dans le cadre d’une transition sans les Bongo, et ce en vue d’une démocratisation sans fards à même de garantir que le vote des Gabonais, pour une fois, pourra compter lors d’élections véritablement libres, dignes et transparentes qui mettront au pouvoir la personne que les Gabonais auront vraiment choisie ; toute l’opposition et tous les pédégistes réformateurs se doivent de s’organiser autour de cette idée simple et l’imposer.

Comme je l’ai dit dans ma précédente lettre, si unité il y a à trouver ou formuler aujourd’hui au sein de l’opposition, cette unité, pour être efficace, donc agissante, ne doit, pour être efficace, se construire qu’autour de ces trois principes. Il faut mettre au tiroir les questions de candidatures et de candidatures uniques et se concentrer uniquement sur ces trois objectifs. Nous avons cinq mois devant nous pour le faire. Les Burkina bé l’ont fait en une semaine. Nous avons donc toute une éternité devant nous, c’est-à-dire suffisamment de temps pour l’évincement effectif d’Ali Bongo.

Si certitude il y a, cette seule certitude, et le pragmatisme qui en résulte, nous disent qu’aller aux élections avec Ali Bongo comme candidat et toujours président du Gabon dans l’état actuel de notre système électoral, c’est donner la victoire et le pouvoir CASH à Ali Bongo. Personne, je dis bien personne, pas même Héritage et Modernité, ne peut espérer gagner une élection au Gabon qui serait entièrement sous le contrôle d’Ali Bongo et organisée par son système. De surcroît quand il s’agit d’une élection à un seul tour. La tradition en Afrique francophone a toujours favorisé les dictateurs qui proclament leur victoire APRÈS l’élection et la communauté internationale s’est toujours pliée à cette réalité. Il n’y a pas de précédent en Afrique francophone où la communauté internationale aura privé un dictateur de pouvoir après que celui-ci avait déclaré sa victoire. Contre cette réalité bien dure, l’argent et les carnets d’adresse des opposants n’ont jamais rien pu, sauf, peut-être, si l’on choisit la rébellion militaire, donc la guerre civile, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire.

Voilà pourquoi il faut en finir AVANT toute nouvelle élection au Gabon, et voilà pourquoi je partage avec vous aujourd’hui les vues qui me semblent à même d’aider les Gabonais de tous bords qui sont assoiffés de changement à disqualifier Ali Bongo. Ici, nous ne parlons pas de boycotter l’élection, mais de l’EMPÊCHER en évinçant Ali Bongo avant toute nouvelle élection au Gabon. Ceci mènerait à la mise en place d’une TRANSITION politique qui permettrait, par la suite, la tenue d’élections dignes de ce nom qui donneront à tous les candidats des chances égales de gagner.

C’est donc des rapports de force favorables que vous avez créés que je vais maintenant parler. Stratégiquement.

II. RAPPORTS DE FORCE : ALI BONGO EST CUIT

Honorable, les réalités de la situation que vous avez créée se résument facilement en CINQ POINTS qui démontrent que le rapport de force actuel au sein du PDG est en faveur de la tendance Héritage et Modernité. Ces cinq points militent également pour une démarche insurrectionnelle, la seule à même de mener à la victoire. Quels sont ces points ?

POINT 1 : Nous sommes, certes, en année électorale, mais aucune des dispositions actuelles de la Constitution n’interdit sa révision avant le vote. Au titre de l’Article 116, il est simplement dit que la Constitution ne peut, entre autres, être révisée en période d’intérim de la Présidence de la République ou pendant la période qui sépare la proclamation de l’élection présidentielle du début d’un mandat présidentiel. Les Gabonais disposent donc encore de suffisamment de temps pour forcer une remise à plat des institutions avant l’élection, remise à plat qui devrait inclure le retour au deuxième tour d’élection que les Gabonais appellent de tous leurs voeux. Il suffirait donc à la tendance PDG-HM de mobiliser suffisamment de députés réfractaires pour forcer le régime à la démocratisation de nos institutions. Mais ceci veut aussi dire que toute tentative de réviser la Constitution à l’avantage d’Ali Bongo peut être bloquée par les députés réfractaires dès lors qu’ils priveraient Ali Bongo des deux tiers de Députés requis pour l’adoption de tout projet de révision.

POINT 2 : Dès l’annonce de sa candidature, Ali Bongo s’est retrouvé coincé par l’article 11 de la Constitution. Cet article a deux volets importants qui disent, d’une part, qu’il ne peut plus dissoudre le Parlement, et d’autre part, ne peut plus légiférer par ordonnance. Ceci, en langage simple, veut dire que les Députés et Sénateurs se retrouvent protégés de toutes représailles présidentielles et acquièrent la capacité d’user de leur pouvoir de destitution sans coup férir. Autrement dit, à partir du 29 février 2016, les députés gabonais ont devant eux cinq mois pour destituer Ali Bongo en toute impunité sans crainte de quelques représailles que ce soit. Mais cela veut aussi dire que s’ils s’engagent dans cette voie, il leur faut OBLIGATOIREMENT réussir l’évincement d’Ali Bongo. Tout échec les exposerait aux représailles qui ne manqueraient pas de s’abattre sur eux dès septembre 2016 si Ali Bongo est candidat et se retrouve de nouveau « élu ».

POINT 3 : Ali Bongo ayant, de par sa déclaration de candidature, perdu tout pouvoir de dissolution directe du parlement, il ne lui reste comme possible issue que l’exclusion des membres réfractaires du parti, ce qui lui donnerait la possibilité, indirecte, de rendre vacants, au titre de l’article 39 de la Constitution, les sièges des députés qu’il exclurait du PDG. Mais si PDG-Héritage et Modernité joue bien sa partition, il lui suffirait d’attirer en son sein, et officiellement, la moitié des députés PDG, mettant alors Ali Bongo dans une situation où il doit exclure la moitié des députés du PDG s’il veut les contrôler, mais causant par la même occasion des vacances de siège qui videraient le parlement de la moitié de ces membres. On a du mal à voir Ali Bongo se hasarder dans un tel suicide politique car il lui faudrait non seulement, dans ce cas, organiser, à peine quelques mois avant l’élection présidentielle, des législatives partielles dans le contexte d’un parlement exsangue, mais aussi faire face à une fronde au sein du PDG qui lui garantirait une insurrection pédégiste, donc une chute immédiate du pouvoir.

POINT 4 : Ce qui précède aurait des conséquences intéressantes. Un parlement privé de la moitié de ses membres devient une Assemblée inexistante car incapable de légiférer. Mais une telle Assemblée peut, néanmoins, engager des procédure visant à la destitution d’Ali Bongo par voie parlementaire et mener à une situation de blocage, donc de crise politique tellement profonde qu’Ali Bongo se retrouverait contraint, soit de démissionner, soit de faire un coup d’Etat et transformer son régime en régime militaire sans parlement. Dans ce dernier cas, ce serait un suicide politique et il ne manquerait pas de sauter du pouvoir au bout d’un mois sous la pression de la communauté internationale et nationale.

POINT 5 : Il reste aussi que, avec la majorité progressiste, quoiqu’encore silencieuse, dont vous avez probablement la fidélité au sein de l’Assemblée, il vous serait possible de faire chuter par des motions de censure tout gouvernement qu’Ali Bongo pourrait mettre en place, menant ainsi à une situation d’ingouvernabilité totale qui confinerait Ali Bongo soit à la démission, soit à un coup d’état miliaire. Cette dernière option lui serait, évidemment, elle aussi, suicidaire. Et il n’est pas impossible, justement, que dans cette foulée, une Haute Cour de justice soit mise en place qui se chargerait de la sentence de destitution à l’encontre du dictateur.

Autrement dit, Honorable, tout est possible grâce au mouvement réfractaire que vous avez lancé au sein du PDG. Grâce à vous, il demeure un atout majeur au Gabon que nous pouvons envisager dès aujourd’hui : vos partisans au sein du parlement gabonais, sous votre influence, même du dehors, peuvent se révolter et demander la destitution immédiate d’Ali Bongo : que va faire le dictateur ? Rien, car il ne peut ni dissoudre l’Assemblée en une année électorale où il se serait porté candidat ni exclure tous les députés réfractaires du PDG, au risque de se retrouver sans parlement acquis à sa cause. Et pour les députés insurgés, la protection se trouve dans le nombre. En s’y mettant tous ensemble, ils se protègent tous des brimades. Et c’est là que se trouve votre atout, c’est-à-dire le levier sur lequel vous pouvez peser pour amener vos collègues députés et sénateurs, exclus et non exclus, à désavouer publiquement Ali Bongo, à rejeter sa candidature et à fomenter sa destitution immédiate conformément aux prérogatives qui sont les vôtres en tant qu’élus du Peuple.

Il vous incombe, donc, de rallier rapidement une majorité de députés et de sénateurs à la cause d’une destitution immédiate d’Ali Bongo et il ne pourra rien contre cela puisqu’il ne peut dissoudre l’Assemblée : ce qu’Ali peut faire à un ou trois députés isolés, ils ne peut le faire à la moitié du parlement. Et les députés n’auraient aucune raison de le craindre car une fois destitué, quel pouvoir de représailles lui resterait-il en dehors d’un coup d’Etat restaurant un parti unique militarisé au Gabon ? Et s’il restaure le parti unique, il s’assure une éviction immédiate par la communauté internationale et la RUE.

Et comme il ne peut valablement organiser d’élections législatives partielles entre maintenant et août sans risquer une révolte interne des quelques pédégistes qui auraient encore pu croire en lui, il est facile de conclure, en gros, qu’Ali Bongo est cuit. Et il peut être cuit par la seule action des députés et sénateurs PDG, sans même avoir besoin d’appeler le peuple dans les rues.

Au vu, donc, des options très limitées qui lui restent, Ali Bongo peut être rapidement acculé à une démission ou alors à une destitution qui pourrait, enfin, permettre le débat national dans le cadre d’une transition à même de remettre à plat nos institutions et permettre à ce pays, pour une fois, d’organiser, d’ici un an maximum, des élections dignes de ce nom qui soit crédibles et représentatives de la volonté populaire.

III. LE « SERMENT DU JEU DE PAUME »

Laissez-moi maintenant, Honorable, vous conter le « mvet » des Français, laissez-moi vous parler du « serment du Jeu de paume ». Le serment connu comme le « serment du Jeu de paume » se rapporte à l’un des événements marquants, voire déclencheurs de la Révolution française.

Un jour, à cause de la crise socioéconomique dans laquelle les dettes de l’Etat avaient plongé ce qui était alors le royaume de France, le roi Louis XVI dut, le 5 mai 1789, convoquer les Etats-Généraux, un peu comme chez nous la Conférence Nationale en 1990. Lors de ces assises réunissant les trois Ordres représentatifs du peuple français qu’étaient le Clergé, la Noblesse et le Tiers-Etat, les députés du Tiers-Etat, parlant au nom du Peuple, refusèrent les réunions séparées qui, jusque-là, avaient caractérisé les procédures parlementaires, exigeant plutôt que, cette fois, les trois Ordres se réunissent en Assemblée commune dans la même salle pour discuter de leurs prérogatives et poids politiques respectifs. Le roi, la Noblesse et le Clergé se refusèrent bien évidemment à cette idée.

L’argument des députés du Tiers-Etat était pourtant de taille et ressemblait comme deux gouttes d’eau au débat qui nous préoccupe actuellement au Gabon. Selon le système politique français de l’époque, chacun des trois Ordres possédait une voix (un vote) lors des délibérations des Etats-Généraux. Ceci voulait dire, en termes concrets, que la Noblesse et le Clergé, qui étaient deux ordres privilégiés du fait de leur complicité avec la monarchie, obtenaient toujours le dernier mot vu que leur alliance tacite leur donnait à chaque fois deux voix contre une, mettant ainsi perpétuellement en minorité les députés du Tiers-Etat qui, eux, disaient représenter 97% du peuple français. Cette injustice par laquelle une minorité représentée par le Clergé et la Noblesse décidait de l’avenir de la majorité du Peuple en complicité avec le roi leur était désormais devenue inacceptable.

Malgré, donc, le refus du roi Louis XVI et malgré les brimades militaires du roi qui alla même jusqu’à interdire aux députés du Tiers-Etat l’accès à la salle de l’hôtel des Menus Plaisirs où se tenaient les Etats-Généraux, les représentants du Tiers-Etat, se réclamant désormais du Peuple, décidèrent de se constituer en Assemblée nationale ayant seule le pouvoir, entre autres, de consentir l’impôt. Devant la pression du Tiers-Etat, le Clergé finit par céder et à se joindre aux représentants du Peuple, commençant ainsi un processus qui allait mener, en 1789, aux grands bouleversements connus aujourd’hui comme la Révolution française.

Autrement dit, Honorable, en se forçant à un serment connu dans l’histoire de France comme le « serment du Jeu de paume », un serment par lequel ils juraient « de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie sur des fondements solides », les députés du Tiers-Etat déclenchaient là, en ce jour du 20 juin 1789, un processus insurrectionnel par lequel non seulement ils défiaient l’autorité du roi, mais aussi s’établissaient, dès le 9 juillet 1789, en Assemblée nationale constituante. La prise de la Bastille par le peuple 5 jours plus tard, c’est-à-dire le 14 juillet, sonnait le glas de la monarchie absolue en France. Le pays entrait donc, à partir de là, dans la phase populaire de la Révolution française. Deux ans plus tard, la France avait une nouvelle constitution qui intégrait les principes de la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789, principes qui, d’ailleurs, entérinaient le droit des peuples opprimés à l’insurrection libératrice.

On pourrait donc presque dire, Honorable, que la balle est quasiment dans vos mains. Ce que les députés français du Tiers-Etat firent en amont de la Révolution française, les députés pédégistes progressistes qui soutiennent votre action peuvent, aujourd’hui, le faire au Gabon.

Il leur suffirait de se rendre à l’Assemblée et y siéger indéfiniment pour demander le départ immédiat d’Ali Bongo, ce qui veut dire y rester jusqu’à son départ ou à sa destitution. Ali Bongo n’a alors que deux choix : déclarer le coup d’Etat en empêchant les députés d’aller à l’Assemblée ou les arrêter. Dans les deux cas, il sera cuit car le Peuple ne laisserait pas faire : ce sera le début de la Révolution au Gabon, c’est-à-dire cette insurrection dont certains ont souvent recherché l’événement déclencheur. Toute utilisation de l’armée, dans ce cas, deviendrait automatiquement un suicide politique pour Ali Bongo et ses jours au pouvoir seront comptés.

Honorable, vous et vos collègues députés et sénateurs avez la situation en mains. Vous pouvez en finir en une petite semaine si vous utilisez, comme je le suggère modestement ici, sans nécessairement tout révéler, l’arsenal de leviers constitutionnels à votre disposition, et ce dans la non violence la plus totale.

Le Gabon et les Gabonais vous regardent.

Puisse la Révolution française vous servir d’exemple et d’inspiration pour que, à votre tour, en tant qu’élus du Peuple, vous fassiez valoir le droit et contribuer à sauver notre République de la prise en otage par une seule famille, un seul clan.

Puisse le « mvet » des Français que je viens de vous conter vous inspirer suffisamment pour faire corps avec le Peuple et avancer, avec tous, dans la seule direction possible aujourd’hui au Gabon : la RUE.

Fait le 16 mars 2016 à Montclair, New Jersey (USA)

Dr. Daniel Mengara
Porte Parole de la dynamique 3e Voie/DTE
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA

Tél. : (+1) 973-447-9763
Bongo Doit Partir : http://www.bdpmodwoam.org
3e Voie/DTE : https://www.latroisiemevoie.org

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