Je vais le dire tout de suite. La démission de Guy Nzouba Ndama du perchoir de l’Assemblée nationale est, sur le plan stratégique, l’acte le plus inutile de toute l’histoire de la République.

Et maintenant que, grâce à l’interview qu’il a accordée à RFI ce 13 avril, nous en savons un peu plus sur les contours idéologiques hautement contradictoires de la pensée politique de Guy Nzouba Ndama, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que son acte de démission n’aura qu’un seul résultat durable, la réélection sans coup férir, hélas, d’Ali Bongo Ondimba en août 2016. Si cette élection se tient avec Ali Bongo comme candidat comme lui et d’autres candidats déclarés comme Jean Ping le souhaitent.

Que savons-nous aujourd’hui des contours idéologiques de la pensée politique de Guy Nzouba Ndama ? Peu de choses ou pas grand chose, car Nzouba Ndama, au final, tout comme Jean Ping, ne dispose en réalité d’aucune idéologie politique, d’aucune vision réelle pour un Gabon nouveau. Tout comme Jean Ping, il fait la politique façon brouillon, un peu comme on mange le macabo au village. Ici, le but est tout simplement de manger et se remplir la panse (faire la politique), un peu comme le font les animaux, sans plus. Le cerveau, qui devrait servir au formatage de la pensée libératrice, ici, ne sert strictement à rien. Ils sont tout simplement électoralistes et cet électoralisme béat, qui vend aux Gabonais le mirage d’une victoire contre Ali Bongo par les urnes, est un virus qui les ronge. Et comme je l’ai déjà dit par ailleurs, ce virus de l’électoralisme est un véritable fléau national qui compromet, à dessein, toute chance de jamais vraiment venir à bout de la malédiction bongoïste au Gabon.

DE LA VACUITÉ IDÉOLOGIQUE DU CANDIDAT NZOUBA

Ce qui peut être dit de l’idéologie, je dirais même de l’anti-idéologie, de Guy Nzouba Ndama, car basé sur ses propres déclarations contradictoires sur RFI, peut se résumer en les 3 points suivants :

1) Que, un, Nzouba pense qu’Ali Bongo fut légalement et légitimement élu en 2009 : Dans ce cas, pourquoi démissionner ? L’espace d’un instant, notamment au moment où circulait la rumeur de sa démission, de nombreux Gabonais ont cru que Nzouba, comme Barro Chambrier avant lui, démissionnerait sur la base de principes et que, sur cette base, il ne pouvait que remettre en cause la légitimité d’Ali Bongo. Or, par sa déclaration sur ce sujet sur RFI, c’est comme si Nzouba n’avait démissionné que pour venir, au sein de l’opposition, vendre la légitimité politique d’Ali Bongo et, du même coup, affaiblir les partisans de la tendance DTE (Destitution/Transition/Elections).

2) Que, deux, Nzouba n’a que foutre de la question de l’acte de naissance d’Ali Bongo qui, pourtant, est aujourd’hui le seul argument juridique de poids en faveur de la destitution immédiate d’Ali Bongo Ondimba ; et c’est le seul argument capable de justifier, également, toutes les démarches en destitution pouvant être aujourd’hui engagées contre Ali Bongo en vue non seulement de le disqualifier comme candidat, mais aussi d’obtenir son éviction de la présidence de la République AVANT l’élection. Autrement dit, sans cet argument, on ne peut que mener contre Ali Bongo une opposition classique qui confond le Gabon avec un pays démocratique dans lequel il suffirait d’aller à l’élection pour espérer défaire un impétrant sur la base de son bilan économique. Ils confondent le Gabon avec le Bénin ou le Sénégal ou quoi ?

3) Que, trois, comme Jean Ping, il représente un électoraliste de la pire espèce, c’est-à-dire quelqu’un qui démissionne sans une idéologie politique claire, quelqu’un qui démissionne sans savoir pourquoi il démissionne. Une chose est de claironner les platitudes habituelles sur la banqueroute de la gestion du pays par Ali Bongo, mais Nzouba ne pourrait valablement se dissocier de cette banqueroute puisque, pendant 40 ans, il a servi ce régime et pendant 19 ans, il a fait valider les budgets tronqués d’Ali Bongo par l’Assemblée nationale. On a presque l’impression que sa démission n’avait pour but que d’aller se porter candidat, mais sur la base d’une idéologie politique inexistante ou, pire, une idéologie bricolée et improvisée sur le tas, d’où les contradictions. En gros, Nzouba ne semble pas savoir pourquoi il a démissionné et pourquoi il s’oppose à Ali Bongo. Car, s’il ne peut valablement expliquer son opposition sur la base unique d’un bilan désastreux qu’il partage, hélas, avec Ali Bongo, et s’il n’est pas prêt à remettre en cause la légitimité politique d’Ali Bongo sur la base de l’acte de naissance frauduleux, qu’est-ce qui justifierait sa démission ? RIEN, en dehors, peut-être, de venir, comme tant d’autres avant lui, noyer la vraie opposition dans des candidatures multiples et les encourager à aller à des élections que tout le monde sait sont perdues d’avance au profit de… Ali Bongo Ondimba !

Autrement dit :

Au moment où les Gabonais recherchent désormais le changement par la force démocratique de la rue, et au moment où l’esprit DTE (Destitution/Transition/Election) que j’ai passé des années à insuffler dans la pensée politique nationale s’impose désormais comme la seule voie à même de garantir l’ascension au pouvoir d’un opposant, démissionner de la présidence de l’Assemblée nationale pour aller ensuite annoncer une candidature à une élection présidentielle perdue d’avance est un acte politiquement inutile qui n’a, en réalité, qu’une seule conséquence : préparer le pays à la réélection frauduleuse d’Ali Bongo Ondimba, ce qui en même temps, lui conférera une nouvelle légitimité tout en rendant caducs tous les débats sur l’acte de naissance frauduleux de 2009.

DE L’INUTILITÉ STRATÉGIQUE DE LA DÉMISSION DE NZOUBA NDAMA

Certes, ces démissions des députés pédégistes réfractaires de l’Assemblée nationale ou même du PDG ont pour effet, le temps d’un bref moment médiatique, d’agacer Ali Bongo et d’indisposer, voire humilier le régime. Mais leur effet politique à moyen et long terme est sans effet durable. C’est comme couper la queue à un lézard alors qu’on sait d’avance que cette queue, 60 jours après, finira bien par repousser et une fois la queue reconstituée, l’indisposition primordiale devient un lointain souvenir. Il y a donc une grande différence entre éventrer ou décapiter un lézard et se contenter, simplement, de lui couper la queue.

Autrement dit, une fois qu’Ali Bongo a remplacé son Président de l’Assemblée nationale démissionnaire par un autre, une fois qu’il a organisé des primaires pour remplacer les quelques députés démissionnaires, et une fois que les places laissées vacantes par les démissionnaires en tous genres auront toutes été réattribuées à des feudataires plus dociles capables de porter le régime pendant les 20 PROCHIAINES ANNÉES, à quoi auront, à la fin, servi ces démissions en dehors de leur bref effet médiatique ?

Une autre manière de poser la même problématique est la suivante :

1) La démission de Nzouba de la présidence de l’Assemblée ou même, plus tard, du PDG, quelle que fracassante qu’elle soit sur le plan médiatique, prive-t-elle Ali Bongo de la machine à frauder lors des élections ? Si l’on répond « NON » à cette question, c’est que cette démission est un acte INUTILE si par utilité nous entendons le besoin d’évincer, immédiatement, Ali Bongo du pouvoir. Sous ce scenario, des élections perdues d’avance restent, mathématiquement, des élections perdues d’avance puisque le régime en garde le contrôle.

2) La démission de quelques députés du PDG ou de l’Assemblée, quelle que fracassante qu’elle soit sur le plan médiatique, enlève-t-elle le pouvoir à Ali Bongo ? Si la réponse est « NON », alors l’on peut conclure que ces démissions VOLONTAIRES ne servent strictement à rien sur le plan stratégique si par « stratégique » nous entendons le besoin de créer les conditions de l’évincement immédiat d’Ali Bongo du pouvoir ou, à minima, sa disqualification du droit à la candidature. Sous ce scenario, Ali Bongo reste, hélas, mathématiquement, le dictateur qu’il a toujours été, c’est-à-dire, un dictateur au pouvoir. La honte n’a jamais tué un mécréant !

Un acte politique qui vaille la peine d’être posé est un acte qui doit mener à une crise politique. S’il n’y aucune crise politique, l’acte est inutile. Or, crise politique ne se confond pas avec effet médiatique. L’effet médiatique humilie le régime, mais ne l’affaiblit pas. Bien au contraire, à la manière du lézard, un régime comme celui des Bongo se réjouira toujours de voir les membres réfractaires quitter d’eux-mêmes le bateau par ces démissions volontaires et non provoquées, même si médiatiquement fracassantes et politiquement humiliantes pour le régime. Sur un plan purement stratégique, le PDG-Bongo préférera toujours ces démissions car une fois le membre réfractaire parti, il est immédiatement remplacé et sa place occupée par un feudataire plus docile qui, tapis dans l’ombre, attendait lui aussi son tour de pouvoir manger pendant les 20 PROCHAINES ANNÉES. Or ces remplaçants sont encore plus dangereux car ils feront tout pour qu’Ali Bongo reste assez longtemps au pouvoir pour leur permettre de bien manger eux aussi. Après, donc, l’indisposition initiale, le monstre à plusieurs queues qu’est le système Bongo/PDG se retrouve de nouveau entier et peut continuer son bonhomme de chemin une fois les réfractaires sortis. Boiteux certes, mais entier tout de même. Sur un plan purement mathématique, sortir du PDG par la démission est comme simplement permettre à Ali Bongo de refaire le PDG à son image et à sa convenance. Il en reprend le contrôle absolutiste au lieu de le perdre. Et nous voilà repartis avec les Bongo pour, au moins, deux décennies supplémentaires !

Seul Barro Chambrier et son groupe dissident connu aujourd’hui comme « PDG/Héritage et Modernité » ont compris la valeur stratégique de ne pas démissionner pour, de l’intérieur, ronger, et l’autorité d’Ali Bongo sur le PDG, et la stabilité de la faction PDG-Bongo. Ils ont compris que, quand on est un membre réfractaire du régime, c’est de l’intérieur que l’on abat le plus efficacement un monstre et non de l’extérieur. Une fois sorti, on perd le pouvoir de nuisance que l’on avait de l’intérieur. Certes, on peut être exclu, mais l’exclusion, dans ce contexte, ne peut venir qu’après l’acte ayant causé la crise, c’est-à-dire une fois que l’on a accompli un acte de nature à affaiblir le régime pendant qu’on est encore à l’intérieur.

En d’autres termes, Nzouba avait, à lui tout seul, le pouvoir d’abattre Ali Bongo sans effort, mais il a fui cette responsabilité pour aller jouer les opposants providentiels qui n’iront nulle part une fois l’effet médiatique estompé. Depuis le perchoir de l’Assemblée nationale, il avait le POUVOIR de provoquer une crise politique jamais vue au Gabon qui aurait pu mener à la chute immédiate d’Ali Bongo et de son régime, mais il a préféré faire le choix d’une démission sans conséquence immédiate aucune, permettant ainsi à Ali Bongo de sauver son régime en le remplaçant par un feudataire plus docile en la personne de Richard Auguste Onouviet. Autrement dit, Guy Nzouba Ndama vient, volontairement ou involontairement, de sauver Ali Bongo politiquement. Plutôt que de l’affaiblir, il a permis au monstre de se refaire et de reconstituer sa queue (son régime et son PDG) avec des hommes plus dociles capables, donc, de continuer à faire le travail de consolidation du régime que les « ba Nzouba » faisaient quand ils étaient encore dedans et aveuglément acquis aux idéaux de destruction nationale du PDG. Et plus les membres réfractaires du PDG démissionneront, plus ils libéreront le régime Bongo/PDG de ces nuisances, lui permettant ainsi de se reconstituer avec des fidèles d’Ali Bongo qui ne manqueront pas de continuer à faire demain ce que les Nzouba faisaient hier, c’est-à-dire travailler à la gloire éternelle des Bongo et de leur régime.

CE QUE NZOUBA ET SES COLLÈGUES DU PDG AURAIENT DÛ FAIRE POUR SERVIR LES INTÉRÊTS DU PEUPLE GABONAIS

Pour bien démontrer l’inutilité politique de l’acte de Nzouba, prenons quelques exemples :

1) De l’intérieur, donc en restant au perchoir de l’Assemblée nationale, Nzouba avait le pouvoir de convoquer une session extraordinaire de la chambre basse du parlement pour soulever, par le biais d’une enquête parlementaire, et ce même pour la forme, la question de l’acte de naissance frauduleux d’Ali Bongo. Il ne l’a pas fait. En sortant donc de l’Assemblée, il a non seulement perdu et abdiqué le pouvoir de le faire, mais aussi raté une belle occasion de causer, de l’intérieur, la chute d’Ali Bongo. Autrement dit, son acte de démission VOLONTAIRE a sauvé et renforcé Ali Bongo au lieu de contribuer à sa chute immédiate.

2) De l’intérieur, donc en restant au perchoir de l’Assemblée nationale, Nzouba avait le pouvoir de provoquer un vote par la chambre basse du parlement qui aurait eu pour objectif de destituer Ali Bongo du pouvoir sur la base de l’acte de naissance frauduleux. En ne le faisant pas et en préférant, plutôt démissionner, Nzoumba a abdiqué et, par cette abdication, il a sauvé Ali Bongo.

3) De l’intérieur, donc en restant au perchoir de l’Assemblée nationale, Nzouba avait le pouvoir de se dissocier publiquement d’Ali Bongo et d’organiser, de l’intérieur, une fronde parlementaire des députés du PDG qui, par conséquent, auraient pu donner un ultimatum de deux semaines à Ali Bongo pour quitter le pouvoir et, ainsi, provoquer une crise politique sans précédent dans l’histoire politique du Gabon. Il ne l’a pas fait.

4) De l’intérieur, donc en restant au perchoir de l’Assemblée nationale, Nzouba avait le pouvoir, à tout le moins, d’esquisser publiquement une idéologie explicitant le besoin de réformer la Constitution et de proposer, de l’intérieur, des amendements visant à défaire la Constitution de tous les articles qui ont permis le retour au mandat de 7 ans, l’établissement d’un seul tour d’élections, la suppression de la limitation des mandats, la mise sous joug présidentiel de la Cour constitutionnel, de la CENAP et même du parlement, proposant ainsi de refaire la loi avant l’élection en vue de permettre l’expression de la démocratie au Gabon. Même ce simple acte aurait pu mener à une crise politique sans précédent dans l’histoire politique du Gabon. Nzouba ne l’a pas fait.

On pourrait continuer ainsi ad infinitum la liste des actes insurrectionnels que Nzouba aurait pu, tout seul, provoquer depuis le perchoir de l’Assemblée nationale. Démissionner, donc, sans avoir osé ces actes de l’intérieur, ne peut être vu comme un acte de courage. L’acte de courage, c’est l’acte que Barro Chambier et son groupe ont initié en causant, pour une fois dans l’histoire du Gabon, la scission du PDG. Et pour le faire, ils n’ont pas démissionné. Bien au contraire, ils ont revendiqué leur droit au PDG, tentant ainsi de priver Ali Bongo du monopole qu’il veut exercer sur ce parti et laissant au régime la responsabilité de les exclure, prouvant ainsi qu’au Gabon, il n’y a pas séparation des pouvoirs et que l’immunité parlementaire qui est sensée protéger l’expression libre du député n’est pas respectée. L’acte électoraliste de Nzouba vient même, presque machiavéliquement, diluer cette stratégie de déstabilisation interne engagée par les membres de la faction PDG/Héritage et Modernité. Et sa reconnaissance de la légitimité d’Ali Bongo est une vraie douche froide pour ceux qui ont fait de son illégitimité leur principal cheval de bataille.

On pourrait, certes, imaginer un scénario par lequel, après des actes révolutionnaires par Nzouba depuis le perchoir, Ali Bongo aurait organisé un vote de défiance pour le sortir de la présidence de l’Assemblée et/ou l’exclure du PDG, mais une telle exclusion ne serait venue qu’après l’acte, donc uniquement après une crise politique qui n’aurait pas manqué de jeter les Gabonais dans les rues en soutien aux députés si Ali Bongo s’était aventuré à les faire arrêter ou s’engageait dans des brimades directes contre des députés techniquement protégés par l’immunité parlementaire. Les actes de Nzouba depuis le perchoir auraient pu, à ce titre, devenir l’événement déclencheur de la destitution d’Ali Bongo par la convergence des forces parlementaires et du pouvoir démocratique de la rue. Malheureusement, Guy Nzouba Ndama a préféré s’évader de cette responsabilité pour aller jouer les candidats providentiels dans une élection qui n’a aujourd’hui aucun sens au vu de l’impardonnable crime de faux et usage de faux dont Ali Bongo est aujourd’hui reconnu coupable à la fois par les Gabonais et les Français.

Pire, en manquant de s’allier ouvertement et publiquement à la tendance PDG connue aujourd’hui comme « PDG/Héritage et Modernité », le cavalier seul électoraliste de Nzouba ne servira strictement à rien. Le scénario qui aurait pu mener à l’écroulement du régime à partir d’actes posés de l’intérieur par des réfractaires pédégistes vient donc, avec la démission inexplicablement inutile de Nzouba, de perdre un des maillons stratégiques qui auraient pu, en l’espace de deux ou trois semaines, causer la démission immédiate d’Ali Bongo du pouvoir. Comme au Burkina.

CE QUE NZOUBA ET SES COLLÈGUES DU PDG POURRAIENT ENCORE FAIRE POUR SERVIR LES INTÉRÊTS DU PEUPLE GABONAIS

Pourtant :

Ce scénario de la révolution interne initiée par des pédégistes réfractaires, que j’avais déjà expliqué le 16 mars dernier dans ma « troisième lettre au Professeur Barro Chambrier » (http://www.bdpmodwoam.org/articles/2016/03/16/troisieme-lettre-du-dr-daniel-mengara-a-lhonorable-alexandre-barro-chambrier),  était et, aujourd’hui encore, reste le seul à même de causer immédiatement et sans effusion de sang, la chute d’Ali Bongo. J’avais résumé et suggéré ce scénario en 5 points stratégiques non-exhaustifs, qui sont les suivants :

POINT 1 : Nous savons tous être en année électorale. Vu qu’aucune des dispositions actuelles de la Constitution n’interdit sa révision avant le vote, toute idée de réforme devant, comme Jean Ping et Ali Bongo le veulent, attendre la fin de l’élection pour réformer est dangereuse pour le Gabon et, sur cette base, ne peut que perpétuer la dictature. Par ailleurs, cette position de Jean Ping qui dit « Elections d’abord, Destitution ensuite » est irréductiblement STUPIDE parce que basée sur un non-sens. Si vous allez aux élections et vous gagnez, la destitution devient quoi alors ? Allez-vous destituer quelqu’un qui a perdu l’élection vu que, par essence, la perte d’une élection conduit à la démission automatique du perdant dès lors que sa défaite ne fait aucun doute et il est disposé à quitter le pouvoir après avoir reconnu sa défaite ? Mais encore faut-il par la suite démontrer comment vous allez gagner une élection perdue d’avance contre un régime formaté pour gagner par la fraude ? Encore faut-il démontrer, ensuite, comment vous allez ACCÉDER AU POUVOIR face à un régime qui a refusé de reconnaître sa défaite et, donc, s’est imposé en 1993, 1998, 2005 et 2009? Sauf si évidemment, dans ce contresens, il y a une reconnaissance tacite de la maladresse qu’il y a à attendre de se battre, APRÈS l’élection et alors qu’il est trop tard, pour tenter d’obtenir, sans garantie de succès, ce pour quoi on aurait dû se battre AVANT l’élection et l’obtenir, avec garantie de succès ?

Rien n’interdisant, donc, une réforme avant le vote, la meilleure manière de garantir l’élection d’un opposant consiste plutôt à obtenir la disqualification et l’évincement d’Ali Bongo avant l’élection ! Et vu que, au titre de l’Article 116 de la Constitution actuelle du Gabon, il est simplement dit que la Constitution ne peut être révisée en période d’intérim de la Présidence de la République ou pendant la période qui sépare la proclamation de l’élection présidentielle du début d’un mandat présidentiel, tout est encore possible en matière de réforme préélectorale. Les Gabonais disposent encore de suffisamment de temps pour forcer une remise à plat des institutions avant l’élection, remise à plat qui devrait inclure, obligatoirement, le retour au deuxième tour d’élection que les Gabonais appellent de tous leurs vœux, un retour qui, en plus, rendrait caduque toute posture de candidature unique vu que celle-ci n’a de sens que si l’on est prêt à aller à des élections perdues d’avance dans le cadre du dispositif électoral actuel. Il suffirait donc à la tendance réfractaire du PDG, notamment celle de PDG-Héritage et Modernité, de mobiliser suffisamment de députés réfractaires pour forcer le régime à la démocratisation de nos institutions. Mais ceci veut aussi dire que toute tentative de réviser la Constitution à l’avantage d’Ali Bongo peut être bloquée par les députés réfractaires dès lors qu’ils priveraient Ali Bongo des deux tiers de Députés requis pour l’adoption de tout projet de révision de la Constitution à son avantage.

POINT 2 : Dès l’annonce de sa candidature, Ali Bongo s’est retrouvé coincé par l’article 11 de la Constitution. Cet article a deux volets importants qui disent, d’une part, qu’il ne peut plus dissoudre le Parlement, et d’autre part, ne peut plus légiférer par ordonnance. Ceci, en langage simple, veut dire que les Députés et Sénateurs se retrouvent protégés de toutes représailles présidentielles et acquièrent la capacité d’user de leur pouvoir de destitution sans coup férir. Autrement dit, à partir du 29 février 2016, les députés gabonais avaient devant eux une fenêtre stratégique de cinq mois pour destituer Ali Bongo en toute impunité sans crainte de quelques représailles que ce soit. Mais cela veut aussi dire que s’ils s’engagent dans cette voie, il leur faut OBLIGATOIREMENT réussir l’évincement d’Ali Bongo. Tout échec les exposerait aux représailles qui ne manqueraient pas de s’abattre sur eux dès septembre 2016 si Ali Bongo est candidat et se retrouve de nouveau « élu ».

POINT 3 : Ali Bongo ayant, de par sa déclaration de candidature, perdu tout pouvoir de dissolution directe du parlement, il ne lui reste comme possible issue que l’exclusion des membres réfractaires du parti, ce qui lui donnerait la possibilité, indirecte, de rendre vacants, au titre de l’article 39 de la Constitution, les sièges des députés qu’il exclurait du PDG. Mais si la faction PDG/Héritage et Modernité et autres alliés pédégistes jouent bien leur partition, il leur suffirait d’attirer en leur sein, officiellement et SANS DÉMISSIONS, la moitié des députés PDG encore en exercice, mettant alors Ali Bongo dans une situation où il doit exclure la moitié ou plus des députés du PDG s’il veut garder le contrôle du pays. Mais ceci faisant, il causerait des vacances de sièges qui videraient le parlement de la moitié de ces membres. On a du mal à voir Ali Bongo se hasarder dans un tel suicide politique car il lui faudrait non seulement, dans ce cas, organiser, à peine quelques mois avant l’élection présidentielle, des législatives partielles dans le contexte d’un parlement exsangue, mais aussi faire face à une fronde au sein du PDG qui lui garantirait une insurrection pédégiste de l’intérieur même du régime, donc une chute immédiate du pouvoir. Il n’a donc aucun autre choix que subir l’évincement, pourvu que les députés pédégistes comprennent la force stratégique dont ils disposent encore en ces quelques mois de pré-campagne électorale.

POINT 4 : Ce qui précède aurait des conséquences intéressantes. Un parlement privé de la moitié de ses membres devient une Assemblée inexistante car incapable de légiférer. Mais une telle Assemblée peut, néanmoins, engager des procédures visant à la destitution d’Ali Bongo par voie parlementaire et mener à une situation de blocage, donc de crise politique tellement profonde qu’Ali Bongo se retrouverait contraint, soit de démissionner, soit de faire un coup d’Etat et transformer son régime en régime militaire sans parlement. Dans ce dernier cas, ce serait un suicide politique et il ne manquerait pas de sauter du pouvoir au bout d’un mois sous la pression de la communauté internationale et nationale. Autrement dit, il est cuit. Pourvu que nos députés veuillent bien le comprendre et prendre leur courage à deux mains.

POINT 5 : Il reste aussi que, avec la majorité progressiste, quoiqu’encore silencieuse, dont les réfractaires disposent encore au sein de l’Assemblée, il leur serait possible de faire chuter par des motions de censure tout gouvernement qu’Ali Bongo pourrait mettre en place, menant ainsi à une situation d’ingouvernabilité totale qui confinerait Ali Bongo soit à la démission, soit à un coup d’Etat miliaire. Cette dernière option lui serait, évidemment, elle aussi, suicidaire. Et il n’est pas impossible, justement, que dans cette foulée, une Haute Cour de justice soit mise en place qui se chargerait de la sentence de destitution à l’encontre du dictateur vu qu’il en serait venu à des violations tellement flagrantes de la constitution, dont les brimades directes contre les députés, que ses jours au pouvoir seraient comptés.

Autrement dit, Si Guy Nzouba Ndama avait vraiment voulu « tuer » Ali Bongo Ondimba, il lui aurait suffit de fomenter ouvertement, depuis l’intérieur et en tant que président de l’Assemblée nationale, un mouvement réfractaire qui, en association avec celui de Barro Chambrier, aurait mené à une démarche d’évincement d’Ali Bongo par le parlement gabonais. Qu’allait faire le dictateur ? Rien, car il ne peut ni dissoudre l’Assemblée en une année électorale où il se serait porté candidat ni exclure tous les députés réfractaires du PDG, au risque de se retrouver sans parlement acquis à sa cause. Et pour les députés insurgés, la protection se trouve dans le nombre. En s’y mettant tous ensemble, ils se protègent tous des brimades. Et c’est là que se trouvait l’atout de Nzouba, c’est-à-dire le levier sur lequel il pouvait peser pour amener ses collègues députés et sénateurs, exclus et non exclus, à désavouer publiquement Ali Bongo, à rejeter sa candidature et à fomenter sa destitution immédiate conformément aux prérogatives qui sont les leurs en tant qu’élus du Peuple.

Cette possibilité est-elle perdue ? Pas encore, mais il est impossible de rallier le peuple ou même des députés à la cause de la destitution quand, en même temps, tout ce qu’on dit vouloir, c’est participer à une élection perdue d’avance où on espère pouvoir « empêcher Ali Bongo de tricher » ? Ah bon ? Empêcher Ali Bongo de tricher, dans quel Gabon ? Nzouba Ndama sait-il, au moins, que la seule manière, infaillible et mathématique, d’empêcher Ali Bongo de tricher et assurer l’élection d’un opposant consiste à le priver de candidature et, donc, à l’évincer du pouvoir avant le vote, ce qui veut dire mobiliser la rue pour cet objectif et non l’objectif d’une élection perdue d’avance où Ali Bongo serait candidat ?

LA RUE COMME PASSAGE OBLIGÉ

Au final, si Nzouba est sincère dans son engagement, ce n’est pas d’élections ou de candidatures qu’il faut parler aux Gabonais, mais d’insurrection, en vue de la destitution d’Ali Bongo avant l’élection. Il lui incombe, donc, à lui et à ses collègues réfractaires du PDG, de rallier rapidement une majorité de députés et de sénateurs PDG à la cause d’une destitution immédiate d’Ali Bongo au moment où il a perdu son pouvoir de dissolution de l’Assemblée : ce qu’Ali peut faire à un ou trois députés isolés, ils ne peut le faire à la moitié du parlement. Et les députés n’auraient aucune raison de le craindre car une fois destitué, quel pouvoir de représailles lui resterait-il en dehors d’un coup d’Etat restaurant un parti unique militarisé au Gabon ? Et s’il restaure le parti unique, ne s’assure-t-il pas une éviction immédiate par la communauté internationale et la RUE ?

Et comme il ne peut valablement organiser d’élections législatives partielles entre maintenant et août sans risquer une révolte interne des quelques pédégistes qui auraient encore pu croire en lui, il est facile de conclure, en gros, qu’Ali Bongo est cuit. Et il peut être cuit par la seule action des députés et sénateurs PDG, sans même avoir besoin d’appeler le peuple dans les rues.

Autrement dit, la seule donne gagnante aujourd’hui pour toute personne souhaitant non seulement la fin mathématiquement annoncée du régime, mais aussi la réforme préélectorale consiste à rallier la mouvance DTE désormais majoritaire dans le pays, celle-là même qui dit qu’il faut d’abord destituer le monarque, ensuite mettre en place une transition réformatrice qui préparera le pays à des élections démocratiques dignes de ce nom. La séquence DESTITUTION, TRANSITION, ÉLECTIONS est, au final, la seule qui soit viable et, donc, marcherait.

Toute autre démarche, je dis bien toute autre démarche, qui s’éloignerait de la séquence DTE qui commande une réforme avant toute nouvelle élection au Gabon est une démarche visant au maintien du dispositif de dictature au Gabon, avec ou sans Ali Bongo. Promettre la réforme après une élection que l’on n’est même pas sûr de gagner est un fantasme, une utopie et, au final, un signe de mythomanie. Les Gabonais doivent barrer le chemin aux électoralistes qui veulent leur vendre l’illusion d’une réforme APRÈS les élections. Autant dire directement aux Gabonais qu’on est candidat pour donner la victoire à Ali Bongo !

Surtout que, mathématiquement, les électoralistes n’ont aucune chance d’arriver au pouvoir. Ce qu’ils ne disent pas aux populations, et qui leur fait peur, est que tout changement au Gabon qui viendrait par l’approche insurrectionnelle conduit automatiquement, mathématiquement, incontournablement, à une TRANSITION. Si, donc, comme nous le souhaitons, Ali Bongo est DESTITUÉ, on aboutit automatiquement à une transition. Or, transition veut dire période de préparation aux VRAIES élections suite à une RÉFORME. Et la réforme, naturellement, prive tous les candidats providentiels actuels de la certitude de pouvoir gagner en contexte véritablement démocratique dans une élection à deux tours. Ces électoralistes, comme Ali Bongo, ont une peur bleue de la démocratie car ils savent que leur seule chance de gagner consiste alors à essayer de convaincre les Gabonais d’aller voter dans des élections perdues d’avance. Pour ensuite célébrer, après l’élection, des « réconciliations » avec Ali Bongo pour « préserver » la paix et partager le gâteau du sang et des crimes rituels, sur le dos des Gabonais.

Mais les Gabonais ne sont plus dupes. Ils savent que participer à des élections avec Ali Bongo comme candidat et comme président, c’est donner ouvertement le pouvoir à Ali Bongo. Ils savent aussi, par contre, que seule la séquence DTE est à même de réussir. Voilà pourquoi ils ne suivront pas les électoralistes dans leur désir de vendre une énième fois le Gabon aux Bongo Ondimba.

Pour le peuple gabonais, la première étape consiste à d’abord abattre le monstre. Les élections viendront après.

A bon entendeur…

Dr. Daniel Mengara
Porte-Parole, 3e Voie/DTE
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA

Tél. 973-447-9763

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