Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

Question principale à 48 heures du scrutin : Comment « gagne-t-on » « démocratiquement » une élection par la fraude?

A cette question s’ajoute immédiatement une autre: au moment où certains ici et là au sein de l’opposition électoraliste gabonaise parlent, bien naïvement, de candidature unique et de « brigades antifraudes » pour soi-disant « sécuriser le vote », on a bien envie de leur demander comment ils vont faire et par quel miracle ils vont passer pour « sécuriser le vote » dans un système formaté pour assurer les « victoires » frauduleuses du parti au pouvoir?

A ces deux questions, le Gabon des Bongo Ondimba semble avoir trouvé la solution frauduleuse idéale: le vote par procuration, qui est une donne nouvelle dans le code et les procédures électoraux gabonais. La pratique du vote par procuration, restée largement théorique et embryonnaire dans les élections précédentes, trouvera application frauduleuse très large lors des élections présidentielles du 27 aout 2016.

Depuis, en effet, deux semaines, des sources diverses font état de « l’achat » de cartes d’électeurs par le système en place. Le processus de cet « achat » ou « commerce de cartes d’électeurs » est simple:

1) Vous remettez votre carte d’électeur à un des sbires chargés d’enregistrer votre procuration ;

2) En échange de votre carte, on vous remet un montant de « remerciement » se situant entre 15.000 et 150.000 CFA selon votre statut social ;

3) Photocopie est prise de votre carte accompagnée par votre signature reconnaissant le vote par procuration ;

4) Le régime vote, donc, pour vous le 27 août.

On pourra donc naturellement s’attendre à ce que tous ceux qui ont vendu leur carte d’électeur, donc leur vote, restent naturellement à la maison le 27 août vu que leur vote aura déjà été enregistré. Et si, d’aventure, ces personnes allaient voter une « seconde fois », on annulerait naturellement ce « second » vote au bénéfice du vote par procuration. Et voilà des Gabonais votant « légalement » et « démocratiquement » pour Ali Bongo sans qu’il n’y ait grand chose à redire puisque, corruption ou pas, c’est « volontairement » que ces Gabonais indignes se seront délestés de leur droit citoyen le plus précieux en faveur de quelques CFA. Mais là encore, on ne saurait s’étonner : pendant 50 ans, le régime des Bongo a tellement bien conditionné les Gabonais à la famine, donc à son corollaire de mendicité, que l’on commence finalement à comprendre pourquoi : c’est dans des moments électoralistes comme celui-ci que cette famine porte tous ses fruits. Tout y passe : tee-shirts, « dons », cuisses de dindons, sacs de riz et, maintenant, le commerce des cartes d’électeurs.

Autrement dit, à cette élection, la fraude ne viendra plus exclusivement des méthodes classiques qui consistaient pour le régime à distribuer des cartes de vote et de nationalité aux ressortissants étrangers. Le vote par procuration sera, à cette élection, le moyen le plus efficace du régime des Bongo Ondimba de « frauder à ciel ouvert » et de pouvoir présenter au vu et au su de tout le monde des « preuves » tangibles de votes en faveur d’Ali Bongo parce que « vérifiables », et ces « votes » seront utilisés pour valider la « victoire », serrée ou large, du candidat Bongo.

LA « SÉCURISATION » DU VOTE ET LES « BRIGADES ANTOFRAUDES » : UN DANGEREUX LEURRE POUR LES PARTISANS DU CHANGEMENT VÉRITABLE

Pour ceux qui mettent, donc, tous leurs espoirs dans la fameuse théorie de la « sécurisation du vote » par les fameuses « brigades antifraudes » de notre fameuse opposition électoraliste, l’on se demande bien par quel moyen miraculeux ils pourront sécuriser ce vote quand l’adversaire, disposant de toute la force de son arsenal de fraude, peut simplement, pour conforter « démocratiquement » ou non-démocratiquement sa victoire:

– se payer massivement autant de cartes d’électeurs qu’il veut dans un pays où la corruption des électeurs ne semble pas être un délit : le simple fait de permettre des « dons » même de simples tee-shirts aux électeurs n’est-il pas déjà une officialisation de la corruption électoraliste, une pratique que même les opposants utilisent pour « sécuriser » le vote des militants, hélas?

– fabriquer des procès-verbaux contenant des résultats autres que ceux constatés dans les urnes;

– distribuer, à la manière classique, des cartes d’électeurs et des certificats de nationalité aux ressortissants étrangers, notamment dans le Haut-Ogooué où des Congolais venant du Congo Brazzaville votent généralement dans les élections gabonaises, gonflant souvent ainsi épisodiquement le nombre d’électeurs et de résidents dans cette province !

– corrompre les représentants de l’opposition dans les bureaux de vote les plus isolés, donc les plus manipulables : ceci est une pratique avérée au Gabon depuis 1993 ! Et comme il n’y aura cette année que 2600 bureaux de vote en gros, il serait assez facile pour le régime de corrompre la moitié des représentants de l’opposition et ainsi valider des résultats autres que ceux sortis des urnes;

– décrédibiliser les possibles complaintes des observateurs internationaux, qui ne seront pas présents sur les 2400 à 2600 bureaux de vote annoncés pour cette élection: BBC Afrique rapportait en effet ce 22 août que « selon le correspondant de la BBC à Libreville, 50 observateurs ont été déployés par l’Union européenne et 75 -venant de 33 pays – par l’Union Africaine ». C’est peu pour garantir une crédibilité fiable de leurs observations, surtout au vu du fait que la majorité de ces observateurs sera déployée dans les grands centres urbains, laissant ainsi la majorité des bureaux de vote à la merci frauduleuse du régime. Autant dire que ces observations, c’est de la poudre aux yeux, rien d’autre.

– faire annoncer par CENAP, Ministère de l’intérieur et Cour constitutionnelle interposés, des résultats autres que ceux sortis des urnes, comme il l’a fait en 1993, 1998, 2005 et 2009, sans que l’opposition puisse démontrer ni prouver le contraire. En 2009, ni Pierre Mamboundou ni André Mba Obame ne disposaient de plus de 800 procès-verbaux chacun dans une élection où il y avait pourtant 2800 bureaux de vote nationalement et internationalement. L’opposition, cette fois-ci, peut-elle se targuer d’être suffisamment représentée dans tous les bureaux de vote pour recueillir la totalité des procès-verbaux ? Ou va-t-elle faire comme Mba Obame me le confia jadis en 2009 alors qu’il était réfugié à l’ambassade du Cameroun, c’est-à-dire s’en remettre à la Cour constitutionnelle pour à la fois lui fournir les procès-verbaux manquants et, ensuite, dire le droit ?

– utiliser, à des fins de communication politique, les images d’un Gabon « démocratique » où des opposants se réunissent « librement » et sans troubles lors de la campagne pour justifier, aux yeux du monde, une élection apaisée qui devrait être considérée crédible malgré les quelques manquements « normaux » auxquels on aurait pu assister ici ou là ;

– et enfin, mobiliser l’armée pour étouffer dans l’œuf toute velléité de révolte au sein d’un Peuple que l’opposition n’a jamais préparé à la révolte post-électorale.

Et ce n’est là que la partie visible de l’iceberg vu qu’on a même entendu des rumeurs selon lesquelles le régime utiliserait aussi en ce moment la méthode « Zibi » pour vider Libreville de la majorité de ses jeunes dont on paierait actuellement le voyage pour qu’ils quittent Libreville et aillent au village le temps que l’élection passe, non sans avoir au préalable, évidemment, vendu leur carte d’électeur à Ali Bongo. Ceci pour amoindrir leur incidence dans un potentiel soulèvement populaire à Libreville, comme en 2009.

LES LOGICIELS ET APPLICATIONS ANTIFRAUDE : UNE AUTRE ILLUSION QUI NE PEUT RIEN CHANGER

On a entendu, certes, certains prétendre que la mise en service d’applications Internet de surveillance du vote comme le logiciel R.E.G.A.B. permettrait aux Gabonais de communiquer en temps réel les informations issues des bureaux de vote. Mais c’est oublier que le régime peut facilement se protéger de cela:

1) il peut se protéger de cela en faisant polluer ces mêmes applications avec des contre-informations qui pourraient venir jeter le trouble et le doute dans la fiabilité des résultats ainsi rapportés par les citoyens: noyer ces systèmes avec des informations contradictoires pourtant envoyées par des Gabonais jetterait rapidement le doute sur ces rapports citoyens : on ne pourra jamais savoir si les informations envoyées sont envoyées par des partisans de l’opposition ou des partisans du régime ;

2) il peut également se protéger de cela en bloquant, comme au Congo-Brazzaville, tout à accès à Internet, Facebook ou Twitter le jour de l’élection, y compris en organisant l’interruption des services de messagerie, privant ainsi les citoyens de l’accès au plus simple texto.

COMMENT ON FABRIQUE UNE « VICTOIRE » FRAUDULEUSE, CANDIDAT UNIQUE DE L’OPPOSITION OU PAS

S’agissant, maintenant, de la proclamation des résultats, il est attendu que le régime, cette fois, utilise des méthodes de manipulation mentale qui mettront les Gabonais et la communauté internationale dans l’embarras. Autrement dit, candidature unique de l’opposition ou pas, le régime pourra, là aussi, se jouer facilement de l’opposition : il fraudera tout en donnant l’impression d’un vote serré en vue de crédibiliser son résultat volé. Pour cela, il lui suffira de faire les deux acrobaties suivantes selon le cas de figure :

1) sans candidature unique de l’opposition, il lui suffira de donner 30,5% à Ali Bongo, 29,5% à Ping, 20% à Ndong Sima, 10% à Moubamba, et le reste aux autres. Dans une élection à un tour, ce qui importe, c’est la victoire, même si on ne l’a « gagnée » que d’une courte tête ;

2) avec candidat unique de l’opposition, il lui suffirait de donner, dans le contexte d’un duel ainsi établi, 50,1% à Ali Bongo et 49,5% à Jean Ping. Là encore, comme on le voit, le duel facilite encore mieux la proclamation d’un résultat serré, surtout qu’on peut donner l’argument selon lequel une candidature unique établie seulement à 10 jours du vote n’aura pas laissé suffisamment de temps à Jean Ping pour solidifier et consolider son électorat.

3) Il y a aussi le fait que les électoralistes sont restés trop longtemps à cheval entre leur fameuse théorie de la « disqualification »—théorie qu’ils émettaient comme argument contre ceux de la DTE (Destitution-Transition-Elections) qui, eux, militaient pour un blocage du pays avant l’élection—et les appels aux électeurs d’aller s’inscrire sur les listes électorales. Cette indécision des électoralistes, qui leur a fait perdre un temps précieux durant lequel ils n’ont pu pleinement s’unifier pour se préparer à ce même vote qu’ils préféraient comme démarche politique, fera que bon nombre de leurs électeurs potentiels, notamment les jeunes, qui sont longtemps restés à croire qu’il y aurait des activités de « disqualification » d’Ali Bongo avant l’élection, ne sont pas allés s’inscrire sur les listes électorales. Les grosses foules que l’on voit en ce moment autour de Jean Ping risquent, demain, de ne devenir qu’une simple illusion de popularité qui n’aura aucune grande incidence dans les urnes. La « candidature unique » de Ping, obtenue trop tard à seulement 10 jours du vote, et sur un socle de division qui laisse encore 9 candidat en lice au sein de l’opposition, risque donc elle aussi de ne pas non plus porter tous ses fruits.

LES RÉALITÉS ET LES ENJEUX

Autrement dit, une analyse scientifique du contexte de cette élection laisse entrevoir, comme en 1993, 1998, 2005 et 2009, les mêmes scénarios de fraude, mais scénarios augmentés, cette fois-ci, par plus de sophistication dans la manière même de frauder: outre les médias d’Etat interdits aux opposants—et tenant compte du fait que le candidat Ping aura lui-même, en refusant d’aller présenter son programme à la télévision gabonaise, donné un argument supplémentaire au régime pour justifier la « défaite » de Ping (tous les Gabonais n’ont pas pu entendre son message)—il y a maintenant la tactique des cartes d’électeurs achetées en vue d’un vote par procuration que le régime fera compter en sa faveur.

L’Union européenne vient elle-même d’ailleurs de « tomber » dans ce piège du vote par procuration puisque, dans un article du 25 août 2016, la Deutsche Welle rapporte que Mariya Gabriel, la Bulgare chargée de la Mission d’observation de l’Union européenne, aurait « également plaidé pour que l’Institution électorale, dirigée par le magistrat René Aboghe Ella, fournisse au public « des données détaillées » sur le vote par procuration ».

Cette reconnaissance du vote par procuration dans un pays comme le Gabon où ce type de données ne peut être considéré comme fiable ni crédible annonce des lendemains difficiles pour les tenants des théories électoralistes au Gabon. L’achat des cartes d’électeurs sera démonstrativement à même d’établir que des électeurs ont bel et bien voté par procuration, même si nous savons que cela aura été par le biais de la corruption des consciences. Mais en Afrique, on se fout éperdument de la conscience !

Pour ma part, je continue à persister et à signer que la solution, en 2016, ne fut jamais de participer, de manière béate et sans conditions, à une élection perdue d’avance. La solution était de bloquer l’élection par des méthodes D.T.E (Destitution – Transition – Elections) déployées AVANT le vote pour que cette élection ne se tienne pas du tout. Ce blocage aurait permis, a maxima, de causer l’écroulement en bonne et due forme du régime ou alors, a minima, créé un contexte de réformes qui aurait pu mener à une nouvelle constitution et, donc, à des élections plus crédibles dans un délai de 6 mois.

MAINTENANT QUE LE VIN EST BU, ON NE POURRA PLUS ÉVITER LE BAIN DE SANG

Quid, donc, de l’effet de la candidature unique sur les chances de l’opposition de gagner par les urnes et, ensuite, de faire reconnaître sa victoire au lendemain du 27 août 2016?

Réponse simple : aucun effet si la candidature unique est vue comme un simple vecteur électoraliste dans une stratégie électoraliste classique où l’on espère gagner le pouvoir par les urnes.

Réponse complexe : beaucoup d’effet si elle avait été conçue comme un outil révolutionnaire de prise de pouvoir par la force démocratique de la rue, outil mis à la disposition de la nation non pas pour porter un candidat à une victoire impossible par les urnes, mais pour causer une mobilisation populaire ayant pour seul objectif le blocage des élections AVANT le vote. Autrement dit, le socle révolutionnaire d’une candidature unique aurait été, comme on le voit en ce moment, de créer les conditions d’une mobilisation du Peuple et, ainsi, obtenir les FOULES, j’allais dire les MASSES POPULAIRES, dont la révolution avait besoin. Une fois ces foules obtenues, comme c’est plus ou moins le cas en ce moment, il devenait alors impératif de tout faire pour tout faire basculer, pour tout faire bloquer en créant les conditions de l’INGOUVERNABILITÉ avant le vote.

On me dira, certes, que je veux envoyer les Gabonais dans la violence et au casse-pipe alors que moi-même je suis réfugié à l’étranger. Soit. Mais qu’est-ce que le fait que je sois au Gabon ou à l’étranger change à cette équation ? Tous les chemins, qu’on le veuille ou pas, et que je sois là ou pas, passent par là. En refusant de bloquer l’élection avant qu’elle ne se tienne, les partisans de l’électoralisme se condamnent exactement, après l’élection, au même scénario de la RUE que je préconise vu qu’Ali Bongo n’acceptera pas la victoire de l’opposition sans bain de sang et sans y être forcé. Seulement, le fait d’attendre qu’il ait proclamé sa victoire rend plus difficile et plus violente la lutte car le régime, ayant maintenant plus de raisons de se maintenir au pouvoir après un vote frauduleux, sera prêt à se défendre encore plus âprement après l’élection qu’avant. Etant donc entendu qu’il y a plus de potentiel de violences et de bains de sang après l’élection qu’avant, la logique aurait voulu que l’on forçât, au minimum, un report de l’élection en vue des réformes institutionnelles nécessaires. Je continue de penser qu’il était plus facile de bloquer l’élection avant le vote qu’il ne sera de causer la chute du régime après le vote. Là où on aurait pu perdre une seule vie, par exemple, en bloquant tout avant le vote, on risquera d’en perdre 100 en s’essayant à une insurrection après le vote. Certes, comme je l’ai toujours dit, c’est le prix à payer, mais fallait-il forcément payer le prix le plus lourd ?

QUE RESTE-T-IL DONC À FAIRE ?

Pas grand chose. Ceux qui avaient vu en l’approche électoraliste une manière facile d’arriver à la victoire vont devoir se faire à l’idée que la seule garantie non pas de victoire, mais d’accession au pouvoir qui reste à l’opposition va, en réalité, devoir passer par des bains de sang après l’élection si vraiment l’opposition veut arriver au pouvoir. Il n’y a plus moyen, maintenant, d’éviter ces bains de sang que seul un blocage de l’élection avant le vote aurait permis d’éviter, non pas entièrement, mais grandement, façon Burkina. Après, c’est toujours trop difficile car cela demanderait deux choses, au moins, mais des choses pas faciles à obtenir car presqu’impossibles dans leur concomitance: cela demanderait, d’une part, que le régime des Bongo accepte d’abdiquer sans résister et que, d’autre part, la communauté internationale déclare Ping vainqueur et, donc, demande à Bongo de quitter le pouvoir sans résister. L’un et l’autre, hélas, ne pourraient s’obtenir qu’après un bain de sang.

La question se pose alors : l’opposition qui a préféré compliquer la démarche insurrectionnelle qui aurait pu, si déclenchée avant l’élection, libérer le Gabon sans bain de sang sera-t-elle prête, maintenant, à assumer les conséquences de son choix, c’est-à-dire ces bains de sang inévitables pour arriver au pouvoir, vu qu’elle s’est maintenant condamnée aux violences post-électorales pour accéder au pouvoir? On ne le dira donc jamais assez : Aller aux élections pour espérer le hasard d’une insurrection non préparée après l’élection était un choix hautement masochiste. Personne ne comprendra jamais pourquoi notre opposition, au Gabon, aime toujours à rendre si difficiles et compliquées des choses pourtant si faciles. Hélas.

Or, la question même d’une insurrection post-électorale reste aléatoire. Il n’y a dans aucun des discours actuels aucun signe que les populations sont en train d’être préparées physiquement et mentalement, non pas à la sécurisation d’un vote qu’ils ne pourront jamais sécuriser sauf si on croit aux illusions, mais à la défense insurrectionnelle de leur vote, chose qu’ils peuvent physiquement faire si on les y prépare par des discours clairs, francs et directs, et par une préparation minimale à la résistance physique et à la logistique de cette résistance. Dans les discours actuels, hélas, ce sont les mêmes vieilles platitudes qu’on entend depuis 1993 qui ressortent, les mêmes appels à aller voter, les mêmes avertissements creux au régime, les mêmes appels à la communauté internationale, les mêmes appels futiles à sécuriser les votes. Personne n’a encore dit aux Gabonais exactement comment défendre leur vote. Et ce n’est pas à 48 heures du vote que l’on peut préparer un peuple à une révolution que l’on veut victorieuse, sauf si on veut persister avec le type d’improvisations qu’on a vues en décembre 2014 avec la mort inutile de Mboulou Beka.

Autrement dit, le scénario de 2009 est, en réalité, déjà en place, malgré les apparences, malgré les foules, les mêmes foules comme on en a déjà vues en 1993, 1998, 2005 et 2009. Et comme en 2009, on parle de fameuses stratégies secrètes que l’on évite soigneusement de communiquer au Peuple : on attend que le Peuple devine lui-même des mots d’ordre que personne n’ose lancer, que le Peuple sache tout seul quoi faire sans qu’on lui dise exactement quoi faire. Ces immenses foules attirées par le candidat unique qu’on nous vante, ces foules qui auraient pu être utilisées pour bloquer l’élection à moindre coût avant le vote sont en train d’être, curieusement, canalisées, gentiment, vers le vote. Le vote des moutons. 2016 risque fort bien d’être comme 2009. Pire même encore au vu des espoirs, des attentes, des illusions semées.

LA POUDRE AUX YEUX DE LA « VICTOIRE » D’UN CANDIDAT UNIQUE : IL DIRIGERA COMMENT ?

Une autre vérité que les électoralistes ont oublié de dire aux Gabonais est la suivante : le candidat de l’opposition, unique ou pas, est, en l’état actuel des choses, un candidat indépendant par définition. Ceci veut dire qu’il serait, si le miracle se produisait, élu sur un socle politique et d’institutions presqu’à 100% contrôlés par le PDG, qu’il s’agisse de l’Assemblée nationale, du Sénat, des collectivités locales et assemblées départementales, des gouvernorats, des préfectures, de la Cour constitutionnelle et de l’armée. Le candidat unique de l’opposition se retrouvera donc, automatiquement, en situation de cohabitation à la française avec le PDG s’il est élu: incapable réellement de gouverner dans ces conditions, il ne lui restera, pour diriger, qu’à opter soit pour la continuité en laissant le PDG en charge du pays d’en bas, soit pour la dissolution immédiate de l’Assemblée et du Sénat au moment où son régime serait encore trop faible et trop incapable de tenir tête au PDG. Une telle dissolution risquerait tout simplement de plonger le pays dans un chaos non maîtrisé qui condamnerait le nouveau régime à se muer immédiatement en dictature s’il veut survivre.

C’est dire qu’une victoire miraculeuse du fameux candidat unique de l’opposition ne veut pas vraiment dire que les Gabonais seront forcément sortis de l’auberge. Seule une insurrection avant l’élection aurait permis de balayer tout le régime, de provoquer la fuite de tous les ténors et barons du régime, laissant ainsi un peu de répit et d’espace politique au nouveau régime alors obligé de mettre en place une transition révolutionnaire devant organiser de nouvelles élections dans un délai de 18 mois. Le fait de « gagner » dans un contexte « démocratique » où tous les tenants des institutions pédégistes resteraient en place dans le pays et partageront la gouvernance avec le nouveau président sera la recette soit de la continuité sans grand changement, soit d’un désordre encore plus grand que si le régime avait été chassé du pouvoir et ses barons condamnés à la fuite ou à l’exil. Dès lors, et dans ce contexte, il est facile d’imaginer que sans chute et sans exils de ses principaux responsables, le PDG pourra facilement se réorganiser pour la rendre dure, très dure au nouveau régime qui serait, dès lors, forcé aux mêmes méthodes coercitives que nous combattons aujourd’hui.

Le Gabon n’est pas sorti de l’auberge. Alors là, pas du tout.

Il n’y a donc plus désormais de choix ou, du moins, il n’y a plus que deux choix pour notre opposition électoraliste: risquer le bain de sang, passage obligé, hélas, pour accéder au pouvoir, ou laisser Ali Bongo au pouvoir pour éviter le bain de sang, un peu comme l’a fait Mba Obame en 2009. Pour les Gabonais, ce sera  donc un choix entre les gouvernements de réconciliation nationale pour préserver la « pax bongolus » et le chaos non maîtrisé au vu d’un changement qui serait venu de lui-même sans que personne ne s’y soit vraiment bien préparé.

La réponse s’obtiendra le 28 août.

Voici cependant l’une de ces situations où je serais grandement heureux de m’être trompé dans mon analyse. Je ne doute point qu’un sursaut miraculeux du Peuple gabonais puisse, sans mot d’ordre clair, direct et sans ambages de ses leaders, défaire le régime. Mais dans un contexte où le Peuple n’aura pas été frontalement préparé, je dis bien FRONTALEMENT préparé, à un tel sursaut, il s’agira bel et bien d’un miracle.

Mais, au cas où ce miracle ne se produisait pas, qu’on ne nous dise pas demain qu’ils n’avaient pas été prévenus.

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir-Modwoam
P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA

Tél. : 973-447-9763

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(Modifié le 26 août 2016)

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