Présidentielle 2016 : Peur sur Libreville

C’est une ambiance de ville morte qui caractérise la capitale gabonaise, au lendemain de l’élection présidentielle du 27 août dernier. A contrario, médias et réseaux sociaux sont pris d’assaut, à l’affût de l’hypothétique identité du vainqueur du scrutin.Une communication du camp Jean Ping n’a pu avoir lieu, alors que le camp du candidat sortant prépare également une annonce.

Libreville s’est réveillée ce 28 août dans un calme plat, la ville est terne, monotone et silencieuse pour un dimanche, jour d’ordinaire animé, notamment dans les quartiers et marchés populaires. Sauf que cette journée dominicale est loin d’être ordinaire, car intervenant après le scrutin présidentiel tenu la veille.

Un écho bruyant perturbe cependant cette torpeur angoissante, c’est celui d’un hélicoptère qui survole la ville par endroit, notamment au-dessus des quartiers populaires. Dans les rues, la circulation de véhicules comme celle de personnes est moins intense. Même constat au niveau des commerces, où quelques irréductibles ont osé braver cette psychose post-électorale. Au grand bonheur des riverains de ces quartiers, dont certains sortent de leurs domiciles par à coup, pour faire des emplettes, si possible, et également, pour tâter la température extérieure.

D’autant que dans la journée, le ministère de la Défense, dans un communiqué publié dans les différents médias, a appelé les populations au calme et à vaquer librement à leurs occupations. Des menaces de représailles ont par ailleurs été brandies contre d’éventuels indélicats, qui troubleraient l’ordre public. Une prise de parole qui renforce la brume de psychose qui s’est emparée de la «ville libre» et la plus peuplée du pays. Beaucoup de ses habitants ont fait le choix de rester chez eux, suspendus aux informations, contradictoires, diffusées par les médias.

Communications en préparation

Un bon nombre de ceux qu’on nomme «militants et sympathisants du changement» sont sortis de chez eux pour rallier l’Ecole publique Martine Oulabou sur l’avenue Jean-Paul II où l’équipe de campagne de Jean Ping avait annoncé pour 14 h, une «importante communication». La rencontre n’a pas pu avoir lieu, les accès à cette artère de Libreville ayant été fermés et protégés par un dispositif des forces de l’ordre beaucoup lourd que d’habitude. La rencontre a été déplacée au quartier Bas de Gué-Gué, dans le premier arrondissement de Libreville, aux abords d’une propriété de Jean Ping. Là également, sur la voie express, un dispositif des forces de l’ordre a été déployé, composé notamment de véhicules blindés munis de lances à eau. Malgré la petite pluie qui s’est abattue sur Libreville en milieu d’après-midi, les «militants et sympathisants du changement» attendent sur les lieux.

Sur la même voie express, du côté du Jardin Botanique, les partisans d’Ali Bongo et les militants du PDG, le parti au pouvoir, s’activent également à la préparation d’une «importante déclaration», sans l’appareil répressif ou dissuasif noté aux abords de l’Ecole publique Martine Oulabou sur l’avenue Jean-Paul.

Sur les chaînes de télévision publiques, les populations rongent certainement leurs freins, face à des programmes on ne peut plus tendancieux, voire conçus à des fins de conditionnement. Gabon 24 et Gabon Télévision, pour ne citer que ces médias, passent et repassent des éléments sur l’élection, qui s’est globalement déroulée dans de «bonnes conditions». A côté de cela, des reportages sur les réalisations du président sortant, ou encore des émissions-débats sur les «quelques» insuffisances du dernier septennat et les défis du prochain, dans l’hypothèse d’une victoire du président sortant que certains des éléments de ce programme considèrent déjà comme acquise, sans la moindre preuve.

Effervescence sur les réseaux sociaux

Et pour les populations qui auraient voulu se soustraire de ces programmes, celles n’ayant pas de chaînes câblées, ont quelque peu été inquiétées par le black-out temporaire de certains médias privés. Notamment RTN et TV+, cette dernière publiant régulièrement, depuis la fin du scrutin, les dernières tendances en provenance de différents bureaux de vote.

Heureusement, ce relatif black-out semble avoir épargné les réseaux mobiles, bien qu’une baisse significative du débit Internet ait été observée. Sur les réseaux sociaux, Facebook est pris d’assaut et on y poste régulièrement des tendances émanant des différents bureaux de vote disséminés à travers le pays, mais aussi ceux de l’étranger. Ces informations sont également relayées via les appels, SMS, et autres applications de messagerie.

Ces tendances nourrissent les espoirs de victoire de militants et partisans de certains candidats ; et dont les porte-paroles et états-majors tirent la couverture de leur côté respectif, en attendant les résultats officiels de la Commission électorale nationale autonome et permanente (Cenap). Celle-ci a officiellement dit être la seule habilitée à donner le nom du vainqueur du scrutin présidentiel du 27 août dernier, qui devrait intervenir incessamment ; demandant aux populations, par ailleurs, de ne pas tenir compte tendances et autres résultats véhiculés via les réseaux sociaux.

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