Aucune sortie de crise ne se dessine au Gabon. Le pays compte moins de 2 millions d’habitants, mais vit depuis une semaine avec deux présidents : Ali Bongo Ondimba, proclamé vainqueur avec 49,8 % des suffrages et de lourds soupçons de fraudes, et Jean Ping, son principal opposant, qui, avant l’annonce des résultats officiels, s’est déclaré « président élu ».

« Les choses se calment après les violences de la semaine passée [qui ont causé trois morts selon le pouvoir, entre 50 et 100 selon l’opposition] mais le feu couve toujours sous la cendre. Le pays est coupé en deux et l’évolution de la situation laisse craindre une rébellion identitaire », s’inquiète un diplomate africain sur place.

Le nœud de la crise est à chercher dans les résultats annoncés dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo. Là, selon les résultats officiels, le président sortant a recueilli plus de 95 % des suffrages avec une participation frôlant les 100 %, le double de celle estimée dans les autres provinces. Un résultat qui ne convainc personne.

Dans son dernier communiqué, la mission d’observation de l’Union européenne insiste sur « l’opacité révélée dans la gestion du processus dans cette province » et considère qu’« une analyse portant sur le nombre de non-votants et des bulletins blancs et nuls révèle une évidente anomalie dans les résultats finaux du Haut-Ogooué ».

« Cette fois, les caméras ont vu le voleur »

Au nom du respect de la légalité, les chancelleries étrangères tentent de convaincre Jean Ping de déposer des recours devant la Cour constitutionnelle avant la date butoir du jeudi 8 septembre à 16 heures (heure locale). Mais celui-ci hésite. « Nous subissons des pressions de toutes parts mais, à la Cour constitutionnelle, c’est comme si Ali Bongo était à la barre », estime-t-il.

Le président sortant refuse d’accéder à la demande de l’opposition, appuyée par la France, l’UE et les Etats-Unis, d’un nouveau décompte des voix, bureau de vote par bureau de vote, au motif que celui-ci n’est pas prévu par la loi : « Etre un bon démocrate, ça veut dire respecter les lois de son pays », a-t-il jugé sur l’antenne de Radio France Internationale, mercredi. A Libreville, un diplomate confie que « la Cour constitutionnelle ne peut être mise hors jeu. Mais nous recherchons une formule qui rend ses décisions plus transparentes ». Un casse-tête pour des diplomates qui cherchent à gagner du temps. « On suggère avec insistance à Ali d’accepter la demande des Occidentaux, mais il sait que ce serait se faire hara-kiri. Quant à Ping, il ne peut pas accepter une défaite car, cette fois, les caméras ont vu le voleur », résume un officiel originaire d’un pays voisin du Gabon.

Une cérémonie de recueil faisant suite aux violences post electorales. Le 6 septembre à Libreville.
Une solution africaine à la crise gabonaise

La solution viendra-t-elle de Paris, comme ce fut le cas lors de la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire ? C’est ce que pensent la plupart des interlocuteurs d’Afrique centrale. « Si la France a le courage de dire “Ping a gagné”, en cinq jours tout sera réglé », avance un diplomate de la région, fin connaisseur du Gabon, pays où les acteurs politiques ont encore l’œil rivé sur les bords de Seine.

« Ce n’est pas à nous, mais aux institutions gabonaises de donner le nom du vainqueur », rétorque le Quai d’Orsay. Inquiète pour ses plus de 10 000 ressortissants et ses intérêts économiques, la France surveille l’évolution de la situation mais refuse de s’impliquer ouvertement dans la crise. Mardi, le premier ministre Manuel Valls s’est borné à déclarer que « la sagesse commanderait de faire un nouveau décompte des résultats ».

Selon la nouvelle doxa du Quai d’Orsay, les crises africaines doivent être en priorité traitées par les Africains. A cet effet, une « mission de haut niveau » de l’Union africaine (UA) conduite par Idriss Déby était annoncée ce jeudi à Libreville. Elle a été reportée au lendemain. Les noms des chefs d’Etat qui accompagneront le président tchadien, dont la réélection a elle aussi été contestée, sont attendus avec intérêt.

Dans la région, Ali Bongo Ondimba n’a que peu d’amis parmi ses pairs. Avec le Congolais Denis Sassou Nguesso et l’Equato-Guinéen Teodoro Obiang Nguema, les relations sont notoirement difficiles. Jean Ping, ancien chef de la diplomatie d’Omar Bongo et patron de la Commission de l’Union africaine, dispose de bien meilleurs réseaux internationaux.

Les chefs d’Etat africains, ayant pour certains leurs propres errements avec la démocratie, iront-ils cependant jusqu’à pousser l’un des leurs vers la sortie ? « Personne ne sait ce qu’ils ont en tête, confie une source à l’UA, mais comme ils en ont l’habitude, ils devraient écouter les parties et les pousser au dialogue. » Si celui-ci est encore envisageable.

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