Le Dr. Daniel Mengara, Leader du mouvement Bongo Doit Partir-Modwoam, dans la salle des conférences de l'Eisenhower Executive Office Building à la Maison Blanche lors de la rencontre entre les responsables de la Maison Blanche et les leaders de la diaspora africaine aux Etats-Unis à Washington le 22 février 2016

Vu que je n’ai, pendant 18 ans, cessé, dans le cadre de l’idéologie du Bongo Doit Partir (BDP), de parler de la mathématique des dictatures et de l’impossibilité de les changer par le simple jeu des urnes et d’institutions taillées sur mesure, je vous invite, ci-dessous, à lire cette belle analyse de Laurent Bigot du journal Le Monde. Bigot, à mon sens, dit tout de ce que, pour le moment, nous Gabonais avons encore du mal à comprendre à cause du trop plein d’émotions et de passions qui parfois, hélas, a tendance à nous priver de nos capacités cérébro-mentales, avec le risque, souvent, de développer en nous une surdité, voire une cécité quasi « autruchienne » par laquelle toute tentative de prévenir chez les uns et les autres toute tendance à la naïveté et à la crédulité est souvent vouée à l’échec. C’est parfois comme se cogner la tête contre le mûr des fantasmes et des euphories quasi psychédéliques qui, chez nous, n’ont jamais manqué de canaliser la marche des moutons vers le précipice. C’est qu’il nous devient souvent plus facile de céder à l’attrait des fantasmes développés en nous par les vendeurs d’illusions qui nous promettent souvent des victoires miraculeuses, des victoires où le sang des Gabonais n’aurait jamais à couler, et ce sans jamais expliquer au Peuple par quelle acrobatie divine, par quel miracle de Jésus-Christ ou par quelle visite de la Vierge Marie au chevet des dictateurs on pouvait venir à bout d’une dictature vieille de 50 ans sans que le Peuple et ses leaders n’aient à aller chercher, au fond d’eux-mêmes, et la volonté, et la détermination, et la résilience, et la matière grise nécessaire, pour en finir, une bonne fois pour toutes, quels qu’en soient les coûts.

En lisant l’article de Bigot ci-dessous avec l’intelligence d’un esprit avisé et, donc, loin des passions, des émotions et des euphories, vous comprendrez pourquoi la rue et la rue seule–pas la rue spontanée et abandonnée à elle-même par un leadership incapable d’embrasser et enflammer frontalement les conséquences de cette spontanéité, mais la rue organisée spécifiquement comme outil de libération nationale avec un leadership s’appropriant, guidant et contrôlant, depuis une position de force habilement construite, toutes les conséquences de ces actes–demeure la seule solution mathématique à toute équation construite autour de l’impératif de libération nationale.

Parce que je suis, moi, un avide disciple des enseignements que nous inculquent les savoirs historiques, voici ce que l’Histoire avec un grand « H », sous la plume de Bigot, nous dit et, donc, nous enseigne au regard de l’historique récent des fraudes électorales en Afrique.

Cela donne tout simplement la chair de poule.

Allons-y donc et lisons:

MORCEAUX CHOISIS DE L’ARTICLE DE LAURENT BIGOT:
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L’Afrique a l’habitude des mascarades électorales. Il y en a eu en 2015 et 2016 au Togo, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Niger, au Congo-Brazzaville, au Tchad… mais rarement la fraude fut aussi grossière. Il est vrai qu’au Togo, en février 2015, ce sont les travaux de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui ont été interrompus par une proclamation soudaine des résultats, mais l’honneur était sauf puisque les chiffres semblaient crédibles pour une communauté internationale crédule. Au Gabon, le pouvoir semble avoir été pris de court et n’a pas maquillé la fraude comme d’autres savent si bien le faire. Du coup, l’adversaire malheureux, Jean Ping, demande un recomptage dans le Haut-Ogooué. Ironie du sort, ce dernier refusa d’envisager un recomptage en Côte d’Ivoire en 2010 quand il était président de la Commission de l’Union africaine (UA).
(…)

La France et l’Union européenne (UE) demandent une publication des résultats par bureaux de vote. Alors que les missions d’observation électorale de l’UE ne cessent de regretter l’absence de publication des résultats par bureaux de vote (notamment en Côte d’ivoire en 2010, Togo en 2010, Guinée 2015), la France n’avait jamais rien exigé en la matière, se contentant des résultats agrégés.
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Les résultats d’Ali Bongo dans le Haut-Ogooué sont évidemment peu crédibles, mais pas davantage que ceux d’Alassane Ouattara dans la région de Kabadougou en 2015 (99,23 % des voix) ou de Worodougou (99,26 %). En Côte d’Ivoire, huit régions au final avaient affiché des scores à plus de 97 % des voix en faveur du président sortant avec des taux de participation, il est vrai, « crédibles » situés entre 80 % et 90 % quand la moyenne nationale se situait à 52 %…

De la même façon, les résultats dans le Haut-Ogooué ne sont pas moins crédibles que ceux d’Alpha Condé dans la région de Kankan en 2015, son fief électoral, où le chef de l’Etat sortant avait obtenu 95 % des voix dans cette région qui a connu la plus forte progression des inscrits sur les listes électorales (+ 26,6 %) lui offrant ainsi 804 000 voix et une victoire dès le premier tour face à son principal opposant Celou Dalein Diallo.
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(…)

La mission d’observation européenne ne publiera son rapport qu’au terme du processus électoral et son mandat ne l’autorise pas à intervenir. La France et l’UE vont-elles déjuger la Cour constitutionnelle si la victoire d’Ali Bongo est validée alors qu’elles n’ont aucun mandat pour le faire ? Il y a bien sûr l’option des sanctions individuelles contre le président réélu et son clan (gel des avoirs et interdiction de voyager), mais sur quels éléments objectifs les motiver ? Le caractère peu crédible des résultats électoraux ? Dans ce cas, il faudra placer sous sanctions individuelles de nombreux chefs d’Etat africains ! On comprendra que les exigences de cohérence et de légalité laissent une faible marge de manœuvre.

Le philosophe camerounais Achille Mbembe disait dans un entretien à Courrier International en 2008 : « Si les Africains veulent la démocratie, c’est à eux d’en payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne l’obtiendront pas non plus à crédit. » C’est ce que nous enseigne l’exemple burkinabé d’octobre 2014. Le salut ne viendra pas de l’extérieur, mais de la volonté du peuple de prendre en main son destin.

FIN DES MORCEAUX CHOISIS DE BIGOT
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MON COMMENTAIRE:
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Je crois cet article de Laurent Bigot exceptionnellement explicite de par lui-même.

Ceux qui savent lire entre les lignes et au-dessus des lignes comprendront que je n’ai vraiment pas besoin de commenter un article aussi limpide qui touche aux fondements mêmes de la normalisation de la pratique de la fraude électorale en Afrique et, donc, clarifie pourquoi il est important de ne jamais baser tous les espoirs d’une victoire du Peuple sur l’interventionnisme de la communauté internationale, communauté dont l’alignement, hélas, a, de par le passé, fidèlement obéit aux contours dessinés par la situation sur le terrain: quand le dictateur avait le pays bien en mains, comme au Burundi et ce malgré les émeutes, il avait tendance à triompher, même de l’indignation de la communauté internationale; et quand c’est le Peuple qui, à travers et en symbiose avec des leaders conséquents, imposait sa volonté, ils s’alignaient, comme en Tunisie, comme au Burkina.

J’apprécie donc que Bigot ait cité, en conclusion, le cas du Burkina comme exemple à suivre. Je ne crois pas qu’au Gabon, hélas, nous nous soyons suffisamment rapproché de l’exemple Burkina Bé. Nous en sommes même restés loin, trop loin, hélas. Et cela veut dire que nous ne savons pas encore vraiment ce que la « RUE » veut dire dans le cadre des luttes visant à l’évincement des dictatures.

J’aurai des choses à dire là-dessus la semaine prochaine, en espérant que ceux qui ont des oreilles mettront, pour une fois, leurs passions et leurs émotions de côté. La personne qui offre une critique est parfois la personne qu’il faut écouter. Autant il est impossible pour un pays plongé dans la pensée unique du dictateur de se développer valablement, autant il est impossible pour une opposition de pensée unique ou engluée dans la béatitude du culte de la personnalité de triompher dans une lutte de libération nationale où tout le monde chanterait l’angelus de la pensée unique à la gloire d’un aspirant dictateur de l’opposition. Je parle bien évidemment de ceux-là mêmes qui aujourd’hui essaient de taire les opinions divergentes en offrant comme prétexte le fait que l’heure n’est pas encore aux débats internes au sein de l’opposition, et qu’il faut, d’abord, attendre l’improbable ascension du champion au pouvoir.

A ceux-là, il faut poser la question: et si le champion n’accède pas au pouvoir, on fait comment?

Deuxième question: et si c’était, justement, la pensée de ces gens que vous essayez, à tort ou à raison, d’opprimer et d’étouffer qui devait, à terme, permettre l’ascension de votre champion au trône, ne vous retrouveriez-vous pas un peu bêtes d’avoir fait taire les seules opinions qui, peut-être, auraient pu éviter l’improvisation des plans B et, donc, mieux guidé, organisé et consolidé la démarche insurrectionnelle, seule voie de la libération nationale?

Autrement dit, en demandant aux opinions divergentes de se taire, ceux qui fantasment sur la victoire miraculeuse contre les Bongo ne se rendent même pas compte que c’est par cet acte de suppression des divergences d’opinion qu’ils préparent l’échec même de leurs aspirations de libération nationale. Accuser les divergents de traîtrise ou de travailler pour Ali Bongo devient alors la plus grosse des erreurs et, donc, participe de l’échec même du projet de libération nationale. Ces comportements oppressifs de la divergence d’opinion sont ainsi à l’image d’un serviteur qui, sachant que le roi coupe systématiquement la gorge à tous ceux qui osent parler en sa présence, laissera le serpent entré sous les draps du monarque ôter la vie au roi méchant, alors qu’un roi sachant écouter jusqu’aux opinions de ceux qui osent ouvrir le bouche devant lui aurait eu la vie sauve, tout simplement parce que souvent à l’écoute de TOUS. La réussite du projet de libération nationale au Gabon dépendra, en fin de compte, de la capacité de l’opposition à maintenir un climat de débat démocratique en son sein, même en cette période d’incertitudes où, en réalité, ce débat est plus que jamais nécessaire…. si nous voulons réussir, maintenant, l’évincement du dictateur.

C’est donc faire fausse route que de demander aux uns et aux autres d’attendre une victoire improbable avant que d’ouvrir le débat, alors même que la victoire elle-même, en réalité, dépend, paradoxalement, de ce débat. Créer le type de terreur qui fera rentrer ceux avec de nouvelles idées dans leur coquille par peur de se faire traiter de bongoïstes est hautement contre-productif. C’est avec la démocratie que nous gagnerons la démocratie. Si nous faisons le choix de la pensée unique et de la terreur au sein de l’opposition, c’est la dictature d’Ali Bongo qui triomphera.

A un moment, donc, il faut bien que nous sortions ce pays des auberges des tendances aux pensées uniques tant du pouvoir que de l’opposition, pensées uniques qui ont fait faire du surplace à toute une nation depuis maintenant 26 ans de démocratie mort-née!!!

Si nous commettons l’erreur de nous habituer à l’idée de supprimer les débats au sein de l’opposition sous prétexte de victoires illusoires, qu’est-ce qui empêcherait ces mêmes personnes qui veulent taire aujourd’hui le débat contradictoire de demander, demain, une fois victoire acquise, de taire, puis d’étouffer policièrement les critiques vis-à-vis du nouveau monarque, sous prétexte que la victoire serait trop nouvelle pour déjà commencer avec ce type de débats? Ne court-on pas alors le risque de voir constamment repoussé aux calendes grecques le débat de la réforme pourtant urgente de nos institutions et de nos lois?

Malheureusement, c’est comme cela que les dérives autocratiques ont souvent débuté: culte de la personnalité, culte de la pensée unique et, au final, traumatisme des peuples. Voilà pourquoi il ne faudra jamais, à quelque étape que ce soit du processus de libération nationale actuellement en cours, céder aux pressions qui veulent taire, opprimer et étouffer les divergences. La libération du pays en dépend. Lourdement.

Au moment, donc, où nous nous retrouvons maintenant sur la dernière ligne droite qui va déterminer si oui ou non le Gabon se débarrassera de son monstre, un appel à un sursaut des leaders s’impose. Le Peuple a fait sa part. Les leaders, non.

Il me suffira de dire ici, en conclusion de cette opinion liminaire, que la raison principale, et fondamentale, des échecs de nos tentatives de libération nationale au Gabon a tenu de deux choses: notre naïveté désormais chronique face aux réalités du monde et nos comportements et attentes « petit-nègre ».

Je vous donne rendez-vous la semaine prochaine.

Dr. Daniel Mengara
Président, Bongo Doit Partir
P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél.: (+1) 973-447-9763

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SOURCE: Au cas où l’article disparaissait du site du journal Le Monde, nous avons pris le soin de le reproduire ici sur le site BDP: http://www.bdpmodwoam.org/articles/2016/09/13/gabon-enieme-farce-electorale-africaine/

Sinon, vous pouvez le consulter directement sur le lien originel du site du Monde, ici: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/13/gabon-enieme-farce-electorale_4996935_3212.html#mc1ygKgXZvyLCJfq.99

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