Dr. Daniel Mengara, président du mouvement "Bongo Doit Partir-Modwoam"

Il y a dans le débat qui sévit actuellement au Gabon sur le comptage et le recomptage des voix un aspect hautement juridique qui se perd dans les méandres de la passion et des émotions.

Et qui cache le côté hautement dangereux de toute procédure de recomptage dans un pays de dictature, d’arbitraires et de fraudes comme le Gabon.

Voilà l’essentiel de ce qu’il faut retenir : En matière de droit électoral, tout recomptage des voix qui serait basé sur le recomptage des BULLETINS DE VOTE bureau par bureau ANNULE, automatiquement, le premier résultat.

Autrement dit, c’est le résultat qui va sortir du recomptage qui va devenir le résultat officiel, rendant donc caducs et de nul effet les premiers résultats connus à ce jour.

Est-ce vraiment cela que veut notre opposition électoraliste ?

A ce niveau, il convient de distinguer, d’abord, deux aspects très importants de l’équation.

IL Y A, D’UNE PART, LE PROCESSUS DE VÉRIFICATION DES PV : Ceci n’est pas techniquement un recomptage des VOTES. Ici, il s’agit simplement de vérifier la conformité de tous les PV en comparant ceux détenus par l’opposition et ceux détenus par le pouvoir et/ou la CENAP. Mais dans le pays de fraudes qu’est le Gabon des Bongo Ondimba, l’opposition a toujours perdu la bataille des PV car le régime a souvent fait passer les vrais PV détenus par l’opposition pour des faux et l’opposition ne s’est jamais vraiment suffisamment bien organisée pour détenir, de manière structurée, la totalité des PV de tous les bureaux de vote tant de la diaspora que du Gabon. En 2009, Mba Obame n’avait que quelques 800 PV sur les 2800 bureaux de vote, et Mamboundu un peu plus de 700. Difficile, dans ces cas où le gouvernement bongoïste contrôle entièrement le discours et la « légalité » juridique, de faire valoir un argument sur les PV qui irait en faveur de l’opposition. Dans le jargon américain, on aboutit souvent, dans le cas du débat sur les PV, à une dispute circulaire basée sur le « he said-she said » (il a dit-elle a dit), c’est-à-dire une dispute « kongossa » (pour utiliser le jargon gabonais) sur laquelle un juge, indépendant ou non, serait incapable de se prononcer en l’absence de témoins à même d’aider à trancher dans un sens comme dans l’autre. Dans cette empoignade des « kongossas » juridico-émotionnels, c’est souvent le « kongossa » éhonté du régime qui l’emporte. Sur ce plan, 2016 ne sera pas différent de 2009 car ni le témoignage de l’Union européenne ni les preuves par réseaux sociaux interposés ne pourront changer la donne très simple qui dit qu’au pays des arbitraires, ce sont les arbitraires qui triomphent. Toujours. Surtout quand, en face, on a une opposition « légaliste ».

IL Y A, D’AUTRE PART, LE COMPTE OU RECOMPTAGE DES VOTES : L’implication ici est que, pour que le recomptage ait toute sa valeur, l’on est obligé de repartir à la base, c’est-à-dire au niveau même du bulletin de vote pour les recompter tous, un à un, bureau de vote par bureau de vote. Mais ceci, pour être valable et, donc, crédible comme processus, demanderait que l’intégrité des bulletins de vote ait été préservée depuis le 27 août, et ceci dans toutes les étapes du processus de conservation, dont les plus importantes sont les suivantes :

1) CONSERVATION DES BULLETINS DE VOTE : Les questions ici sont complexes. Elles amènent à une interrogation fondamentale : Les enveloppes contenant les bulletins de vote ont-elles été SYSTÉMATIQUEMENT conservées en l’état, c’est-à-dire qu’une fois les votes comptés dans les bureaux de vote, a-t-on pris, dans TOUS les bureaux de vote du Gabon et de l’étranger, le soin de remettre les bulletins recueillis dans les enveloppes originelles, avec le bulletin du vainqueur dans la partie « vote » et les NEUF (9) bulletins des perdants dans la partie « poubelle » ? Si l’on se retrouve dans une situation où des bulletins seraient « perdus », mal replacés dans les enveloppes ou mélangés, on recompterait quoi, exactement ?

Ces bulletins ont-ils, par la suite, été scellés dans des urnes avec des scellés inviolables garantissant leur intégrité pour un éventuel recomptage plus tard ? Si le souci de remettre les bulletins de vote dans les enveloppes exactement comme c’était le cas le jour du vote n’a pas été observé, on recomptera quoi exactement ?

2) CONVOYAGE DES URNES ET DES BULLETINS DE VOTE : Le convoyage des urnes et des bulletins de vote depuis les bureaux de vote jusqu’à Libreville s’est-il fait selon des normes crédibles par lesquelles l’opposition, le pouvoir et les observateurs ont pu, tous, se rassurer quant à l’intégrité de ces convoyages ? Il va ici sans dire que si c’est le régime et le régime tout seul qui a eu la responsabilité de convoyer unilatéralement ces urnes et ces bulletins et de les conserver, il y a un doute automatique sur l’intégrité même d’un éventuel recompte.

On peut aligner d’autres problèmes à l’infini. On s’arrêtera donc là. Il suffit de dire ceci: Le recomptage n’est pas une garantie puisqu’il peut être, lui aussi, manipulé en amont à partir des bulletins de vote conservés unilatéralement par le régime.

La conséquence dangereuse de tout ce qui précède est la suivante.

1) Partant du principe selon lequel, dans le domaine du droit électoral, tout vote recompté établit, automatiquement, un nouveau résultat, s’il y a une différence entre le premier comptage du 27 août et le deuxième comptage par la Cour constitutionnelle, c’est le deuxième comptage qu’on reteindrait, que fera l’opposition électoraliste si, là encore, ils se font avoir ?

2) Ceci veut dire, en termes clairs, que si le régime a eu le temps de tripatouiller les bulletins de vote issus tant du Haut-Ogooué que des autres provinces, on peut se retrouver, le 23 septembre, avec un résultat totalement différent du premier, mais qui, cependant, donnerait Ali Bongo toujours gagnant.

Sauf si on est encore assez naïf pour le comprendre, le régime se foutrait bien que l’on se plaigne de nouveaux résultats différents de ceux initialement annoncés. Ce qui compte, pour ce régime, c’est la finalité, même si cette finalité, comme on l’a vu, est frappée du plus gros ridicule. Comme disent les Français, le ridicule ne tue pas.

A titre d’illustration, imaginons les cas de figure suivants.

Ali Bongo, dont le régime a disposé du contrôle unilatéral de toutes les urnes et de tous les bulletins de vote, pourrait, dans sa procédure reconventionnelle, faire « recompter », par une Cour constitutionnelle totalement innocente, des bulletins de vote « réorganisés » et manipulés qui pourraient faire grignoter, de manière très subtile, des votes par-ci par-là dans les autres provinces, soit un petit vote par-ci, 10 votes par là, 100 votes par ici, permettant ainsi à des juges constitutionnels totalement innocents de réduire objectivement l’écart grossier enregistré dans le Haut-Ogooué sans pour autant remettre en cause la victoire d’Ali Bongo qui, profitant du recomptage, pourrait rééquilibrer cela avec les résultats grignotés dans les autres provinces !

On pourrait ainsi se retrouver avec un nouveau taux de participation de seulement 85% dans le Haut-Ogooué, et donc des milliers de vote en moins pour Ali Bongo, mais votes qu’il pourrait grignoter ailleurs sans remettre fondamentalement en cause la victoire de Jean Ping dans les autres provinces. Ainsi, par cette manipulation unilatérale des bulletins de vote hors du contrôle de la Cour constitutionnelle, Jean Ping serait toujours reconnu vainqueur dans les provinces lui attribuées, mais avec 10.000 ou 20.000 votes en moins, et Ali Bongo toujours reconnu gagnant dans les provinces lui attribuées, mais avec 10.000 ou 20.000 vote en plus issus du recomptage, lui permettant ainsi de réduire vers des normes plus acceptables les taux de participation et ses marges de gain dans le Haut-Ogooué.

Et dans un tel cas, même si on ne mettait que les observateurs de l’Union européenne dans la salle pour recompter les votes, ils arriveraient toujours au même résultat puisqu’il s’agit de simplement recompter les BULLETINS DE VOTE qui sont sous les yeux, et rien d’autre. Et dans ce cas, si Bongo décidait de se donner, cette fois, une marge de 500 voix d’écart pour gagner dans un contexte de résultats du Haut-Ogooué « normalisés » par le recomptage, ce sont ces 500 voix que le recomptage produirait systématiquement sur la base de bulletins de vote manipulés en amont. Que ce soient, donc, les juges de la Cour constitutionnelle qui les comptent ou que ce soit les observateurs de l’Union européenne, ou que ce soit même les représentants de l’opposition qui les compteraient eux-mêmes, le résultat serait systématiquement le même puisqu’il s’agit, simplement, de recompter les bulletins de vote que l’on a sous les yeux. Il n’ y a donc rien, dans un tel cas, que la Cour constitutionnelle, encore moins, la communauté internationale, pourrait faire puisqu’il s’agit de tout simplement recompter les bulletins que l’on a sous les yeux et de proclamer le nouveau décompte.

Mais puisque tout processus de recomptage des bulletins de vote ANNULE automatiquement le premier, c’est ce nouveau résultat, plus « crédible », qui deviendrait le nouveau résultat officiel, donc définitif, puisque les décisions de la Cour constitutionnelle ne sont pas susceptibles d’appel.

La question deviendra alors : en choisissant l’option du recomptage, l’opposition électoraliste a-t-elle prévu ces cas de figure et quelle est, et quelle sera, la réponse de cette opposition électoraliste face à ces cas de figure probables et attendus, sauf si nous nageons dans la naïveté la plus béate ?

Il est important de se rappeler une chose ici : Après la grossière manipulation des résultats du Haut-Ogooué qui a permis à Ali Bongo de se proclamer vainqueur, tout devient possible au Gabon. Le mensonge du Haut-Ogooué était tellement gros qu’on aurait du mal à imaginer, aujourd’hui, un mensonge plus choquant, un mensonge qui battrait celui-là.

Il faut aussi se rappeler ceci : Ali Bongo s’est finalement révélé être un vrai psychopathe. Il n’y a qu’un psychopathe, c‘est-à-dire un malade mental, qui peut venir à la télévision dire que le résultat de 100% de participation proclamé pour le Haut-Ogooué a été obtenu parce que les Altogovéens se sont sentis stigmatisés et c’est pour cela qu’ils sont allés voter en masse pour soutenir le faussaire. Ce mensonge a enlevé toute crédibilité à Ali Bongo et l’a classé automatiquement parmi les dictateurs psychopathes. Et c’est cela qui rendrait Ali Bongo extrêmement dangereux pour nous tous, pour tous les Gabonais, dans le Gabon d’après le 23 septembre.

Autrement dit, dès lors qu’un psychopathe pousse le mensonge à cet extrême, c’est-à-dire au niveau de l’irrationnel, il devient animalièrement dangereux car il est, dès lors, obligé de plonger dans la logique du pouvoir par tous les moyens. Animal désormais blessé dans son amour-propre par l’humiliation lui affligée par le Peuple gabonais qui, dans son vote, l’a massivement rejeté comme une vieille serpillère crasseuse, Ali Bongo est désormais prêt à tout : tuer, mentir, torturer, assassiner, pour se maintenir au pouvoir. Ayant déjà, par ailleurs, le sang de tant de Gabonais sur les mains, Ali Bongo n’a plus rien à perdre car il sait que quitter le pouvoir, surtout maintenant qu’il a commis des crimes abominables contre son peuple au vu et au su du monde entier, n’est plus une option.

Devant cette réalité, force est de reconnaître qu’il ne reste à l’opposition que les voies « extraconstitutionnelles », n’en déplaise à la communauté internationale ou à ceux qui croient que la Cour constitutionnelle ou la communauté internationale sera la solution. Du moins sans que la rue n’ait à imposer sa volonté de manière plus permanente et plus décisive à ces deux entités, choses qui, hélas, demanderaient un leadership capable d’organiser le Peuple, puis de l’orienter dans cette direction. Comme je viens de le démontrer, la Cour constitutionnelle n’a pas pour vocation de savoir ou contrôler ce qui se passe lors du vote au niveau des bureaux de vote. Ce rôle est celui de la CENAP. Dans le cadre d’un recomptage, et qu’elle soit corrompue ou pas, la Cour constitutionnelle ne peut se baser que sur les bulletins de vote que la CENAP lui donnera. Or, vu que ces bulletins peuvent et ont pu être manipulé en amont par le régime, la Cour n’a même pas besoin d’être un instrument du régime pour être manipulée par des bulletins manipulés.

Dans les deux cas, la Cour ne pourrait, en toute objectivité, que soit proclamer les nouveaux résultats tels que dictés par le recomptage des votes, c’est-à-dire proclamer la victoire d’Ali Bongo Ondimba, soit considérer, au cas où elle se montrerait indépendante, que les conditions du scrutin ont été tellement chaotiques qu’elle a décidé, en toute objectivité, de tout simplement annuler le scrutin sur toute l’étendu du territoire national et ainsi renvoyer dos à dos les deux protagonistes. Cette solution lui serait la moins coûteuse puisqu’elle lui permettrait d’éviter la décision arbitraire de donner la victoire à l’un ou à l’autre dans un contexte de revendications contradictoires. Une annulation de l’entièreté du scrutin pourrait aussi permettre à la Cour d’ordonner des réformes qui pourraient éviter ces cafouillis à la prochaine élection, élection qui pourrait ainsi se tenir dans 6 mois ou dans un an. Entretemps, la nation aurait pour mission d’organiser un modèle de transition politique qui aurait pour tâche de réformer la constitution, procéder à un nouveau recensement plus crédible de la population, organiser de meilleures listes électorales sur base biométrique, ramener le mandat à 5 ans renouvelable une fois, ramener le deuxième tour des élections et, en somme, nettoyer la loi gabonaise de toutes ses aberrations. Ceci aurait l’avantage d’une élection plus crédible par la suite. Et la nation pourrait aussi décider, dans la même foulée, qu’Ali Bongo ne pût jamais plus se représenter. Mais cette option constituante reste improbable, du moins ne pourrait engager le régime que si forcé par la rue.

Conclusion ?

Toute approche qui consisterait à observer et respecter les appels au calme et à la légalité de la communauté internationale contribuera, inexorablement, à renforcer la mainmise désormais ultra dictatoriale d’Ali Bongo sur le pays. D’abord parce que la communauté internationale ne peut que parler un langage diplomatique appelant au calme et au dialogue. Elle ne peut, par elle-même, dire aux Gabonais de faire du désordre. Mais cette même communauté internationale sait que c’est, en réalité, le rapport de force sur le terrain qui va tout déterminer. Si l’opposition emprunte des voies « légalistes », la victoire du Peuple se perdra. Si l’opposition décide de sortir du cadre « légaliste » pour affirmer, dans la rue, mais de manière organisée et structurée, la victoire du Peuple, elle chassera Ali Bongo et pliera la communauté internationale à la volonté du Peuple, comme au Burkina.

Nous voilà donc revenus au point de départ. C’est soit l’insurrection (et là je parle d’une insurrection non pas spontanée, chaotique et allant dans tous les sens parce que portée par un Peuple livré à lui-même à cause de l’absence d’un vrai leadership insurrectionnel, mais d’une insurrection organisée et structurée dans ses stratégies et ses actes), soit 30 ans d’Ali Bongo. Attendre patiemment que le régime recompte des bulletins de vote que lui seul a contrôlé depuis le 27 août, soit au total, une trentaine de jours entre le 27 août et le 23 septembre, me semble être un exercice en parfaite futilité. Tout ce que cela va faire c’est donner 30 jours au régime pour imaginer toutes les formes de manipulations de résultats qui lui paraîtraient les plus « crédibles » et, donc, de faire proclamer les résultats qu’il veut, dès lors que la finalité serait de déclarer Ali Bongo vainqueur.

Et dans ce contexte, le régime n’a même pas besoin de faire pression sur la Cour constitutionnelle : il suffit de lui faire innocemment recompter des bulletins de vote préalablement manipulés depuis les antichambres de la fraude que le régime contrôle, et le tour est joué !! Dans ce contexte, la Cour pourrait elle-même être la victime de ces manipulations puisqu’elle ne peut recompter que les bulletins de vote que le régime et la CENAP lui donneront. On aura alors beau accuser la Cour de partialité, cela n’enlèvera pas la réalité selon laquelle la fraude, au Gabon, est une industrie. Elle a ses canaux, ses réflexes, ses principes. Elle a aussi sa logique. Et cette logique veut qu’elle se passe, la fraude, non pas toujours ni forcément à des points bien déterminés ou identifiables comme la Cour constitutionnelle ou les bureaux de vote, mais dans les INTERSTICES mêmes du processus, donc dans les interstices de ce qu’on appelle le SYSTÈME Bongo, un système où la fraude est une pratique plutôt SYSTÉMIQUE, donc SYSTÉMATIQUE, plutôt que circonstancielle.

Autrement dit, la fraude dans des régimes autocrato-dynastiques comme celui du Gabon n’obéit pas à la logique des statistiques et des évidences tels que retrouvées sur les PV. On ne peut donc pas combattre de tels régimes avec la logique du droit, des institutions et de la communauté internationale. Le faire c’est confondre le Gabon avec une démocratie. Le faire, c’est, en somme, être dans le hors-sujet politique. Et accepter d’aller sans conditions à des élections perdues d’avance dans le cadre d’un système basé sur la fraude sur mesure en espérant accéder au pouvoir par la seule force des urnes est une démarche suicidaire, sinon irrationnelle.

Si l’on voulait être cynique, on pourrait presque être tenté de dire ici que demander un recomptage du vote en lieu et place du résultat initial pourtant clair, c’est un peu comme offrir, une deuxième fois, le pouvoir à Ali Bongo sur un plat d’argent.

La balle est donc plus que jamais dans le camp des électoralistes. Peut-être regretteront-ils un jour d’être tombés dans le piège de la « légalité » en donnant 30 jours entiers de « calme et de répit républicain » à Ali Bongo, qui utilisera ce répit pour mieux préparer son passage en force… Le peuple a déjà fait sa part. Il est même possible qu’il se soulève encore au soir du 23 septembre. Mais cela sera-t-il suffisant si ceux qui ont promis une solution électoraliste continuent à se plier aux injonctions « légalistes » qui leur viennent de Bilie by Nzé et de la communauté internationale ?

J’ai mes doutes. Mais seul le temps nous le dira. Le 23 septembre 2016. Ou après.

Dr. Daniel Mengara
Président, « Bongo Doit Partir-Modwoam »

P.O. Box 3216 TCB
West Orange, NJ 07052, USA
Tél.: (+1) 973-447-9763

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