Entretien avec Pierre Péan, journaliste, auteur des “Nouvelles affaires africaines” (Fayard, 2014).

Comment votre travail sur Ali Bongo vous a-t-il mené dans notre région ?

Le Gabon a été et reste toujours quelque chose de très important pour moi (Pierre Péan y a vécu, NDLR). (…) Je suis très au courant de ce qui se passe. J’ai écrit un livre, déjà, en 1983, qui est au fond celui qui m’a fait connaître, “Affaires africaines” et qui a posé énormément de problèmes dans les relations entre la France et le Gabon. Déjà, j’avais raconté que Joséphine Bongo, la femme du président (Omar, NDLR), n’avait jamais eu d’enfant. Et que les enfants du ménage étaient des petits Biafrais. Personne à l’époque n’a contesté. Il y a deux ans, voyant l’évolution du Gabon et qu’Ali Bongo faisait un peu plus plonger le pays (…), j’ai eu envie de faire une suite : “Nouvelles affaires africaines”.

Ali Bongo, sur la 1re rangée, le 2e en partant de la gauche.
Ali Bongo, sur la 1re rangée, le 2e en partant de la gauche.

Le point le plus important que j’ai soulevé, c’est que dans la constitution gabonaise il y a un article 10 qui précise que ne peuvent être président que des Gabonais de souche. Comme je savais qu’Ali Bongo était d’origine biafraise, cela devenait un problème constitutionnel. Il avait déjà été soulevé lors des élections truquées de 2009. Il y avait eu un recours et les gens s’étaient déjà servis de mon livre. Quand j’ai retravaillé, évidemment, j’ai retravaillé cette question. (…) J’ai trouvé des témoins. J’ai enquêté sur l’enfance d’Ali Bongo. Je dois dire que sur la période avant Neuilly, j’ai fait un bide. Je savais que c’était dans un système protestant, mais je n’ai pas trouvé. J’ai trouvé d’autres choses. L’histoire de son baccalauréat, donné, alors qu’il n’était pas un bon élève. Au fond, vous avez repris une partie de mon enquête que je n’ai pas réussi à mettre à jour et je suis content que vous le fassiez.

Vous dîtes que ce serait un enfant biafrais. À quelle période aurait-il été adopté ?

En réalité il n’a jamais été adopté. Il s’est installé dans la famille, tout simplement. Bongo était président et un président n’a pas besoin de faire une adoption. Et un peu plus tard, il a fait faire des papiers. Ils sont faux.

Et sur la période ?

Dans mon livre, je dis 1968. D’autres gens l’ont vu arriver autour de Bongo en 1967. C’est pendant la guerre du Biafra, ça s’est sûr.
Les témoins rencontrés à Alès disent, eux, qu’ils étaient en classe avec lui en 1965-1966.
Là, je ne peux rien vous dire. Je ne peux pas aller contre votre enquête.

Y a-t-il une explication plausible selon vous ?

Cela me semble bizarre. Cela remet en cause mon enquête. Je ne comprends pas mais je vais chercher à comprendre. Mais j’ai beaucoup de témoignages, de mon côté, qui me disent qu’il est arrivé à ce moment, que c’est un enfant qui vient du Biafra… Cela ne correspond pas. Mes informations datent du début des années 1980. C’est une très vieille histoire et j’ai des gens de l’entourage, de sa famille, qui me l’ont dit. Si vous me dîtes 1965-1966, il y a quelque chose qui ne colle pas.

Où en êtes-vous des procès intentés par la famille Bongo après parution de votre livre ?

Le premier a été classé sans suite. Pour le second, l’instruction est terminée et il devrait y avoir un non-lieu. Ali et Joséphine Bongo m’attaquent pour diffamation et atteinte à la vie privée. J’ai deux procès aussi pour des papiers dans Marianne. Je suis très confiant. J’ai un très bon dossier. J’ai énormément de témoignages. Je continue à être sûr qu’il n’est pas né en 1959 des œuvres d’Omar Bongo et de Joséphine. J’en suis totalement sûr et je crois qu’il vient du Biafra. Il n’est pas né à Brazzaville en février 1959 alors que Joséphine n’avait que 14 ans…

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