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CAN 2017 : une coupe à la loupe

Depuis plusieurs éditions, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ne respecte plus son calendrier originel. Les événements extérieurs au sport, voire le cours de l’Histoire, y sont pour beaucoup.

En 2013, la Libye devait organiser la compétition footballistique phare du continent, mais la chute du régime du colonel Kadhafi avait empêché le pays de tenir ses engagements, et tout le monde avait dû prendre la direction de l’Afrique du Sud. Deux ans plus tard, le Maroc s’était désisté pour cause de virus Ebola, obligeant Issa Hayatou, le président de la Confédération africaine de football (CAF), à demander l’hospitalité à la Guinée équatoriale, de son ami Teodoro Obiang Nguema. Et l’instance, qui avait proposé à la Libye de se focaliser sur l’édition 2017, avait dû vite trouver un plan B, qui fut le Gabon plutôt que l’Algérie.

Je pense que si on nous avait dit que la CAN aurait finalement lieu au Maroc, cela aurait satisfait pas mal de monde.
Pour la deuxième édition consécutive, c’est donc en Afrique équatoriale, avec son taux d’humidité proche des 80 %, que les meilleurs footballeurs africains vont transpirer pendant trois semaines, pour ceux qui iront au bout. À l’écart des micros, certains d’entre eux, ainsi que leurs sélectionneurs, espéraient secrètement que la crise politique qui frappait le Gabon après la réélection contestée d’Ali Bongo Ondimba et les retards pris dans l’avancée des différents travaux obligeraient la CAF à trouver un nouveau point de chute.

« Je pense que si on nous avait dit que la CAN aurait finalement lieu au Maroc, cela aurait satisfait pas mal de monde », avait confié un joueur, guère rassuré par ce qu’il lisait sur le Gabon. Mais même si certains stades ou structures d’entraînement n’ont été prêts qu’au dernier moment, il n’est plus temps de se demander si le pays est en mesure de tenir ses engagements. Reste l’aspect sportif et ses incertitudes. Qui peut espérer inscrire son nom au palmarès, deux ans après le sacre des Éléphants ivoiriens.

Ils ont leur chance pour la victoire… ou pas

Dans un passé pas si lointain, le pays organisateur pouvait prétendre au statut de favori. Mais depuis l’Égypte, en 2006, tous ont échoué dans la course au titre. Personne, à part peut-être quelques Gabonais débordant de confiance, n’imagine aujourd’hui les Panthères, même portées par un Pierre-Emerick Aubameyang en état de grâce, soulever le trophée en février. Et quitte à dresser la liste de ceux qui n’ont a priori aucune chance de commettre le braquage du siècle, il faut ajouter l’Ouganda, disparu des écrans radar depuis 1978 et sa finale perdue contre le Ghana (0-2), la Guinée-Bissau, dont ce sera la première participation, le Zimbabwe, obligé de compter ses sous pour s’offrir une préparation à peu près adaptée, ou le Togo, même si Claude Le Roy, son sélectionneur, peut toujours provoquer la surprise.

L’inventaire des outsiders, de ceux qui pourraient bousculer l’ordre établi pour prolonger leur séjour gabonais au-delà du premier tour, est bien plus fourni. Le Burkina Faso est toujours solide, tout comme le Mali, qui déçoit rarement en phase finale. Tous deux côtoient la Tunisie, malgré son potentiel légèrement inférieur à celui des années précédentes, et le Cameroun, qui aimerait bien en finir avec les couacs à répétition. Il ne faut pas oublier la RD Congo, portée par sa troisième place obtenue en 2015 et le succès des locaux lors du Championnat d’Afrique des nations (Chan) 2016, mais dont le seul tort est d’être tombée dans le pire groupe au tirage au sort, avec la Côte d’Ivoire et le Maroc.

Persévérance

Les Lions de l’Atlas justement, moins talentueux que le voisin algérien, ont misé sur Hervé Renard et sa chemise blanche, vainqueur en 2012 avec la Zambie et en 2015 avec la Côte d’Ivoire, pour les aider à retrouver les sommets. Un objectif qui semble encore un peu prématuré, vu les qualités de l’effectif. Et, surtout, le nombre de favoris. La Côte d’Ivoire, même sans Yaya Touré, qui a officialisé en septembre 2016 sa retraite internationale, et sans Gervinho, actuellement blessé, avance à peine cachée. La qualité de ses tauliers – Bony, Kalou, Gradel… –, sous la houlette d’un coach qui connaît le football africain sur le bout des doigts, pourrait bien suffire pour que les Éléphants se succèdent à eux-mêmes.

À moins que l’Algérie, malgré la difficulté historique des équipes maghrébines à flamber en Afrique subsaharienne, ne vienne contester l’ordre des choses. Les Fennecs, qui ont connu quatre sélectionneurs pour la seule année 2016, et dont la défense est loin d’offrir toutes les garanties, disposent d’une génération dorée avec Mahrez, Slimani ou encore Brahimi, dont on saura bientôt si elle tient la comparaison avec sa devancière de 1980.

Dans cette course vers les sommets, le Sénégal a lui aussi toutes ses chances, avec une équipe très bien outillée dans toutes les lignes, qui a réalisé un parcours impressionnant en phase qualificative, tout comme le Ghana, qui pourrait bien être enfin récompensé de sa persévérance, après deux finales perdues, en 2010 et en 2015, une troisième place en 2008, et deux places de quatrième, en 2012 et en 2013.

Enfin, l’Égypte, avec déjà sept victoires, pourrait mettre tout le monde d’accord grâce à son buteur Mohamed Salah. Absents du tournoi depuis 2010, les Pharaons se déplacent rarement pour rien. Et ils savent s’imposer hors d’Afrique du Nord, comme ils l’ont déjà fait, en 1998 au Burkina Faso, en 2008 au Ghana et lors de l’édition suivante organisée en Angola. Que les jeux commencent.

Alexis Billebault

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